[Critique] Taylor Swift : 1989, retour sur un virage pop réussi

Caractéristiques

  • Maison de disque/label : Mercury
  • Date de sortie : 27 octobre 2014
  • Format utilisé pour la critique : digital (édition iTunes)
  • Autres formats disponibles : CD
  • Site officiel de l'artiste : https://taylorswift.com/
  • Acheter : Cliquez ici

Alors que Taylor Swift vient de révéler un nouveau single vengeur, “Look What You Made Me Do”, et sera de retour avec son 6e album Reputation le 10 novembre 2017, nous avons décidé de nous pencher sur son fameux 1989, sorti fin 2014 et disque parmi les plus vendus de la décennie 2010 à ce jour. Si l’artiste y chante encore et toujours l’amour, cette fois-ci, elle le fait en dansant, la country de ses débuts laissant place à une pop accrocheuse et sexy. Un pari risqué remporté haut la main tant la chanteuse est parvenue à saisir l’air du temps, tout en affirmant ses influences (Britney Spears, Madonna…) et, surtout, sa personnalité.

1989 : Un chiffre porte-bonheur pour Tay-Tay

Six millions d’albums vendus rien qu’aux États-Unis (dont 1,29 million d’exemplaires la première semaine), sept singles qui ont tourné en boucle sur les ondes, des records de clips visionnés sur YouTube… Taylor Swift est devenue incontournable avec 1989, album de pop pétillante et acidulée que personne n’attendait de la part de la sage chanteuse de country-pop aux balades sentimentales gentiment introspectives. Si l’artiste semble avoir pris exemple sur Adele pour le titre de ce 5e opus, qui désigne son année de naissance — la diva anglaise, elle, indique l’âge auquel elle a commencé la conception de chaque nouveau disque — la comparaison s’arrête là : pas de chansons tristes, mais des hymnes dansants où la jeune femme s’affirme, sans se départir d’une certaine “positive attitude” qui lui colle à la peau.

Véritable coup de poker, le disque multi-récompensé aura valu à l’artiste, qui signe toujours ses paroles ainsi que les mélodies, d’être élue “femme de l’année 2014” par le Billboard, le magazine de l’industrie du disque américaine, et, consécrations rigolote, les très British Ian McKellen et Patrick Stewart, s’étaient amusés à lire les paroles des singles “Bad Blood” et “Blank Space” de manière dramatique, tandis que Dwayne “The Rock” Johnson avait fait un hilarant playback (ci-dessus) de “Shake It Off” dans l’émission Lip Sync Battle. Un retentissement à la hauteur du changement de direction effectué par l’auteure-compositrice-interprète, qui n’y est pas allée de main morte pour s’inventer un nouveau son.

De la country à une pop acidulée décomplexée

image photoshoot 1989 taylor swift

Délaissant la country qui a fait son succès, la star se lance dans une pop accrocheuse et souvent sexy, ultra-dynamique et enjouée. Si “Shake It Off”, le premier single sorti durant l’été 2014, donnait déjà le ton, Taylor Swift enfonce le clou tout au long des 13 pistes qui composent ce cinquième opus. De “Welcome to New York” en passant par l’entêtant “Style” (l’un des singles), à “All You Had to Do Was Stay”, Taylor Swift veut nous faire danser et chanter à tue-tête sur des rythmes aux accents eighties. Une véritable euphorie se dégage de l’ensemble, bien loin de l’image mièvre et mollassonne qui collait jusque-là à la peau de l’artiste en raisons de ses chansons tristounettes. On aurait pu crier au caprice de star voulant casser son image pour concurrencer Katy Perry (sa grande ennemie, avec laquelle elle règle ses comptes sur le titre “Bad Blood”, au clip tarantinien en diable), Lady Gaga et consorts, mais le résultat est clairement à la hauteur de ses ambitions.

En ouverture, “Welcome to New York” nous fait rentrer dans l’effervescence. Comme avant elle Liza Minelli, Alicia Keys ou Jay-Z, Taylor y chante son amour pour la Grande Pomme, ville où tout bouge constamment. C’est aussi sans doute le seul titre de l’album qui ne soit pas une chanson d’amour ! Pour le reste, les morceaux sentimentaux optimistes (“Blank Space”) ou plus tristes (“All You Had to Do Was Stay”) s’enchaînent, avec un petit côté ado qui évite malgré tout de tomber dans la niaiserie. D’ailleurs, pas question de s’apitoyer sur son sort ! Taylor n’a pas envie de pleurer et on ne trouve aucune chanson “déprimante” sur 1989, où elle se fait plus enjouée qu’auparavant.

Des influences allant de Madonna à Lana Del Rey

image photoshoot 3 album 1989 taylor swift

Musicalement très produit et d’une belle richesse sonore, le disque ne renie pas l’influence de la Madonna des 80’s, ni celle de Confessions on a Dancefloor, ce qui n’est pas étonnant quand on sait que Taylor Swift est une fan inconditionnelle. Katy Perry, en pleine tournée à ce moment-là, a du coup vu arriver une rivale à même de lui damer le pion, d’autant plus que les hymnes dansants de Tay-Tay sont moins pompiers que les hymnes de stades assez redondants de la brune. Et, lorsque la nouvelle diva des charts décide de nous faire bouger, elle n’a clairement pas à rougir face à ses consoeurs !

Plus étonnante est sa tentative d’empiéter sur les platebandes de Lana Del Rey avec le titre “Wildest Dreams”, que l’on croirait extrait de Born to Die tant le mimétisme est troublant. Mais à part ce titre qui tient un peu trop de la copie, 1989 tient toutes ses promesses et réussit à montrer une nouvelle facette, inattendue, de Taylor Swift. Même”Bad Blood”, son clash contre Katy Perry, finit par nous rentrer dans la tête en dépit d’un refrain répétitif un rien agaçant. Les ballades, plus discrètes, sont toujours là, et l’artiste en profite pour évoquer les hauts et les bas des relations amoureuses de manière plus subtile, avec des arrangements plus ambient. On citera par exemple le très beau “This Love” ou encore “Clean”, qui clôt l’édition standard de l’album, et le bonus track de l’édition deluxe, “You are in Love”. Sur cette dernière édition, on trouve également deux autres titres tout à fait honorables, “Wonderland” et “New Romantics”, ainsi que 3 démos commentées.

Un opus qui retrouve la gloire de la teenage pop

Difficile, également, de terminer cette critique rétrospective sans évoquer l’icône 90’s dont l’influence se fait sentir d’un bout à l’autre ou presque du disque : Britney Spears. Taylor Swift a grandi avec les disques de l’artiste et cela se ressent, dans le bon sens du terme : “Blank Space”, “This Love”, “All You Had to Do Was Stay” ou “I Wish You Would” possèdent des vibrations distinctives qui en font les petites soeurs — plus modernes et moins mièvres — de certains des premiers morceaux de Brit-Brit. Evidemment, ce n’est guère un hasard si, parmi les compositeurs ayant travaillé avec Taylor sur l’album, on retrouve un certain Max Martin, auquel on doit le hit planétaire “…Baby One More Time”.

En plus d’avoir redonné du poil de la bête aux ventes de disques un an avant le retour d’Adele, 1989 a surtout marqué un virage important pour Taylor Swift, aussi bien d’un point de vue musical qu’en termes d’image. Alors qu’elle a dévoilé un son plus sombre, froid et urbain avec le très efficace “Look What You Made Me Do”, il apparaît que ce 5e album n’était que le début d’une véritable révolution pour l’artiste, qui semble bien décidée à ne pas se laisser enfermer dans une case. C’est donc avec intérêt que nous suivrons la suite de son évolution au fil des prochains mois.

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.
7/10

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