[Critique] Miley Cyrus : Younger Now, retour à Dixieland

Caractéristiques

  • Maison de disque/label : RCA Records
  • Date de sortie : 29 septembre 2017
  • Format utilisé pour la critique : iTunes (AAC)
  • Autres formats disponibles : CD, vinyle, streaming
  • Site officiel de l'artiste : https://mileycyrus.com/
  • Acheter : Cliquez ici

Retour aux sources ou désaveu ?

C’est le retour le plus commenté de cette rentrée derrière celui, vengeur, de Taylor Swift. Après avoir révélé cet été un premier single, le lumineusement folk « Malibu », puis le clip de « Younger Now », Miley Cyrus est revenue le 29 septembre avec un 6e album studio qui a fait couler beaucoup d’encre par l’apparent virage à 180° qu’il représente pour la pop star, qui avait choqué les fans d’Hannah Montana en 2013 avec Bangerz et ses innombrables provocations à base de twerk, marijuana et photos dénudées. Délaissant les sonorités hip-hop de ce précédent succès qui avait tout pour rendre Britney Spears jalouse par la qualité de sa production et ses tubes inspirés (« Adore You », « Wrecking Ball », « 4×4 », « FU »), Miley apparaît ici « rajeunie », apaisée comme quelqu’un qui se serait trouvé et en profiterait pour déverser des flots d’amour tout en renouant avec son héritage country, elle la filleule de la grande Dolly Parton (dont elle avait repris de manière vibrante le classique « Jolene ») et fille bien-aimée du chanteur Billy Ray Cyrus, très peu connu chez nous, mais incontournable en Amérique pour sa country-pop typique. La pochette, clin d’oeil à Elvis Presley, qui était lui aussi signé sur le label RCA, semble d’ailleurs crier back to the roots, tout en affichant les couleurs arc-en-ciel défendues par la pop star, fervente militante LGBT assumant sa fantaisie.


Cette renaissance est du moins le storytelling affiché à travers les 11 titres de Younger Now, produit par Oren Yoel (déjà présent au moment de Bangerz) et qui a provoqué les foudres des critiques musicaux des deux côtés de l’Atlantique, qui ont vécu ce changement comme un désaveu de sa rébellion post-Disney. Après tout, la chanteuse ne susurre-t-elle pas d’un air modeste : « Feels like I just woke up/Like all this time I’ve been asleep/Even though it’s not who I am/I’m not afraid of who I used to be » (« J’ai l’impression de m’éveiller/après être restée longtemps endormie/Même si ce n’est pas moi/je n’ai pas peur de ce que j’ai été ») ? Des paroles immédiatement interprétées comme des excuses à peine voilées pour avoir choqué les parents de ses jeunes fans.

Une artiste qui n’a plus besoin de casser son image pour exister


Pourtant, une autre possibilité pourrait être envisagée : Miley Cyrus s’affranchissant enfin véritablement de sa période Hannah Montana, personnage finalement assez éloigné d’elle, mais sans avoir pour autant besoin de brûler cette image de petite fiancée de l’Amérique pour cela. Chanter « Je me sens tellement plus jeune aujourd’hui » ne serait alors plus une tentative de se « racheter une virginité » comme cela a été maintes fois avancé — expression assez odieuse par ailleurs — mais une manière de dire qu’elle est sortie du moule préformaté d’enfant-star à l’attitude ultra-pro, mais aussi de la pression d’échapper à cette image pour mieux prouver qu’elle était capable de faire autre chose.

Miley a choqué son monde, s’est associée à des producteurs de R&B et a imposé une personnalité loufoque, provoc’ et mutine à la fois, agaçante pour certains, mais aussi étonnamment touchante, et peut-être n’a-t-elle plus rien à prouver au monde en la matière. Faisant ce que bon lui semble, elle avait déjà offert à ses fans il y a tout juste deux ans un album gratuit de plus de 90 minutes à la production quasi-artisanale, Miley Cyrus & Her Dead Petz, conçu chez elle en compagnie du leader du groupe de pop indé Flaming Lips, et qualifié de disque psychédélique, pour ne pas dire « de défonce ».


Si on pouvait reprocher à cet essai expérimental et parfois brouillon une certaine complaisance, ainsi qu’une trop grande naïveté dans les paroles (écrites par la chanteuse elle-même), « Tiger Dreams » frappait par sa puissance et s’imposait comme un vrai bel exemple de dream pop. Même le whatthefuckesque « Pablow the Blowfish », chanson improvisée lors de ses sessions accoustiques pour sa Happy Hippie Foundation, avait quelque chose d’assez émouvant par sa sincérité maladroite et quasi-enfantine. Habillée en licorne dans la vidéo, seule au synthé, elle ne pouvait retenir ses larmes en parlant de la mort de son poisson-globe adoré, qui l’a convaincue d’arrêter de manger des sushis.

Après autant de recherches et d’expérimentations, d’aucuns pensaient que la star continuerait à creuser ce sillon. Mais aller toujours plus loin dans la provocation a-t-il encore un sens lorsqu’on a volé sur scène en bustier tout en chevauchant une saucisse de hot dog géante ? Pas sûr, et la jeune femme, lassée de fumer trop de joints, semble avoir enfin achevé sa crise d’adolescence à 25 ans. Une fois ceci posé, que vaut donc ce Younger Now, estampillé de manière un peu facile « album de la renaissance » ?

Une country-pop plaisante et épurée

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Miley Cyrus vue par son fiancé Liam Hemsworth pour la promo du single « Malibu ».

Si l’on devait répondre à cette question en seulement quelques mots, on pourrait dire qu’il s’agit d’un disque de country-pop plaisant et agréable, où le beau timbre de voix de l’artiste est mis en avant, mais qui manque sans doute d’originalité, d’où les tonnes de critiques négatives que ce 6e album a récolté. Ainsi, la ballade « She’s Not Him », où la chanteuse embrasse sa bisexualité (révélée en interview l’an dernier) est paradoxalement l’une des plus conventionnelles de ce nouvel opus, sans être désagréable à l’oreille pour autant.

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© RCA Records

De manière générale, les titres sentimentaux priment ici, mais cela n’est pas nécessairement un reproche à retenir contre Miley Cyrus. Il y a en effet une claire différence entre les chansons plus adolescentes de ses débuts et cette nouvelle fournée, plus mature sans pour autant être transcendante. Décidée à développer ses talents d’auteure, l’artiste signe de nouveau les paroles après Dead Petz, où elle se montrait assez maladroite en la matière. Et, si l’on sent encore une certaine hésitation, il y a néanmoins une nette amélioration de ce côté-là, qui est d’autant plus acceptable qu’elle ne cherche jamais à nous faire croire qu’elle se prend pour Leonard Cohen.


La simplicité est de mise ici, et ces chansons directes, produites tout en étant relativement épurées, donnent un certain sentiment de sincérité à l’ensemble. On saluera ainsi les ballades (qui se suivent) « Miss You So Much » et « I Would Die For You » comme de beaux exemples de chansons d’amour où Miley Cyrus affiche une vulnérabilité touchante qui n’efface pas pour autant sa période précédente, plus « mouvementée ». Les touches roots sont bien dosées, apportant suffisamment de texture à l’ensemble et un écrin à sa voix, simultanément puissante et à deux doigts de se briser. Décrié par les âmes chagrines qui n’apprécient pas qu’elle rende hommage à son papa ou évoque sa sensibilité écologique, « Inspired », qui clôture Younger Now est, au-delà de son sujet, un autre titre assez subtil de l’artiste, bien équilibré, où les variations de sa voix sont mises en valeur sans le clinquant habituel de la pop mainstream. « Malibu », plus FM, est également un bon tube à écouter au bord de la plage ou avec une tasse de thé fumante à sa terrasse.

Rendez-vous manqué


En revanche, Younger Now apparaît forcé lorsqu’elle tente de mêler pop, country et touches hip-hop plus bangeresques sur « Thinkin' », répétitif au possible. Le duo avec Dolly Parton, « Rainbowland » qui avait tout pour être l’un des sommets du disque (il suffit de revoir sa reprise accoustique à tomber de « Jolene », ci-dessus, pour s’en convaincre) est quant à lui LE grand rendez-vous manqué parmi ces 11 titres. Si sa mélodie enjouée très americana est assez plaisante, on regrette amèrement les défauts de production du morceau, où la voix de l’icône country est assez fantomatique comparée à celle de sa filleule.

Cela s’explique par le fait que, pour des raisons de planning, les deux artistes n’ont pu se rencontrer en studio. Miley Cyrus a donc enregistré la chanson proprement de son côté et envoyé la maquette à sa marraine, qui s’est contentée de chanter par-dessus, en s’enregistrant visiblement avec les moyens du bord avant de lui retourner le résultat. Comme pour s’en excuser, la pop star a inclus des passages de la bande où Dolly Parton explique justement tout ça, tout en envoyant sa tendresse à la jeune femme. Si cet enregistrement, même brouillon, tenait sans doute à coeur à Miley Cyrus, on ne peut que regretter que leurs deux voix ne semblent jamais vraiment se rencontrer. Une déception qui ferait passer le récent duo Lana Del Rey-Stevie Nicks, assez imparfait, comme une éclatante réussite…


Quant aux autres morceaux, ils ne déçoivent pas, mais n’étonnent pas pour autant. Après l’accord de guitare à la Roger Waters (l’ancien leader du groupe de rock psychédélique/progressif Pink Floyd) qui ouvre « Younger Now », le titre éponyme de l’album bascule en terrain pop plus connu qui ne décontenancera pas les fidèles de la Miley période Hannah Montana, tandis que « Week Without You » sonne comme une ballade 50’s revisitée à l’aune de la pop sucrée des années 2010. Idem pour « Love Someone », très classique dans son refrain et ses paroles légères, qui bénéficie néanmoins de guitares plus texturées et roots que le gros de la production actuelle, et le fort sympathique « Bad Mood ».

Un disque de transition

Au final, Younger Now est un album qui ne choquera pas le plus féroce détracteur de Miley Cyrus, mais qui n’est pas le produit conservateur et opportuniste décrié par ceux qui pensent que la seule force pour une pop star de la trempe de l’Américaine serait de continuer à nous amuser de ses provocations. Pourtant, le vrai talent de la chanteuse n’a jamais résidé dans la surenchère et, si ce 6e opus dépote moins que Bangerz et ne cherche pas à innover, on y devine, en creux, la transition d’une artiste féminine qui ne cherche plus à prouver au monde qu’elle n’est pas Hannah Montana, mais tient à développer tranquillement ses talents d’auteure.

On y sent un attachement fort à ses racines country familiales, qui la constituent également en tant qu’artiste — et qu’elle n’a jamais vraiment reniées — et clamer qu’il s’agit là d’un retour en arrière tiendrait du procès d’intention. Si l’on pourra toujours avancer qu’elle joue ici la carte de la sécurité, Younger Now contient en filigrane les germes de ce vers quoi Miley Cyrus pourrait s’orienter si elle mêle la simplicité de ces mélodies efficaces au côté plus brut et viscéral de ses dernières reprises country interprétées live pour son début de tournée promotionnelle…

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.
6/10

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