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[Test – Playstation 4] Danganronpa V3 Killing Harmony : le visual novel ultime ?

Caractéristiques

    • Playstation 4
    • Playstation Vita
  • Développeur : Nippon Ichi Software
  • Editeur : NIS America
  • Date de sortie : 26 octobre 2017
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Introduction

Quelques années après ses grands débuts sur Playstation Vita, la licence Danganronpa pose ses valises sur Playstation 4 (la console portable de Sony n’est pas écartée, c’est à souligner). Une sortie attendue pour bien des raisons, et la première n’est due qu’à Spike Chunsoft : il s’agit de l’une des meilleures séries de visual novels. Cette troisième itération ne pouvait qu’allécher les amateurs de lecture que nous sommes, chez Culturellement Vôtre, mais l’on se demandait si ce passage sur console de salon n’allait pas faire perdre l’équilibre de la formule. Une crainte à laquelle nous nous sommes confrontés, et bien nous en a pris : on peut déjà affirmer que Danganronpa V3 : Killing Harmony va marquer son genre.

Histoire : 5/5

Danganronpa V3 : Killing Harmony est l’occasion de retrouver la peluche la plus crainte de l’univers (et pas seulement vidéoludique) : Monokuma. Le scénario qui se brode, devant nos yeux ébahis par tant de sombres délires, est sans doute ce que la licence a fait de mieux jusqu’ici. On retrouve des élèves surdoués, rassemblés dans une école appelée l’Académie des Prodiges Condamnés. Un bien étrange nom, vous en conviendrez, même s’il sied parfaitement à l’esprit de la série. On s’intéresse de plus près à Kaede, une élève qui se réveille dans ces lieux, amnésique bien entendu. Mais elle n’est pas seule dans cette galère : quinze autres élèves demeurent dans l’établissement, ce qui porte le chiffre exact à seize. Bien vite, Monokuma (et sa petite famille dégénérée) commence à faire des siennes et, comme à son habitude, va lancer un jeu malsain. Est en jeu l’intégrité physique des participants, et des procès viendront boucler les affaires criminelles.

Danganronpa V3 : Killing Harmony fait tout ce que les précédents jeux ont produit, mais en plus grand. Pour l’histoire, cela se traduit par des phases de lecture parfois très longues. C’est le principe même du genre visual novel, on n’est donc pas du tout surpris, mais commencer par deux bonnes heures de palabres, c’est un peu abrupte. Après ce mur narratif, finalement aisé à dépasser (surtout si vous avez survécu aux cinq heures d’introduction de Persona 5, ’nuff said), se met en place un récit qui, sans surprendre les fans dans sa tonalité, parvient tout de même à diablement bien nous tenir en haleine. On approfondit les relations aux autres élèves à l’aide de dialogues parfois optionnels, qui n’ont de raison d’être que l’envie du joueur d’approfondir l’histoire qu’il vit. En résulte une impression assez vertigineuse, tant on a l’impression que Nippon Ichi Software a pensé à tout, afin de rendre son univers le plus complet possible.

Vous l’aurez compris, il faut aimer lire pour apprécier Danganronpa V3 : Killing Harmony à sa juste valeur. La narration en pâtit un peu, car on a l’impression, justifiée, que tout passe par le verbe. C’est ici une limite du jeu, ou plus précisément du genre, qui ne cache pas qu’il se doit d’être très, très bavard. Si vous accrochez, sachez que vous découvrirez un survival en milieu scolaire, d’une grande qualité et bourré d’un humour noir ravageur. C’est sanglant, parfois carrément gore, et les procès, s’ils sont parfois très longs, constituent des moment de bravoure qu’on n’oubliera pas de sitôt. Notamment le premier, qui restera comme l’un des plus grands moments de la licence. Sans oublier le final, qui ne peut qu’être clivant de par son jusqu’au-boutisme, et qui nous a laissé sur les rotules. On ne vous en dit pas plus, rassurez-vous. Pour finir, voilà l’information la plus importante de ce test : le jeu est sous-titré en français (sauf une poignée de passages, étrangement). Et, surtout : en français de bonne qualité. On a enfin accès à un Danganronpa dans la langue de Molière, et pas de Jul, ça c’est une donne qui change absolument tout. Les jeux de mots sont plutôt respectés, la tonalité est juste dans l’esprit, les références font heureusement le voyage (dont une à Dragon Ball Super, par exemple), tout comme la cohérence avec l’écriture des personnages. Quelques coquilles sont à déplorer, mais dans l’ensemble on n’y porte qu’une attention très momentanée. Une excellente initiative, de la part de l’éditeur NIS America.

Gameplay : 4/5

Si vous avez joué aux épisodes précédents, vous retrouverez avec plaisir la formule en trois temps : libre, enquête et procès. Danganronpa V3 : Killing Harmony garde ce tempo, mais l’agrémente de plusieurs nouveauté. Signalons ici que l’exploration des lieux n’est plus aussi permissive qu’auparavant. Nippon Ichi Software a décidé de revoir l’impression de liberté, de la cloisonner, afin de privilégier un sentiment de progression. Est-ce un mal ? Non, clairement pas, le joueur peut, dès lors, se rendre compte du chemin parcouru, et c’est satisfaisant. Le temps libre est dédié aux relations avec les élèves, et sachez que de bons rapports pourront vous sauver la mise dans de bien nombreuses situations. C’est une activité tout à fait optionnelle, que de développer les liens, grâce à de bonnes phrases ou divers cadeaux, mais les effets récompensent le joueur, sur la longueur. Pas très original dans la forme, mais le principe reste intéressante, et engageante.

Sachez que ces phases d’accalmie ne durent pas. La découverte d’une scène de crime lance la phase d’enquête. Danganronpa V3 : Killing Harmony prend alors une toute autre tournure, et la tension augmente d’un cran. Les élèves mènent leur investigation, les soupçons se multiplient, et il faut rechercher les indices. C’est un déroulé plaisant, assez fun à jouer, ce qui est très rare, finalement, dans un visual novel. Après avoir bien approfondi les pièces à conviction, la dernière phase se lance : le procès. C’est ici, précisément, au Temple du Jugement, que Nippon Ichi Software a lâché ses chevaux. On trouve plein de mécanismes efficaces. Les débats permettent la confrontation directe, par le biais de dialogues et d’utilisation de preuves, afin de détruire l’argumentaire adverse. Plus précisément,le joueur est en possession de ballindices, qu’il pourra tirer sur les tirades qui lui paraissent douteuses, signalées par leur couleur jaune. Cela implique le gamer , et ce n’est jamais un mal.

Lamindinces, Clash d’opinions, Panique, Psycho taxi, tout cela donne du rythme à ces joutes verbales, auxquelles s’ajoutent la grande nouveauté de Danganronpa V3 : Killing Harmony : le droit au mensonge. La ballindice, qui transporte la vérité, peut être modifiée, et être chargée d’un parjure. Si cela peut sortir vos miches de situations compliquées (souvent dues à des approximations de la part du joueur, assumez un peu !), ne pensez pas y avoir recours souvent : l’utilisation a un impact sur la santé de Kaede, qui diminuera petit à petit. Si l’on ne peut absolument pas qualifier le gameplay de profond, on se doit pourtant de signaler qu’il est beaucoup plus intéressant que nombre de visual novels….

Technique et ambiance sonore : 4/5

On retrouve avec grand plaisir le travail de l’artiste Rui Komatsuzaki. Si vous découvrez la série avec Danganronpa V3 : Killing Harmony, il y a de fortes chances que vous tombiez amoureux de ce character design si particulier, sombre mais pas dénué de folie. Tous les écrans de dialogues sont en 2D, et quelques animations viennent égayer les séquences. On aurait apprécié une meilleure qualité des cutscenes, un peu cheapos, mais on s’en contente. Globalement, c’est pas transcendantal dans la précision du trait, mais ça construit une ambiance qui flatte les rétines et l’esprit.

Les musiques sont, là aussi, à mettre au crédit d’un fidèle de la licence : Masafumi Takada (The Silver Case, Earth Force Defense 4.1 : The Shadow Of New Despair). On est sous le charme de son travail, rythmé en toute circonstance, que ce soit à grands coups de piano (le morceau Beautiful Lie), ou de sonorités plus jazzys (Despair Searching). Quant aux voix, elles sont disponibles en anglais, et en japonais. Comme très, très souvent, on ne peut que vous conseiller de vous diriger vers la deuxième solution, bien plus appropriée.

Durée de vie : 5/5

Un prologue, et six affaires à mener, cela  fait de Danganronpa V3 : Killing Harmony un jeu qui se boucle en une quarantaine d’heures. C’est déjà conséquent, mais sachez qu’après la fin (tétanisante) du soft, vous pourrez vous lancer dans un new game plus très agréable, où vous gardez votre avancée, notamment en terme de liens avec les personnages, et de niveau. aussi, sachez que le titre dispose de deux niveaux de difficulté. De quoi revenir vers le dangereux Monokuma, sans l’ombre d’un doute.

Note finale : 18/20

Si vous accrochez au genre très spécifique du visual novel, alors on se trouve là devant un sommet du genre (en compagnie de Steins;Gate). L’ambiance qui se dégage de ce titre vaut à elle seule de s’investir dans ce soft, certes exigeant en terme de lecture, mais qui récompense les joueurs par un univers d’une grande richesse. Le scénario pousse le bouchon de la noirceur encore plus loin que les précédents opus, jusqu’à un final qui, on en est sûr, sera discuté pendant un bon bon de temps. On pourra tout juste regretter le manque d’une nouveauté vraiment tranchante, côté gameplay. Ou encore la qualité moyenne des cutscenes. Mais cela ne fera pas oublier le monument que nous venons de terminer. Et le tout, en français, on ne le répètera jamais assez !

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato
9/10

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