[Critique] Le retour du héros : Dujardin s’en va en guerre

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : Laurent Tirard
  • Avec : Jean Dujardin, Mélanie Laurent, Noémie Merlant, Evelyne Buyle, Christian Bujeau, Laurent Bateau...
  • Distributeur : StudioCanal
  • Genre : Comédie
  • Nationalité : Français
  • Durée : 1h30
  • Date de sortie : 14 février 2018

Entre cinéma d’aventure et vaudeville

Un an après Un homme à la hauteur, Laurent Tirard retrouve Jean Dujardin dans cette comédie historique vaudevillesque rendant hommage au cinéma français d’antan, et où l’acteur, très OSS 117, évolue comme un poisson dans l’eau dans le rôle d’un déserteur transformé en héros par la soeur de la fiancée qu’il a laissée sans nouvelles après avoir été mobilisé par l’armée. Pour consoler Pauline (Noémie Merlant), Elizabeth (Mélanie Laurent) lui écrit de superbes lettres romanesques en se faisant passer pour le capitaine Neuville, dans lesquelles elle met en scène ses exploits et sa probable disparition au cours d’une bataille à la situation désespérée. Pourtant, Neuville réapparaît quelques années plus tard dans le village, clochard et ivrogne après avoir déserté le champ de bataille. Lorsqu’il découvre qu’il est devenu un héros grâce à Elizabeth, il décide d’effectuer son retour en grandes pompes et de profiter de la situation, même s’il lui faut pour cela entraîner la jeune femme dans ses combines…

image mélanie laurent jean dujardin le retour du héros

Voilà une comédie atypique dans le paysage du cinéma français qui fait plaisir à voir ! Quoique imparfait, Le retour du héros renoue avec une certaine inspiration avec le cinéma d’aventures français autrefois porté par des acteurs tels que Jean-Paul Belmondo (modèle avoué de Dujardin, donc) et mis en scène ces trente dernières années par Jean-Paul Rappeneau. Un cinéma en perte de vitesse, pour ne pas dire quasiment disparu de nos écrans aujourd’hui, et auquel Laurent Tirard rend hommage, tout en s’inspirant largement du vaudeville, avec ses innombrables quiproquos et marivaudages. Si l’on devait adresser un reproche au film, c’est sans doute de ne pas être assez spectaculaire dans sa reconstitution historique et son action. On sent que l’équipe a eu un budget limité, et cela a tendance à se voir dans certaines scènes, ce qui est dommage. La mise en scène, classique, aurait sans doute mérité plus d’ampleur et de contrastes, même si on retrouve, ici et là, un certain nombre de bonnes idées, notamment dans les effets comiques.

Un duo de charme au service d’un humour décalé

image jean dujardin mélanie laurent et casting le retour du héros

Mais Le retour du héros est avant tout un film reposant sur son duo d’acteurs et ses dialogues, excellents, et c’est bien là que la mayonnaise prend. Entre l’humour décalé, les jeux de pouvoir dans la relation hommes-femmes et la compétition mâtinée de séduction qui se dessine entre Neuville et Elizabeth, la comédie de Laurent Tirard surprend agréablement et séduit, alors qu’elle avait tout pour être, au départ, un film aux ressorts cousus de fil blanc. Le personnage incarné par Mélanie Laurent fait définitivement partie des points forts : droite et sérieuse, elle ne voit pas d’un bon oeil le retour de l’homme qu’elle considère comme un lâche et un escroc, mais, contrainte de perpétuer son mensonge, elle doit rivaliser d’imagination avec Neuville, qui n’écoute pas la “dramaturge” et ne cesse de changer ses dialogues, comme une star particulièrement arrogante et sûre d’elle-même.

Le plus frustrant pour la jeune femme, qui évolue dans l’ombre, étant que le charisme de l’ancien capitaine lui permet de se tirer de n’importe quelle situation, peu importe l’énormité de ses propos. Du coup, entre la créatrice de ce personnage farfelu et l’interprète, c’est un peu l’histoire de Pygmalion qui se répète, la créature échappant bien vite à la jeune femme. Il y a donc une certaine dimension meta qui s’avère des plus plaisantes, même si elle aurait sans doute mérité d’être plus poussée. Jean Dujardin, lui, parvient à rendre attachant ce personnage lâche et égoïste, qui révèlera néanmoins un autre visage lors d’un impressionnant monologue faisant basculer la comédie vers une émotion inattendue. On ne peut alors s’empêcher de penser que peu d’acteurs actuels auraient pu effectuer ce virage à 180 degré avec une telle aisance.

La seconde moitié, où Neuville met en place une escroquerie très poussée, propulsant le mensonge dans une toute autre dimension, est la plus intéressante et possède des enchaînements de séquences assez savoureux. On regrettera néanmoins que la fin cède à une certaine facilité, alors qu’il aurait été aisé de pousser les choses plus loin pour parfaire le portrait d’escroc de Neuville, plutôt que de s’attacher à son image de pleutre, déjà l’objet de dizaines de gags d’un bout à l’autre du film. Malgré ces quelques réserves, Le retour du héros demeure une bonne comédie française, redonnant vie à un genre en voie d’extinction dans le cinéma français.

6/10

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