[Critique] Le jour de mon retour : Un drame maritime atypique

Caractéristiques

  • Titre original : The Mercy
  • Réalisateur(s) : James Marsh
  • Avec : Colin Firth, Rachel Weisz, David Thewlis, Ken Scott, Jonathan Bailey...
  • Distributeur : StudioCanal
  • Genre : Drame, Biopic
  • Nationalité : Britannique
  • Durée : 1h42
  • Date de sortie : 7 mars 2018

Une histoire vraie méconnue

Le jour de mon retour est un biopic assez surprenant par son sujet même : il ne s’intéresse pas à une personnalité véritablement connue du grand public comme Dalida ou Jackie — même si plusieurs livres et documentaires lui ont été dédiés en Angleterre et aux États-Unis — mais à un illustre quidam, amateur de voile qui, le temps de quelques mois, dama le pion aux plus grands champions lors de la première course autour du monde en 1968, le Sunday Times Golden Globe. Mais derrière ce héros improbable se cachait une véritable tragédie : celle d’un homme ayant tout hypothéqué (société et maison) pour réaliser son rêve et avoir les sponsors de son côté, et qui, après des dégâts irréparables infligés à son trimaran, fut confronté à deux solutions insolubles, abandonner et perdre tous ses biens ou bien affronter une mort quasi-certaine. Incapable de se résoudre à l’échec mais pas fou pour autant, Donald Crowhurst, époux modèle et père de trois enfants inventa alors une troisième solution : falsifier sa trajectoire et son journal de bord pour faire croire qu’il devançait les autres alors qu’il faisait quasiment du sur-place. Ce mensonge destiné avant tout à lui éviter la faillite le poussera dans ses derniers retranchements…

image colin firth trimaran le jour de mon retour film james marsh
© StudioCanal

A partir de là, le biopic, qui semblait s’annoncer comme la victoire d’un homme ordinaire sur les éléments et des circonstances extraordinaires devient le récit d’une perte d’illusions et d’un sort s’acharnant contre un homme poussé à bout par ses sponsors, ses investisseurs et les médias. Sa famille, quant à elle, est un triste dommage collatéral. Pour re-situer les choses dans le contexte, en effet, le Sunday Times Golden Globe était une course ultra-médiatisée car sans précédent, où les avancées des uns et des autres étaient commentées quotidiennement, et les femmes des navigateurs photographiées dans les magazines dans des tenues glamour. La pression était énorme, et le moindre faux pas faisait les choux gras de la presse et de la radio, rendant la moindre humiliation retentissante. Dans les faits, Donald Crowhurst n’est pas allé bien loin avant de se retrouver dans une situation impossible, tandis que ses adversaires avaient atteint la mer du Sud sans encombres…

Un biopic intimiste suscitant la compassion

image rachel weisz le jour de mon retour
© StudioCanal

Le réalisateur James Marsh (Une merveilleuse histoire du temps), fait ainsi le choix de la compassion dans le traitement de cette histoire vraie à peine croyable, ce qui se retrouve d’ailleurs dans le titre original (bien plus pertinent) : The Mercy, qui peut se traduire à la fois comme “la miséricorde” et “la délivrance”. Et il y a en effet quelque chose d’assez christique dans le parcours de cet homme, placé dans une situation impossible mais incapable de reculer et qui, pris de remords, sombrera à un moment donné dans un délire mystique. Sans dévoiler le dénouement, précisons que celui-ci montre la volonté de Crowhurst de se racheter, en un sens. Si toute cette partie en huis-clos sur l’océan est bien gérée, on regrettera tout de même que le réalisateur n’ait pas davantage exploité l’imagerie rattachée à cette dimension mystique afin de symboliser l’état d’esprit de son anti-héros. Colin Firth est excellent (comme l’est Rachel Weisz, dans un rôle qui est tout sauf celui d’une potiche), et son jeu vaut bien des effets spéciaux, néanmoins, on note un certain manque d’ampleur dans le film qui s’explique sans doute en partie par un budget limité. Qu’on se le dise, on n’assistera pas à des scènes d’océan déchaîné comme dans En pleine tempête avec George Clooney, même si la seule scène d’orage un peu spectaculaire du film est bien gérée.

image colin firth intérieur bateau le jour de mon retour film biopic donald crowhurst
© StudioCanal

Le jour de mon retour est donc un film de facture assez classique et terre-à-terre, mais qui fonctionne parfaitement par son parti pris de reconstitution intimiste, qui le rend particulièrement touchant. Tout est fait pour que nous comprenions les décisions de Crowhurst d’un bout à l’autre de la course, mais aussi l’inquiétude de sa femme, restée sur la terre ferme et aux prises avec des soucis financiers sous l’oeil des médias du monde entier. Il s’agit d’un drame qui touchera tout autant un public féminin que masculin, et, même si aucune connaissance en matière de course en voile n’est nécessaire, les amateurs apprécieront de voir les dessous de la course mythique qu’est la Golden Globe Race, dont la deuxième édition aura lieu cette année. A ce sujet, on ne peut que regretter l’approche marketing de StudioCanal qui, aussi bien par le titre français que l’affiche du film, a vendu l’oeuvre de James Marsh comme un film sentimental — chose qu’il n’est pas, même si l’histoire de Colin Firth et Rachel Weisz a bien évidemment de l’importance.

En définitive, Le jour de mon retour est un film surprenant et sans concession, montrant les rouages de la plus légendaire course en voile au monde, mais dessinant surtout le portrait d’un homme en apparence ordinaire qui aura tout risqué pour réaliser un rêve d’enfant.

7/10

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