[Critique] Papillon : Un remake qui n’ose pas voler de ses propres ailes

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : Michael Noer
  • Avec : Charlie Hunnam, Rami Malek, Eve Hewson, Rolland Moller, Tommy Flannagan, Michael Socha...
  • Distributeur : Metropolitan FilmExport
  • Genre : Drame, Aventure
  • Nationalité : Américain
  • Durée : 1h57
  • Date de sortie : 15 août 2018

Une vision plus réaliste des camps pénitentiers de la Guyane française

Réalisateur remarqué de deux thrillers nordiques, Michael Noer a été choisi par la Metropolitan pour mettre en scène le remake du film d’évasion de Franklin J. Schaffner, sorti en 1973 avec Steve McQueen et Dustin Hoffman dans les rôles principaux. Basé sur l’autobiographie d’Henri Charrière, surnommé Papillon en raison de son tatouage sur le torse, le film originel racontait les aventures d’un as de la cambriole injustement accusé du meurtre d’un souteneur et condamné à la réclusion à perpétuité dans un camp pénitentiaire de la Guyane française. Désirant plus que tout échapper à cet enfer, Papillon nouait rapidement une amitié de circonstance — qui deviendra peu à peu sincère et profonde — avec Louis Dega, richissime homme d’affaires condamné pour escroquerie : en échange de sa protection, Dega financera son évasion. Mais il n’est pas si simple de prendre la clé des champs dans cette prison sordide où les détenus sont traités comme des moins que rien, et il faudra de nombreuses années à Papillon pour mettre au point le plan parfait…

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© Metropolitan FilmExport

Long et violent pour l’époque, le film de Schaffner témoignait d’une certaine maestria visuelle, et fut surtout remarqué à l’époque pour la performance de Steve McQueen, qui quittait l’expression monolithique de Bullitt le temps d’un rôle assez différent, plus habité. Il aura fallu néanmoins attendre quelques années avant que le film, très critiqué pour ses longueurs (réelles), soit réévalué à sa juste valeur. Sur le papier, on pouvait se demander ce que le remake de Michael Noer pouvait apporter à ce classique des années 70. Après la vision de cette nouvelle mouture de Papillon, la réponse apparaît clairement : donner une vision plus brute et réaliste des conditions de vie des détenus en Guyane française, qui avaient été quelque peu édulcorées à l’image, comme il était de rigueur à l’époque. Non pas que le scénario soit différent ici (nous y reviendrons), mais le camp et ses cellules font plus “réels” devant la caméra de Noer, là où les décors du film de 1973 apparaissaient plus “propres”. C’est d’ailleurs là la principale qualité du remake : on sent le sang et la sueur, la poussière et l’extrême violence des lieux et des conditions de vie, sans (trop) se préoccuper de faire joli à l’image. Seule exception : la scène de l’exécution d’un condamné, montrée moins frontalement ici, tandis que Schaffner faisait éclabousser le sang sur l’objectif de la caméra.

Un remake qui n’ose pas assez s’affirmer

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Un autre parti pris louable sur le papier du Papillon de Michael Noer est d’approfondir bon nombre de scènes des deux premiers actes, tout en coupant dans le vif du dernier. En effet, le film d’origine avait la particularité d’enchaîner les rebondissements importants tambours battants durant la première heure et demi du métrage, quitte à survoler certaines choses, avant de changer de rythme du tout au tout et de tirer en longueur lors de l’avant-dernière évasion d’Henri Charrière, jusqu’au dénouement final. Le réalisateur danois a voulu rééquilibrer l’intrigue, et c’est tout à son honneur. Le problème c’est que, paradoxalement, le remake semble plus long que l’original, tout en affichant trente-trois minutes de moins au compteur ! En cause ? Le background des personnages a beau être plus fouillé et le contexte être présenté avec un réalisme accru, tout cela manque de nerf, de tension et d’émotion ! Sans compter que le scénario d’Aaron Guzikowski ne se démarque pas assez de celui de Dalton Trumbo, comme si le remake avait peur d’affirmer sa singularité.

Résultat : Papillon est un film entre deux eaux, qui ne sait pas trop où aller. D’un côté, il y a cette approche plus brute, que l’on retrouve également dans la performance des acteurs, plus crédibles (physiquement du moins) en criminels; de l’autre, à l’exception d’une brève introduction parisienne et d’une poignée de modifications relativement mineures, le remake reprend quasiment à la lettre la moindre scène du film de 1973, jusqu’à réutiliser à la virgule près d’innombrables répliques de celui-ci. Alors certes, certaines séquences sont étoffées, mais la mise en place de chacune, prise individuellement, est quasi-identique, et certains plans reproduits.

Un film qui manque de tension et d’émotion

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© Metropolitan FilmExport

Le problème, outre une certaine paresse scénaristique, c’est que le point de vue de Michael Noer apparaît bizarrement plus distancié, de sorte que l’amitié entre Henri Charrière et Louis Dega, centrale, est bien moins émouvante ici. Si Charlie Hunnam (Sons of Anarchy), dont la ressemblance avec Steve McQueen est volontairement appuyée, s’en sort plutôt bien, sa performance, très physique — il a été jusqu’à perdre 18 kilos pour la dernière partie, ce que n’avait pas fait son prédécesseur — n’est pas tout à fait aussi attachante, tandis que Rami Malek (Mr. Robot) en rajoute un peu trop dans le côté souffreteux de son personnage, le rendant par moments assez irritant. De plus, certaines modifications, plutôt que d’apporter une amélioration, tombent malheureusement dans le convenu. Ainsi, il ne nous faut pas plus de deux minutes pour deviner ce qui attend le personnage de Juliot, jeune chien fou tatoué de la tête aux pieds incarné par Michael Socha (Once Upon A Time). Idem au moment de l’avant-dernière évasion pour le personnage de Tommy Flannagan.

Plus gênant : on ne ressent pas assez la tension de l’avant-dernière évasion. On pouvait certes reprocher à Schaffner quelques longueurs sur la durée (notamment tout le passage paradisiaque avec les vahinés), mais il était parvenu à atteindre un véritable pic à ce moment de l’intrigue, plus particulièrement en ce qui concerne la course-poursuite sur la plage et dans la jungle. Noer a taillé dans le vif et modifié de manière assez importante cette partie précise, mais cela se fait malheureusement au détriment du suspense et du rythme, qui reste ici assez plat, ce qui est vraiment dommage. Difficile de ne pas perdre patience, à ce moment-là, même si le film se laisse regarder de bout en bout. On ajoutera également que l’absence de scènes oniriques durant les six mois d’isolement du héros rendent son calvaire bien moins perceptible.

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© Metropolitan FilmExport

Au final, Papillon par Michael Noer intéressera davantage les spectateurs des jeunes générations n’ayant pas vu le film de 1973, que les amateurs du classique avec Steve McQueen et Dustin Hoffman. Cette nouvelle version avec Charlie Hunnam et Rami Malek est loin d’être déplaisante ni dépourvue de qualités (on saluera en premier lieu l’immersion réaliste dans le camp), mais, à trop vouloir respecter le film d’origine, ce remake se perd quelque peu en route et reste coincé le cul entre deux chaises. En bref, tout cela semble un peu trop tiède : pas assez de tension, pas assez d’émotion. On aurait aimé que scénariste et réalisateur aient les coudées un peu plus franches pour s’affranchir du poids de cette nouvelle adaptation, qui avait un certain potentiel.

5/10

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