[Critique] Exfiltrés: un film d’actualité

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : Emmanuel Hamon
  • Avec : Swann Arlaud, Finnegan Oldfield, Jisca Kalvanda, Kassem Al Khoja et Charles Berling.
  • Distributeur : 20th century fox france
  • Genre : Drame, Thriller
  • Nationalité : Français
  • Durée : 103 minutes
  • Date de sortie : 6 mars 2019

Un thème traité de manière courageuse

Il y a des films, au sujet sérieux, qui sortent pile au moment où le thème est d’actualité. On se souvient de Made in France qui fut accompagné d’une sortie en salles pour le moins compliquée. Exfiltrés fait parti de ceux-ci, surtout que le récit est tiré d’une histoire vraie. Faustine, marié à Sylvain et mère de Boah, cinq ans, est une assistante sociale de Romainville. Convertie depuis peu à l’Islam, celle-ci prétexte vouloir faire de l’humanitaire pour partir en Turquie, puis passer en Syrie afin de rejoindre Daech avec son fils. Elle va découvrir une situation infernale, un piège dans lequel elle est tombée, avant de vouloir revenir en France. Sauf que ce n’est pas aussi simple. Tandis que à Paris, Gabriel et Adnan, deux jeunes activistes, sont émus par la détresse de Sylvain, ils vont ainsi monter une opération d’exfiltration à haut risque.

Le scénario de Benjamin Dupas ( la série Kaboul Kitchen) se concentre sur cinq personnages, dont les destins vont s’entrecroiser dans cette histoire. Nous avons donc Faustine qui part pour Rakka. Sylvain, le mari infirmier. Patrice, un grand chirurgien qui va aider Sylvain. Gabriel, un agent de la DGSE basé à Istanbul et fils de Patrice. Et enfin, Adnan, un réfugié syrien. Et on ne peut que louer le scénario de Depas. Sans tomber dans la complaisance ou le pathos, il décrit clairement les faits, les risques et surtout une situation difficile où tout est plus gris que noir, ou blanc. Aussi, il montre parfaitement les conséquences de chaque acte, aussi infime soit-il. Si la décision, les motivations et intentions de Faustine pour partir en Syrie sont bien développées, on a quand même du mal à comprendre sa naïveté. Depas parvient aussi à bien montrer la complexité du sujet de la Syrie du point de vue de la France. Que ce soit politique ou par la DGSI, on comprend que toute cette histoire est bien compliquée. Tout ça pose une base de réflexion au spectateur car, assurément, le long métrage refuse de prendre parti.

Une bonne réalisation mais des acteurs inégaux

image finnegan oldfield photo exfiltrés

Concernant la réalisation, Emmanuel Hamon (Une Épuration Française) s’en sort très bien. Sa caméra reste au contact de ses acteurs, tout en s’éclatant dans un style réaliste. Il est bien aidé par son directeur photo, Thomas Bataille avec surtout des plans à l’épaule, ainsi que des lumières différentes selon le lieux où on se trouve, pour bien différencier les segments. Le montage, signé Yorgos Lamprinos, s’avère aussi efficace, nous faisant passer d’un point de vue à l’autre sans difficulté, avec un rythme assez soutenu pour que les une heure et quarante trois minutes de durée du long-métrage passe rapidement, et sans véritables longueurs. On ne s’ennuie pas une seconde. Enfin, la musique d’Armand Amar reste discrète quand il le faut, mais toujours juste, soulignant parfaitement l’action des scènes.

Maintenant, on va aborder le sujet épineux du film : les acteurs. Jisca Kalvanda (Divines, Sage Femme), qui incarne Faustine, s’en sort admirablement bien. Finnegan Oldfield (La Promesse de l’Aube) est le meilleur acteur du film dans le rôle de Gabriel. Kassem Al Khoja est, lui aussi, très bon dans le rôle de Adnan. On émet de grosse réserves sur les performances de Swann Arlaud (Baden Baden, Ni le Ciel Ni la Terre), qui incarne Sylvain. On dirait qu’il ne joue pas la plupart du temps, restant dans une tonalité beaucoup trop passive. L’autre grosse réserve est pour Charles Berling. Il a tendance à surjouer toutes ses scènes, ce qui nous sort parfois du film. Au final, Exfiltrés, en dehors des réserves exprimées au sujet de certains acteurs, est un bon long métrage, qui s’appuie sur un sujet fort et surtout d’actualité. Le résultat, à l’écran, laisse le spectateur se faire sa propre opinion, tout en refusant une position facile. Courageux, donc.

6/10

Réactions (2)

  1. Bonne critique, détaillée et nuancée !
    Petite erreur à signaler : le scénariste se nomme Benjamin Dupas (et non Benjamin Depas).

    1. Effectivement, c’est bien Dupas et non Depas 🙂 Merci de nous l’avoir signalé 🙂 C’est rectifié.

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