[Critique] Simetierre : un vrai récit d’horreur

Caractéristiques

  • Titre original : Pet Semetary
  • Réalisateur(s) : Kevin Kölsch et Dennis Widmyer
  • Avec : Jason Clarke, Amy Seimetz, John Lithgow, Jeté Laurence
  • Distributeur : Paramount Pictures
  • Genre : Horreur
  • Pays : Etats-Unis
  • Durée : 101 minutes
  • Date de sortie : 10 avril 2019
  • Note : 6/10

Du livre au film

image jason clarke simetierre
Copyright 2018 Paramount Pictures. All Rights Reserved. / Kerry Hayes

Édité en 1983, le roman Simetierre de Stephen King (Le bazar des mauvais rêvesLes yeux du dragon) connut un franc succès, comme à peu près tous les romans de l’auteur. À tel point qu’il eu droit à une première adaptation en 1989, par la réalisatrice Mary Lambert, laquelle rempila d’ailleurs pour une suite plus méconnue trois ans plus tard, avec l’acteur Edward Furlong. Sans doute un des écrits les plus sombres du Maître de l’Épouvante, car l’un des rares à traiter aussi frontalement de la mort et du deuil, auquel la réalisatrice précédemment citée avait déjà su en son temps rendre hommage, en y insufflant une atmosphère mortifère et un sentiment terrible d’inéluctabilité funeste. Le remake 2019 relève à son tour le défi en tentant de moderniser au cinéma un cauchemar désormais vieux de trente ans.

Une reprise respectueuse

L’histoire de Simetierre est désormais connue : une famille de Boston vient s’installer dans la région du Maine et découvre un mystérieux cimetière d’animaux, bâti sur un ancien site de culte indien. Frappé brutalement par la perte d’un des siens, le père va commettre l’irréparable en enterrant sa progéniture dans la terre maudite, censée ressusciter les morts. Cela déclenche une série d’évènements provoquant la destruction de sa famille. À quelques modifications près, le remake reprend à la lettre le déroulé de l’original ainsi que sa volonté jusqu’au-boutiste. Bénéficiant d’un casting de choix, Jason Clarke et John Lithgow en tête, cette nouvelle version ne bénéficie pas du grain malsain typique des années 1980, mais compense par une réalisation (signée par un duo : Kevin Kölsch et Dennis Widmyer) soignée et des décors somptueux. Les visuels du fameux cimetière, ainsi que de la zone marécageuse qui l’entoure, rappelant les tableaux horrifiques de la glorieuse époque de la Hammer.

Mêmes films, mêmes défauts

Cependant le respect de l’œuvre et l’amour du genre n’excusent pas tout. Car, malgré ses évidentes qualités, Simetierre se loupe sur un point essentiel : ne pas rectifier les défauts de l’original, voire du roman. En effet, malgré toute la sympathie que l’on peut porter à la première version de Mary Lambert, force est de constater que le métrage souffrait déjà, à l’époque, d’un immense défaut : la bêtise de ses personnages voire l’absurdité de l’histoire. Certes, le deuil peut nous faire commettre des actes inconsidérés voire stupides, mais notre instinct de survie, ainsi que notre désir de protéger les proches qu’il nous reste, ne peuvent tout simplement pas nous conduire à l’issue fatale de l’histoire. Stephen King, grand conteur capable de nous faire croire à l’improbable, en a lui-même bien conscience. Ce qui le pousse à accepter que certains de ses écrits se destine au format DTV, comme L’année du Loup-Garou ou La Tempête du siècle. Cela ne l’empêche pas, cependant, de carrément s’indigner face à des adaptations qu’il juge traitresses, comme le pourtant génial Shining de Stanley Kubrick.

Efficace mais sans génie

Au final, cette nouvelle adaptation de Simetierre aurait sans nul doute pu être considéré comme une très bonne adaptation. Elle souffre cependant de son manque d’ambition et de son trop plein de volonté à nous effrayer, l’apparition des enfants masqués ou le traumatisme de la mère n’apportant finalement rien à l’intrigue principale. Mais surtout il manque un vrai narrateur aux commandes, en mesure de transcender l’œuvre de Stephen King, quitte à décevoir les puristes. Franck Darabont a pourtant su le faire dans ses adaptations respectueuses des Évadés ou de La Ligne Verte, ainsi que dans ses libertés prises par rapport à l’œuvre original pour The Mist, qui contient toujours l’une des fins les plus traumatisantes du cinéma. Simetierre version 2019 est un bon film d’horreur, qui va au bout de son propos, mais échouant à renouveler le cauchemar écrit il y a plus de trente ans. Au final, certaines séquences du long métrage laissent à penser que les mystères du fameux cimetière sont loin d’être résolus, gardant la porte ouverte à une éventuelle suite (espérons moins consensuelle que celle de 1992) qui pourrait s’affranchir de son écrasant modèle romanesque. Pour laisser éclater une véritable imagination scénaristique, cette fois-ci ?

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Depuis toujours, je perçois le cinéma, certes comme un art et un divertissement, mais aussi et surtout comme une porte vers l'imaginaire et la création. On pourrait dire en ce sens que je partage la vision qu'en avait Georges Méliès. Avec le temps, de nombreux genres ont émergé, souvent représentatifs de leurs époques respectives et les bons films comme les mauvais deviennent ainsi les témoins de nos rêves, nos craintes ou nos désirs. J'ai fait des études de lettres et occupé divers emplois qui jamais ne m'ont éloigné de ma passion. Actuellement, sous le pseudonyme de Mark Wayne (en hommage à l'acteur John Wayne et au personnage de fiction Bruce Wayne alias Batman), je rédige des critiques pour le site "Culturellement Vôtre" par pur plaisir de cinéphile. Très exigeant dans ma notation des films, en particulier concernant le scénario car c'est la base sur lequel aucun bon film ne peut émerger s'il est bancal ou pour le moins en contradiction avec son sujet. Je conserve une certaine nostalgie d'une époque qui me semble (pour l'instant) révolue où le cinéma ne se faisait pas à base de remakes, intrigues photocopiées et bien-pensance. Néanmoins, rien n'entame mon amour du cinéma, et chaque film que je regarde me le rappelle, car bons ou mauvais, ils restent le reflet de notre époque.

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