[Critique] Jessica Forever : un essai raté

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : Caroline Poggi et Jonathan Vinel
  • Avec : Aomi Muyock, Sebastian Urzendowsky, Augustin Raguenet, Eddy Suiveng
  • Distributeur : Le Pacte
  • Genre : Drame, Fantastique
  • Nationalité : France
  • Durée : 97 minutes
  • Date de sortie : 1er mai 2019

Un premier film ennuyeux

image jessica forever
L’actrice est en PLS. Nous aussi.

Il est important de préciser tout d’abord que Jessica Forever est le premier long métrage de son couple de réalisateurs : Caroline Poggi et Jonathan Vinel. Et un film de genre qui plus est. Ce qui, dans le paysage cinématographique français, pourrait suffire à encourager la démarche, voire à la défendre aveuglement. Cependant, impossible de suivre cette voie à la vision du métrage, tant les défaillances scénaristiques sont présentes. Si techniquement il mérite une légère indulgence, le financement alloué sentant bon le crowndfunding à l’arrache, il n’en va pas de même pour l’histoire qui, à force de chercher à faire dans l’expérimental, perd l’attention du spectateur presque immédiatement.

Orange synthétique

Difficile, en regardant Jessica Forever, de ne pas ressentir l’influence d’Orange Mécanique, avec ses orphelins égarés nourris à l’ultra violence. Mais si le métrage de Stanley Kubrick parvenait à proposer une réflexion sociale pertinente (et visionnaire pour l’époque) d’une jeunesse sacrifiée et ayant perdu tous repères moraux, Jessica Forever, lui, s’enlise dans un quotidien aussi monotone qu’une pub pour l’ami Ricoré. En cherchant à provoquer, à l’égard de ces jeunes, la même empathie que ressent le personnage de Jessica (symbole pour eux d’une déité matriarcale et bienfaitrice), le récit perd toute la force critique de son écrasant modèle, ne laissant à la place qu’un sentiment de vide narratif.

Un univers peu crédible

Qui plus est, en affichant la volonté de placer l’histoire dans un contexte d’anticipation, les décors et situations deviennent rapidement ridicules. Passons sur les (rares) effets spéciaux des machines volantes du gouvernement totalitaire qui les poursuit, plutôt corrects vu le budget. On sera moins enclin à défendre Jessica Forever lorsqu’il dépeint un monde vide, rempli, au début, de maisons pavillonnaires Ikea, puis sur une terre insulaire qu’on croirait être l’Ile de Ré. Franchement, quand on n’a pas les moyens de ses ambitions, le moins qu’on puisse faire c’est adapter son scénario en fonction. Cela éviterait également des séquences gênantes comme l’arrivée en parachute sur l’île façon commando, tout sauf discrète et qui ne trouve aucune justification par la suite, les jeunes infiltrés se contentant de faire tranquillement leurs courses à la grande surface du coin.

Jessica For(n)ever

Non honnêtement, il n’y a pas grand chose à sauver de Jessica Forever, qui enfonce le clou avec un message lourd et mièvre sur le pouvoir de l’amour et la quête de liberté. Les acteurs et actrices semblent s’être enfoncés le visage dans un bac de ciment avant chaque prise, afin de correspondre à l’idée que se fait le cinéma français actuel de l’actor’s Studio. Un magnifique « carré blanc sur fond blanc » laissant au spectateur le soin de crier au génie, car comme ça il pourra y voir ce qu’il veut. La réalisation, au diapason de l’interprétation, réserve quelques belles images à la fin mais, cherchant à nous inviter à la rêverie, finit par complètement nous endormir. Se blottir dans les bras de Morphée étant un remède salutaire à ce genre de long métrage.

2/10

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