[Critique] Meurs, Monstres, Meurs : visuellement beau mais ennuyeux

Caractéristiques

  • Titre original : Muere, Monstruo, Muere
  • Réalisateur(s) : Alejandro Fadel
  • Avec : Victor Lopez, Jorge Prado, Esteban Bigliardi, Tania Casciani, Romina Iniesta
  • Distributeur : UFO Distribution
  • Genre : Horreur, Drame
  • Nationalité : Argentine, Chili, France
  • Durée : 109 minutes
  • Date de sortie : 15 mai 2019

Un univers fascinant

image critique meurs monstre meurs
Bonne ambiance. Mais c’est tout.

Au cœur d’une région isolée près de la Cordillère des Andes, le corps d’une femme est retrouvé décapité. Sur ce postulat simple, nous suivons l’enquête de l’Officier Cruz et de la brigade locale, afin de retrouver l’assassin. Ce qui frappe en premier dans Meurs, Monstre, Meurs !, c’est le cadre lunaire et dépressif dans lequel se situe le récit. Filmant ses paysages en plans larges, et ses personnages de manière plus serrée, le réalisateur Alejandro Fadel parvient à distiller au compte-gouttes une atmosphère à la fois inquiétante et oppressante. Comme si l’immensité des lieux devait nous rappeler, à chaque instant, à quel point l’homme est petit et faible face à la nature et aux ténèbres tapies en elle. Le Monstre du titre devient ainsi une sorte de menace abstraite durant presque tout le métrage, une ombre pouvant surgir à tout moment, dans le but de faire une nouvelle victime. C’est là le grand point fort du film, et c’est d’autant plus navrant de se dire, ensuite, que c’est sans doute le seul.

Des personnages sans relief

En effet, si nous sentons immédiatement que la réalisation de Meurs, Monstre, Meurs ! est porté par une véritable vision, il n’en va pas de même pour la caractérisation des personnages. L’officier de police Cruz en tête, joué par l’acteur Victor Lopez (sosie sans charisme du célèbre catcheur André le Géant), dont l’interprétation granitique interdit presque toute identification et empathie vis-à-vis du spectateur. Les autres acteurs et actrices sont au diapason, à l’exception du chef de police locale (l’acteur Jorge Prado) complètement cartoonesque, et semblent décider à forcer le trait de leurs incapacités à lutter contre les événements, que ce soit par un excès de pragmatisme voire une complète imbécilité latente. C’est dommage, car réduit à l’état de simples figurants enfermés dans un cauchemar, jamais nous ne ressentons leur disparition comme une perte, mais un simple retrait soudain d’un scénario qui devient prisonnier de sa dimension métaphorique. Au point, d’ailleurs, d’effacer toute trace d’une crédibilité plus tangible et viscérale qui aurait hissé le film vers un tout autre niveau de qualité.

Des références multiples

Meurs, Montre, Meurs ! s’embourbe également dans un scénario foutraque, où se mêle réflexions géométriques, mantra télépathique (dont le titre du film tire sa source), possessions démoniaques et apparitions fantomatiques d’une bande de motards (?!). Aucun de ces divers éléments ne trouvera finalement une réponse satisfaisante au final, comme si le réalisateur s’intéressait davantage à filmer ses idées écrites sur un coin de table plutôt que de se donner la peine de leur trouver une véritable justification narrative. Ce sentiment de dispersion est également appuyé par les nombreuses références du film, que ce soit le récent La Région Sauvage d’Amat Escalente pour les paysages montagneux arides et le design très lovecraftien de leurs créatures. Ou le film coréen The Strangers pour cette volonté de mélanger la comédie burlesque et l’horreur, souvent par le biais de l’incompétence de ses personnages ou des dialogues étranges, comme celui sur les différents types de phobies que le commissaire énumère avec pédagogie à son subalterne tout en lui massant le cuir chevelu (!) Drôle ? Peut-être. Complètement hors de propos pour le bien de l’histoire ? Sûrement.

Un rendez-vous manqué

Si nous devions résumer Meurs, Monstre, Meurs ! en un seul mot, ce serait « regret ». Car, si la dimension onirique est fascinante, jamais les autres composantes du film ne parviennent à lui rendre justice. Pire, elles la plombent littéralement dans un final grotesque, pendant lequel le réalisateur choisit de nous montrer enfin le monstre du titre alors que la séquence précédente tout en jeux d’ombres et de lumières rendait un magnifique hommage à l’expressionnisme allemand. Las, l’ambiance se brise ensuite et la salle entière éclate de rire face au design outrageusement sexualisé de la créature, pourvu d’un physique d’escargot sans coquille avec un vagin en guise de face et un long attribut pénien à l’arrière qui évoque les animes pornos japonais. On peut dire qu’il fallait du courage pour oser la montrer. Le réalisateur Alejandro Fadel a peut-être voulu, par cette démonstration, illustrer un sous-texte sur le machiste en Amérique du Sud (la créature ne tuant et violant pour ainsi dire que des femmes), ou une métaphore sur l’idée que nous sommes tous un peu la bête. Encore une fois, nous ne le saurons jamais vraiment car si tout est explicite dans Meurs Monstre, Meurs !, rien n’est pour autant expliqué. Nous ressortons donc de la salle dubitatifs, avec pour seule certitude que l’on a assisté à un rendez-vous manqué. C’est dommage, et nous espérons que le metteur en scène, avec un vrai scénario entre les mains, saura un jour nous livrer le vrai métrage lovecraftien que nous espérions.

3/10

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