[Critique] Jim Queen : Un conte queer irrévérencieux et jubilatoire

Caractéristiques

  • Titre : Jim Queen
  • Réalisateur(s) : Marco Nguyen et Nicolas Athane
  • Scénariste(s) : Simon Balteaux, Brice Chevillard, Marco Nguyen, Nicolas Athane, Nicolas Athane, Brice Chevillard
  • Avec : Alex Ramires, Jérémy Gillet, Shirley Souagnon, François Sagat, Harald Marlot, Alexandre Brik, Philippe Katerine...
  • Distributeur : The Jokers Films
  • Genre : Comédie, Animation
  • Pays : France
  • Durée : 1h25
  • Date de sortie : 17 juin 2026
  • Acheter ou réserver des places : Cliquez ici
  • Note du critique : 7/10

Premier long-métrage réalisé en tandem par Marco Nguyen et Nicolas Athane (qui avaient auparavant réalisé chacun un court-métrage) et produit par le studio BobbyPills, Jim Queen a été présenté en Séance de Minuit au Festival de Cannes 2026 et, quelques jours plus tard, en séance au Pathé Palace à Paris, où une partie de la sélection cannoise était projetée durant 3 jours, du vendredi au dimanche.

Ce film d’animation assez fou, au ton à la fois drôle, corrosif et parfois trash, est au départ né de la volonté de ses réalisateurs de vouloir aborder avec humour les différences entre hétérosexuels et homosexuels en inversant la norme, avant de bifurquer vers une dimension satirique politiquement engagée en cours de route en raison des actualités politiques et géopolitiques. Le pitch ? Jim, icône musclée et sexy de la scène gay parisienne, voit sa vie chamboulée du jour au lendemain quand il contracte « l’hétérose », un virus qui transforme les hommes gays en hétérosexuels. A mesure que le virus gagne le milieu LGBTQUIA+, les personnes atteintes sont écartées du reste du groupe par peur de la contamination. Dans cette situation désespérée, Jim peut néanmoins compter sur le soutien de Lucien, un jeune homme qui a du mal à s’assumer à cause de sa mère, la tyrannique ministre Mme Christine – ouvertement basée sur Christine Boutin. Ensemble, ils partent en quête d’un remède. Malheureusement, Jim a pactisé avec un personnage peu recommandable…

Une esthétique colorée au service d’un humour sans filtre

Dans le genre dessin animé queer pour adulte au style décomplexé, Jim Queen s’impose comme une petite pépite, qui pourra être appréciée de la communauté LGBT comme des hétérosexuels… Tout en précisant bien que le film est destiné à un public adulte et averti, connaissant déjà bien cet univers et ses codes – et déjà acquis à sa cause. En effet, au-delà de reprendre tous les codes et références propres au milieu et à sa culture partagée, Jim Queen adopte un ton volontiers provocateur, voire « trash » dans ses répliques, et des éléments parfois graphiques à l’écran, même si le style est volontairement inspiré de celui de nombreuses séries d’animations françaises et américaines, avec un trait simple et caricatural, chaleureux et coloré qui est très sympas et séduisant, et fonctionne très bien dans la manière qu’a le film de jouer sur un décalage permanent.

De ce côté-là, le métrage du duo français possède certains points communs, dans son approche postmoderne et son goût pour les contrastes, avec le film d’animation espagnol Unicorn Wars, qui était très foufou dans le genre, et souvent trash et violent. D’ailleurs, les réalisateurs ont expliqué que le studio Bobby Pills, dont il s’agit du premier long-métrage, les avait encouragés à ne pas se censurer et à aller toujours plus loin dans la folie créative. Pour information, il s’agit du premier et unique studio de film d’animation pour adultes en Europe… D’où le fait que le film soit destiné à un public averti.

Humour, politique et culture gay : une satire qui vise juste

Du coup, d’un bout à l’autre, les répliques et gags fusent tous azimuts avec un véritable abattage, notamment autour des thérapies de conversion (ici inversée avec cercueil à clous rempli de symboles gay), de la Manif pour Tous et de l’extrême-droite française et étrangère. Si la satire politique occupe une place assez importante au sein du récit, en réalité, tout y passe, à commencer par toutes les vannes autour de l’homosexualité. Dès la scène d’ouverture dans une salle de musculation où le héros prépare ses prochaines stories pour son compte Instagram, l’humour est cash et osé et le style rentre-dedans.

Jim Queen est également un film ouvertement pop et ultra-référencé. On serait d’ailleurs bien en peine de dresser une liste exhaustive de toutes les références et clins d’œil, visuels ou au sein des dialogues tellement ils ont nombreux. Mais, ce qui fait la différence ici par rapport à d’autres films d’animation humoristiques, c’est que ces références ne sont jamais utilisées uniquement histoire de sortir une référence et de faire rire cinq secondes avant de passer à la suivante : elles sont véritablement porteuses de sens et ont été choisies avec soin, ce qui les rend mémorables.

De manière générale, le film reprend la trame de La Petite Sirène (mi-Andersen, mi-Disney) et en détourne les motifs – plus particulièrement les scènes cultes du dessin animé. On a par exemple droit à une version gay (très réussie) de « Partir là-bas » chantée par Lucien, qui est la « Ariel » du film, mais aussi à une scène en barque qui rappelle celle du « Embrasse-la » du film de Disney sauf que ici, au lieu d’assister à une scène romantique, nous assistons au coming out du jeune héros à sa mère.

Dans ce côté pop ouvertement référentiel, la scène du labyrinthe est également assez mémorable et devient un Shining gay, litttéralement : contre toute attente, le personnage de Lucien, qui n’a pas pu faire son coming out à cause de sa mère donc, est celui qui possède un pouvoir particulier se rapprochant du « shine » – ce qui est évidemment l’occasion de faire référence au « radar gay ». La séquence mêle références aux films d’horreur mais aussi (évidemment) à Alice au pays des merveilles, avec un personnage d’illuminé en sneakers dont la silhouette en survêt rappelle celle de la chenille du dessin de Disney.

Le côté dark du milieu de la nuit est également représenté dans ses extrémités (les clubs glauques et le GHB) même si, dans Jim Queen, cela prend une dimension fantastique.

La fin apocalyptique en forme de bouquet final est assez inspirée et ne fait, là encore, pas dans la dentelle, tout en réservant également aux spectateurs une part d’émotion plus fleur bleue.

Au final, ce qui fait la qualité de Jim Queen de Marco Nguyen et Nicolas Athane est que les vannes et les gags visuels ne sont pas que de surface, mais sont vraiment pensés pour servir le fond et le message du film. La réalisation réserve ainsi de nombreuses ruptures de ton, avec un découpage tantôt classique et « posé », tantôt épique et psychédélique jusqu’au climax, qui constitue un morceau de bravoure à part entière. Pas un film destiné au grand public, clairement, mais une œuvre drôle et audacieuse qui, derrière les blagues et gags provocateurs, n’en porte pas moins une immense tendresse pour son duo de héros. 

Article écrit par

Cécile Desbrun est une auteure spécialisée dans la culture et plus particulièrement le cinéma, la musique, la littérature et les figures féminines au sein des œuvres de fiction. Elle crée Culturellement Vôtre en 2009 et participe à plusieurs publications en ligne au fil des ans. Spécialiste de la femme fatale dans l'œuvre de David Lynch, elle effectue également un travail de recherche approfondi sur les artistes américaines Tori Amos et Taylor Swift. Directrice de publication du site, elle en corrige également les articles, au-delà de leur validation.

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