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[Critique] Joker : La tragédie d’un Clown

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : Todd Phillips
  • Avec : Joaquin Phoenix, Robert De Niro, Zazie Beetz, Bill Camp, Frances Conroy, Brett Cullen  et Shea Whigham.
  • Distributeur : Warner Bros France
  • Genre : Drame
  • Nationalité : Américain, Canadien
  • Durée : 122 minutes
  • Date de sortie : 9 octobre 2019

Une tragédie sur la folie

C’est l’histoire d’un clown… Cela pourrait commencer comme une blague, mais ça n’en est pas une. Le Joker a eu plusieurs incarnations au cinéma. Que ce soit la performance déjantée de Jack Nicholson, l’agent du chaos qu’était Heath Ledger ou encore le mafieux bling-bling de Suicide Squad interprété par Jared Leto. Chacun a eu sa propre et différente interprétation du personnage. Aujourd’hui, le réalisateur Todd Phillips (la trilogie Very Bad Trip, War Dog) s’attaque au clown culte en lui donnant son propre film, qui n’est pas lié au DCEU (du moins pour l’instant). D’ailleurs le logo DC n’apparaît pas. Comme si le long-métrage était vraiment à part. Est-ce un mal ? Nous allons y venir très vite… Joker raconte l’histoire d’Arthur Fleck (interprété ici par Joaquin Phoenix) , un homme sans concession méprisé par la société, qui va devenir l’antagoniste principal de Batman..

Comme nous le disions plus haut, Joker est une vraie tragédie, celle d’un homme. Arthur Fleck a des problèmes neurologiques qui font qu’il se met à rire dès qu’il ressent une émotion trop forte. Il a pour métier d’être un clown pour faire la promotion d’un magasin ou dans les hôpitaux pour les enfants malades. Son rêve est de devenir comédien de stand-up. Mais, méprisé par la société, violenté, mis à l’écart, celui-ci va tomber progressivement dans la folie, ne comprenant plus la société dans laquelle il vit. Il faut souligner dés le départ que cette folie est sous-jacente et que le scénario de Todd Phillips et Scott Silver (Fighter) nous montre parfaitement la progression de celle-ci tout au long du film, jusqu’à son explosion finale.

Le Joker est une partie d’Arthur qui ne demande qu’à sortir, et il faudra plusieurs éléments déclencheurs et révélations pour que cela se produise. Il s’agit d’une véritable étude de la folie que nous avons là. D’ailleurs, l’un des éléments moteur est la ville de Gotham City (pré-Batman), qui tombe aussi dans la folie au fur et à mesure que les tensions apparaissent entre pauvres et riches. Tout cela va contribuer à mettre sur un piédestal un homme qui, sans le faire exprès, va s’attaquer à cette société qui ne laisse rien aux plus pauvres. Une société qui va alors prendre l’image de cet homme (un homme maquillé en clown, donc), s’en emparer comme symbole et s’en servir.

La folie de Gotham entraîne la folie d’Arthur et vice-versa. Un rôle d’équilibriste que maîtrisent parfaitement les scénaristes à travers cette histoire qui cristallise avec force les problèmes de notre société. En visionnant Joker, on ne peut que penser au mouvement des Gilets Jaunes — dans une moindre mesure, évidemment, de ce qui se déroule dans le long-métrage. On retrouve aussi une critique ouverte de certains médias qui font la sourde oreille face à ce qui se passe dans la rue.

D’ailleurs, l’une des scènes -clé du film se déroule durant un Late Show.Le film se permet d’ailleurs quelques références, que ce soit à Taxi Driver, à Batman: Year One ou encore à The Killing Joke. Celle-ci sont très légères et passent plutôt bien. Il faut aussi souligner que Phillips et Silver n’en font pas trop sur l’univers de Batman. Même si celui-ci est bien là, il reste plutôt en arrière plan et ce n’est pas plus mal. Seul petit regret : du côté scénaristique, les révélations sur le passé d’Arthur à la fin tentent d’apporter une explication supplémentaire à sa folie, là où le contexte présenté au cours du film suffisait à comprendre la progression du personnage.

Alors surtout ne vous méprenez pas : Joker va à l’opposé de ce qui ce fait actuellement à Hollywood. C’est un anti-film de super-héros et un anti-blockbuster. Il n’y a pas d’explosions ou de scènes d’action gigantesques. C’est une autre proposition que nous avons là. Enfin, il faut souligner l’humour noir du film. Il y en a très peu, mais à chaque fois il fait mouche. On pense surtout à une scène dans l’appartement d’Arthur qui déclenchera automatiquement le rire.

Une performance incroyable

image joaquin phoenix joker

Côté réalisation, c’est du tout bon. Todd Phillips reste très proche de son personnage pour montrer sa folie montante. Sa réalisation est tout simplement excellente. Voir le réalisateur changer  de style de film est ici une belle surprise, et on aimerait que ses prochains longs-métrages soient de même qualité. Il est bien aidé par la photo réaliste de Lawrence Sher, mais surtout par la musique d’Hildur Guðnadóttir (la série Chernobyl, Sicario la guerre des Cartels) qui, par sa composition, nous fait ressentir la lente montée de la folie d’Arthur. Une superbe BO. Enfin, le film ayant une durée de 2h02 avec un rythme lent et pourtant sans temps morts, on ne s’ennuie pas une seconde.

Côté casting, on parlera évidemment de l’énorme performance de Joaquin Phoenix (Marie-Madeleine), qui est complètement dans le personnage. On ne voit pas l’acteur, on voit Arthur. Il l’habite complètement et parvient à nous montrer autant sa gentillesse que sa plongée dans la folie. Une interprétation magnifique. Il éclipse les performances des autres acteurs qui font d’ailleurs eux aussi du bon boulot. Que ce soit Robert De Niro, Zazie Beetz (Deadpool 2) ou encore Frances Conroy (la série American Horror Story), tous sont à leur place.

Au final, Joker est une oeuvre prenante, magistrale, superbe, une claque qu’il faut digérer. Parfaitement réalisé et interprété, avec un incroyable Joaquin Phoenix. Une plongée dans la folie d’un homme et d’une ville dont on ne ressort pas indemne. Une performance qui aura très certainement son mot à dire aux Oscars.

9/10

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