[Critique] Bluebird : un film attachant mais convenu

Caractéristiques

  • Titre original : A Bluebird in My Heart
  • Réalisateur(s) : Jérémie Guez
  • Avec : Roland Møller, Lola Le Lann, Veerle Baetens...
  • Distributeur : Les Bookmakers / The Jokers
  • Genre : Drame, Thriller
  • Nationalité : Belge, Français
  • Durée : 85 minutes
  • Date de sortie : 16 juin 2020 en VOD

L’enfer de la redite


Le réalisateur Jérémie Guez, dont Bluebird est le premier film, a semble-t-il cherché à se créer une identité de cinéaste par le biais d’un script très (trop ?) classique, et ainsi minimiser les risques de son galop d’essai. À l’origine scénariste pour des métrages comme Yves Saint-Laurent ou La Nuit a dévoré le Monde, il propose avec Bluebird une expérience sans fulgurance mais non dénuée d’intérêt pour autant.

Danny, le personnage principal, est un ancien taulard qui aspire à une vie tranquille avant d’être rattrapé par la violence lorsque la fille de sa logeuse à laquelle il s’est attaché va être victime d’une agression. Si ce pitch vous semble familier c’est normal, car une bonne cinquantaine de film ont dû traiter plus ou moins de la même chose, ne serait-ce que ces 10 dernières années. Cependant, la sincérité de l’entreprise qui transparaît à chaque séquence ainsi que l’interprétation solide des acteurs et actrices méritent une certaine indulgence.

Des figures imposées mais convaincantes

image Roland Møller bluebird

Comme assez souvent dans ce genre de métrage intimiste, c’est sur la force de conviction des interprétations que repose l’essentiel de l’entreprise, et de ce point de vue, rien à dire, c’est impeccable. Roland Moller, acteur danois déjà remarqué dans des métrages aussi différents que Skyscraper (aux côtés de Dwayne Johnson) ou Hijacking, utilise à bon escient sa “gueule” patibulaire pour donner corps à son personnage de “héros” aussi violent que sensible.

Face à lui, la jeune Lola Le Lann (également chanteuse) parvient à trouver un juste équilibre entre l’ado rebelle et la jeune femme fragile, rendant son personnage aussi attachant pour le spectateur que pour Danny vis-à-vis duquel elle va développer une attirance ambiguë,  à mi-chemin entre objet de désir et père de substitution. L’alchimie entre les deux est à l’origine des meilleurs moments de Bluebird, au point que les autres personnages (tous néanmoins bien interprétés) ne sont finalement que l’assise destinée à mettre en avant le “couple” vedette et les thématiques brassées par leurs actes ou même leurs non-dits.

Un univers trop contemplatif

image Lola Le Lann bluebird

Malgré la force de ses interprétations, Bluebird cède souvent à la facilité en multipliant les plans contemplatifs qui se voudraient poétiques (encore un émule de Terrence Mallick) et génèrent un récit au rythme lent qui ennuie parfois et ce, malgré une durée courte (1h25). La faute revient surtout au script qui ne réserve absolument aucune surprise, et c’est bien dommage car l’ambiance en elle-même est intéressante. Le nombre de lieux est réduit au strict minimum et on ne voit presque jamais les personnages aller de l’un à l’autre en passant par des endroits avec d’autres êtres humains, donnant l’impression d’un monde vide, où les protagonistes tournent en rond dans leurs solitudes. Une initiative intéressante qui, malgré ses défauts, place encore une fois Bluebird légèrement au-dessus de la mêlée.

Une porte vers l’avenir

image Veerle Baetens bluebird

A l’image de la fin ambiguë du long métrage, à la fois triste et positive, nous serions tenté de considérer Bluebird comme la première tentative d’un cinéaste se cherchant encore, mais possédant en lui une certaine richesse qui ne demande qu’à émerger davantage par la suite. Si en plus il s’entoure à nouveau d’acteurs solides servis cette fois-ci par un script plus ambitieux alors tout espoir est permis.

6/10

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