[Critique] Cassandra : entre le giallo et l’ozploitation

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : Colin Eggleston
  • Avec : Tessa Humphries, Shane Briant, Briony Behets, Kit Taylor
  • Distributeur : Virgin
  • Genre : Thriller
  • Nationalité : Australie
  • Durée : 94 minutes
  • Date de sortie : 12 mai 1987

Des idées vicieuses, mais trop avare en tension

image critique cassandra
Quelques petites éclaboussures à prévoir.

Débutons, avec ce Cassandra, un petit tour d’horizon de l’ozploitation. « Qu’est-ce encore, que cet anglicisme démoniaque ? », pourra se demander l’auditeur de Radio Courtoisie qui vient se perdre sur cette page ? À cette brebis égarée, loin, très loin de sa prairie, on rétorquera « cinéma australien de genre ». Car ce pays, cette île, ce continent, a su accoucher de particularités assez passionnantes, et l’on ne parle pas que de la Nicole Kidman époque cheveux ondulés. Non, pas mal de bobines en provenance du territoire des kangourous figurent parmi les plus mémorables qu’on ait pu voir (ah, Mad Dog Morgan, Razorback, Réveil dans la terreur…). Pas spécialement grâce à une qualité indéniable, mais plutôt parce que la tonalité qui s’en échappe sait nous étonner. Si Cassandra n’en est pas le meilleur représentant, très loin de là, force est de constater qu’il en contient quelques unes des forces.

Cassandra, c’est un giallo qui rencontre l’ozploitation. Écrit comme ça, l’expérience se fait troublante, pourtant elle est on ne peut plus logique. D’un côté, vous avez un genre qui se repose sur l’étrangeté d’une problématique, laquelle accouche d’un récit policier à la limite de l’ésotérique, avec whodunit slasherien en bout de course. De l’autre, une ambiance suave, parfois poisseuse, mais surtout très vicieuse, qui donne à l’ensemble une identité très giallo. Le vice, cette notion étrange pas seulement attaché à Madame Wardh (si vous comprenez l’allusion, vous êtes bons), et la jeune femme qui donne son nom au titre va l’apprendre à ses dépends. Celle qui se fait surnommer Cass’ tient son prénom d’un personnage mythologique, laquelle est atteinte de visions pas spécialement agréables. Une partie du concept du film tient sur cette problématique : si l’on voit, est-on coupable ?

Alors que la vie de Cassandra est d’une tranquillité assez marquée, un jour tout sera remis en cause par des cauchemars à l’intensité de plus en plus forte. On croirait, dur comme fer, que la jeune femme est victime de souvenirs résurgents, qui se terminent par le suicide d’une femme qui pourrait ben être sa vraie mère. À partir de là, le doute s’installe : qui sont les gens qui se font passer pour ses parents ? Encore plus grave, les rêves deviennent de vraies visions. Car l’héroïne est carrément témoin d’un meurtre, sans être sur place, en épousant le point de vue du tueur. Voilà qui fait froid dans le dos, surtout que le réalisateur, Colin Eggleston, n’est pas un manche : il est aussi l’auteur de Long Weekend, film devenu culte au fil du temps. Malheureusement, si Cassandra s’accompagne de plusieurs qualité, ce ne sera jamais son cas.

Intéressant pour les jusqu’au-boutistes de l’ozploitation

Cassandra est victime des objectifs du réalisateur. Lequel, c’est indéniable, cherche avant tout à travailler son ambiance. Pour ce faire, il nous propose un mélange de plans travaillés, qu’ils soient de jour ou de nuit, avec une photographie très efficace. Aussi, les codes du slasher sont bien respectés : on a les fameux passages en vue subjective (coucou Halloween), la séquence de douche immanquable, le couteau qui surgit à l’écran. Ces quasi-citations se révèlent d’un classicisme évident, mais leur maitrise leur procure une certaine puissance. Le scénario est certes pataud, on y reviendra plus bas, mais il nous réserve une petite poignée de bonnes surprises, notamment dans les réactions des personnages. On ne cache pas avoir éructé quand l’une des femmes prises d’assaut par le tueur fait preuve d’intelligence, en enlevant ses talons pour faire moins de bruit en détalant. Cela nous change des cruches presque indissociables de ce genre de film.

Adultère, meurtre, doute sur l’identité de l’assassin, Cassandra a de quoi retenir notre attention. Rajoutons à cela un casting efficace, avec en premier lieu Tessa Humphries (la Cassandra du titre) et Shane Briant (dans le rôle de son père). Seulement, comme annoncé un peu plus haut, le scénario n’est pas spécialement une réussite. On a du mal à ressentir l’évolution des personnages et, surtout, le récit est avare en séquences effrayantes. C’est d’autant plus dommage, car ces trop rares moments de tension sont largement satisfaisants. Mais le réalisateur tombe dans le piège du dialogue trop longuet, et ne parvient pas non plus à insuffler un supplément d’âme, voire même de fantastique. Car, tout du long, on sent bien qu’une force supérieure aurait pu être à l’œuvre. Cela n’est jamais abordé véritablement, et tout se termine dans une conclusion d’un terre-à-terre barbant. Dommage, même le film vaut tout de même d’être découvert par les jusqu’au-boutistes de l’ozploitation.

6/10

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