[Test] Mortal Shell : des idées, mais une difficulté terrifiante

Caractéristiques

    • PlayStation 4
    • Xbox One
    • PC
  • Développeur : Cold Symmetry
  • Editeur : Playstack
  • Date de sortie : 18 août 2020
  • Acheter : Cliquez ici

Mortal Shell apporte du neuf, mais jouera avec vos nerfs

image test mortal shell
Mortal Shell va vous opposer un énorme challenge.

Il faudrait avoir passer les onze dernières années dans une grotte pour être passé à côté du phénomène Souls-like. Mine de rien, la naissance d’un nouveau genre vidéoludique est un événement assez rare, l’on se souvient encore à quel point l’accouchement de Demon’s Souls, en 2009, fut déterminant, et ce malgré une large incompréhension d’une partie du public à l’époque. Les codes commençaient à être installés, et FromSoftware n’avait plus qu’à laisser parler le génie de Hidetaka Miyazaki pour que la recette trouve son rythme de carrière. Aujourd’hui, le genre est solidement installé, preuve en est l’intérêt du domaine indépendant, et surtout de l’Occident. Aujourd’hui, c’est Cold Symmetry, studio d’humble ampleDemon’s Soulur, qui tente d’apporter sa pierre à l’édifice.

Quand on découvre un nouveau Souls-like signé par d’autres que FromSoftware, on est toujours traversé par deux craintes : les courageux développeurs ont-ils compris l’importance d’une difficulté équilibrée, et vont-ils savoir prendre des risques du côté de l’univers ? Pour ces deux interrogations, Mortal Shell répond par la négative, mais le titre se rattrape sur d’autres critères. L’histoire, en tout cas, fait les frais de cette référence directe, même si l’atmosphère reste une réussite. Le récit se veut au moins aussi cryptique que celui de, par exemple, Dark Souls. Le joueur incarne une entité pour le moins émaciée, et même carrément squelettique. Après avoir appris les mouvements de base dans un tutoriel très précieux, on est projeté dans un monde qui doit tout à la dark fantasy. Le lore, que l’on pourra découvrir en farfouillant dans les environnements, en lisant la moindre stèle, fait office de seule narration. Notre personnage n’aura donc pas réellement d’autre but que celui d’avancer dans les niveaux sombres et tortueux, tous attachés au hub. On aura bien une éclaircie sur la fin, avec quelques éléments qui font sens, et l’on vous conseille de faire attention aux PNJ, qui dévoilent pas mal de choses. Mais, globalement, cela manque tout de même d’une toute petite dose de motivation par l’écriture. Signalons ici que le jeu est entièrement sous-titré en français.

Les premiers instants passés avec Mortal Shell font forte impression. Cold Symmetry a décidé d’accorder à l’avatar une certaine mobilité, ce qui tranche pour le coup assez nettement avec le poids des héros de FromSoftware. On est à l’aise, et l’on découvre même ce qui restera certainement comme le plus gros apport de ce jeu au Souls-like : l’endurcissement, une technique de défense qui pousse le joueur à prendre des risques. Avant cela, sachez qu’on a évidemment une attaque légère, une autre lourde, une esquive, une course, et tout cela consomme la barre de stamina. Laquelle se remplie automatiquement, bien entendu. Le système de défense est donc assez novateur, notre personnage peut se durcir, ce qui le met à l’abri d’un nombre limité de dégâts. Là encore, les développeurs ont joué la carte de la souplesse : il est même possible de se protéger pendant une attaque que l’on assène. À cela s’ajoute une mécanique de contre au timing hyper serré, mais très utile car certaines attaques pourront être difficilement être évitées, notamment à cause d’une allonge ennemie parfois surréaliste. Mine de rien, cela change assez radicalement notre rapport à un système de combat qui, du coup, évite la redite. Par contre attention, cela ne signifie absolument pas que vous allez pouvoir vous en tirer à si bon compte…

La défense, vraie originalité du jeu

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Ne pensez pas qu’à attaquer, la défense est aussi importante.

Avant d’aborder la difficulté, il faut tout d’abord s’arrêter sur l’autre belle originalité de Mortal Shell : les coquilles. Lors de vos premiers pas dans ces terres désolées, vous remarquerez un cadavre encore recouvert de son armure. Voici votre première build, et trois autres viendront la compléter. Il s’agit en fait d’une manière d’introduire différentes armes et spécificités, mais aussi d’autres capacités à débloquer. Le Souls-like est un genre connexe à l’A-RPG, on ne sera donc pas spécialement surpris des différents arbres de compétences. Par contre, on ne pourra pas améliorer les statistiques, ce qui en étonnera plus d’un. L’expérience glanée, que l’on pourra donc perdre si l’on se fait rosser deux fois d’affilée (on a un système de seconde chance à la Sekiro), sert surtout aux compétences, mais aussi à acheter des amélioration pour les armes, et des objets. Ces derniers sont intéressants : il faut en consommer un certain nombre avant de voir les effets être appris, ou renforcés. Il est indéniable que le jeu se repose sur un game design admirablement pensé, et les développeurs se sont réellement mis au travail pour apporter de la fraicheur au concept. Seulement voilà…

Mortal Shell est dur. Oh, qu’il est dur ! On va être transparent : on a rencontré pas mal de difficultés dans ce test, et seul un acharnement masochiste nous a permis d’en voir le bout. Votre dévoué serviteur a terminé Nioh 2, donc ce n’est pas uniquement une question de challenge, mais plutôt d’équilibre. Un bon Souls-like se doit de vous faire rentrer dans son univers avec une certaine attention, et même une douceur. Par exemple, même un pur novice se sortira très bien des premières heures passées dans un Demon’s Souls, mais galérera par la suite. Ici, ce n’est pas le cas. Dès les premiers instants, on est malmené. Très malmené. Trop malmené. Les ennemis (assez nombreux en terme de skin, il faut le préciser ici) font certes très mal, mais ce n’est pas tout. Malheureusement, la caméra n’est pas toujours exempt de tout reproche, on a parfois péri à cause d’elle, simplement en se hissant d’un tunnel étroit. Autre point discutable : les boss ne sont étonnamment pas des plus coriaces. Bien sûr, ils font mal, mais une fois le point faible trouvé ils n’opposent plus réellement de grosse difficulté. On a donc un challenge inégal, avec des murs incroyables, et des creux qu’on n’avait pas vu venir. Autre regret : on aurait aimé avoir le choix de pouvoir reconfigurer les touches, car on n’est pas trop fan des coups sur les gâchettes, tant cela retires à la nervosité du gameplay.

Mortal Shell peut se terminer en une quinzaine d’heures. Certes, les habitués du genre pourront tiquer, mais pour nous c’est pile ce qu’il faut ici. L’expérience vaut le coup, mais elle est éprouvante, alors ne pas trop durer est une qualité. Notons tout de même que les complétistes pourront se régaler : il existe un New game Plus, mais aussi des armes secrètes et des boss optionnels. Techniquement, le jeu se tient plutôt bien, et cela favorise une superbe direction artistique, clairement l’une des qualités de ce soft. Par contre, on a pu croiser quelques collisions douteuses, ce qui ne pardonne pas dans ce genre. Aussi, on trouve les temps de chargement trop longs, ce qui se ressent particulièrement à chacun des échec. Enfin, l’ambiance sonore est plutôt soigné, même s’il manque peut-être ce thème immédiatement mémorable.

Note : 14/20

Mortal Shell apporte quelques idées neuves à un genre pourtant sur-usité, et ce n’est pas un petit exploit. Le système de défense fonctionne bien, on apprécie aussi les différentes coquilles, toutes associées à leur propre arbre de compétences. Seulement voilà, le résultat nous laisse tout de même des regrets, d’autant plus dommageables qu’on aurait aimé mettre quelques points de plus à ce jeu. La difficulté est déséquilibrée, ce qui ne pardonne pas dans ce genre, et l’univers se fait peut-être un peu trop vague. Les temps de chargement pourront aussi parfois nous pousser à bout. Certes, le résultat est imparfait, mais l’on doit tout de même le conseiller aux amateurs de Souls-like appliqués. Ils découvriront une proposition parfois étonnante, et une preuve de plus que le genre réserve encore des surprises.

Auteur

  • Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 avant de lancer Jeux Vidéo Plus en 2021. Manque clairement de sommeil.

7/10

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