[Test] Road To Guangdong : un road trip répétitif au possible

Caractéristiques

    • Nintendo Switch
    • PC
  • Développeur : Just Add Oil Games
  • Editeur : Excalibur Games
  • Date de sortie : 28 août 2020
  • Acheter : Cliquez ici

Road To Guangdong ne parvient pas à trouver le bon équilibre

image test road to guangdong
Road To Guangdong est entièrement sous-titré en français, rassurez-vous.

Qu’y a-t-il de plus vidéoludique qu’une route, une voiture, et des personnages qui empruntent ces deux éléments pour se rendre à un endroit précis ? Le jeu de bagnole est l’un des genres les plus anciens de ce divertissement, l’aventure aussi, mais ce qui est plus nouveau c’est la volonté de se séparer du gameplay fun pour viser ce qu’on appelle désormais le walking simulator. Pour faire plus précis, ces softs qui se terminent avant tout en avançant, avec parfois quelques énigmes sur la route mais rien de trop difficile pour ne pas entrer en collision frontale avec les besoins de la narration. On accueille donc un titre qui est à la convergence de tout ça : Road To Guangdong, signé par le studio Just Add Oil Games (ici édité par Excalibur Games).

Si vous connaissez un peu cet immense pays qu’est la Chine, l’évocation de Guangdong ne peut vous laisser indifférent. En effet, il s’agit de la province la plus riche de cette nation, et la plus peuplée par la même occasion. Autant vous dire que ce genre de connaissance n’est que la plus superficielle, et l’on conseille tout de même aux joueurs de connaitre un minimum la culture de l’endroit pour mieux comprendre la tonalité de Road To Guangdong. On va suivre les péripéties de Sunny (prénom évidemment symbolique), jeune femme qui vient d’hériter du restaurant de son défunt père. Seulement voilà, elle a envie d’apporter à ce lieu sa touche personnelle, plus familiale, et pour ce faire elle démarre un véritable road trip (ce qui nous rappelle évidemment Life Is Strange 2) avec sa tante, une personne très importante dans la culture chinoise (tout comme les oncles). Il va donc falloir visiter les membres de votre famille, histoire de récupérer leurs recettes, mais aussi de tous les réunir pour le repas de fin d’année. Bien entendu, tout cela sera prétexte à découvrir Sunny et son état d’esprit, en ce sens c’est plutôt réussit. D’autant plus que le titre est entièrement sous-titré en français, ce qui est une très bonne chose, même si l’adaptation à notre compréhension de notions culturelles typiques est légère.

Clairement, la grande force de Road To Guangdong se situe dans ces instants qui nous emmènent en-dehors de la bagnole. Les dialogues sont hyper soignés, ils n’auraient pas démérité dans un film intimiste, d’ailleurs on se demande si les développeurs ne devraient pas réfléchir à une manière cinématographique de raconter cette histoire. Le scénario se fait naturaliste, on croit en tous les personnages, lesquels s’avèrent hyper bien caractérisés. Si on nous avait dit que ce soft adapte un long métrage d’auteur, on y aurait cru. Cela signifie aussi que la narration se fait linéaire au possible. On a bien droit à quelques choix de répliques, surtout dans ces moments très agréables où l’on a comme objectif de convaincre l’interlocuteur de nous rejoindre au restaurant. Tout cela fonctionne assez bien, et ce malgré le manque évident d’un glossaire expliquant quelques termes non-traduits. Il vous faudra donc avoir un accès à Google pour capter quelques expressions mystérieuses pour nous autres occidentaux.

Les phases de conduite sont catastrophiques

image gameplay road to guangdong
Les phases de conduite ruinent l’expérience.

Tout ça donne envie de parcourir ce Road To Guangdong, malheureusement l’expérience est sérieusement entachée par deux éléments qui ne pardonnent pas. Tout d’abord, les phases de conduite. Oulala. Alors, pour aller d’un point à l’autre, il faudra utiliser une voiture pour le moins en très mauvais état. La bonne idée, c’est de vous demander de faire attention à son état avant de reprendre la route. Niveau d’huile, passage au garage pour changer des pièces mortes ou en voie de l’être, on prend tout ça. Par contre, non, ce n’était pas une bonne idée de nous plonger dans une vue à la première personne tout sauf lisible. Ce n’était pas non plus bien vu que de ne pas soigner les sensations provoquées par le véhicule, ici proches du néant. C’est imprécis, lourd, la route est plus droite qu’une piste d’atterrissage, et les environnements sont d’un vide absolu. Ajoutez que ces phases peuvent se faire d’une longueur incroyable, et vous obtenez l’exemple typique d’une idée qui prend l’eau. Tout cela ne fait que surligner une structure répétitive au possible

Techniquement, Road To Guangdong se juge donc en deux temps. Les phases de dialogue, et de conduite. Les deux profitent cependant de la même direction artistique épurée, sauf qu’elle fonctionne bien plus dans les premières. Quand on rentre dans la voiture, on est comme abasourdi : les décors se font impersonnels au possible, les textures datées comme rarement, et le soft a même le toupet de ne pas être totalement fluide. C’est bourré de crénelage, des voitures apparaissent à cinq mètres, n’en jetez plus. Par contre, on a apprécié la bande originale, trop courte mais qui égaye ce road trip dont l’expression aurait dû se concentrer sur ce qu’il fait de mieux : sa narration. Bon, heureusement, vous n’aurez pas à conduire trop longtemps non plus, car la fin déboule après un peu plus de deux heures. Soit la durée d’un film. On ne veut pas insister, mais voilà ce qu’aurait dû être ce titre…

Note : 08/20

Road To Guangdong n’est pas une expérience vidéoludique de qualité, mais elle se rattrape grâce à une histoire que l’on a aimé suivre. Road trip auteurisant et intelligent, le soft de Just Add Oil Games aurait pu donner un film tout à fait sympathique. Seulement voilà, c’est un jeu, et là c’est le drame. Les phases de conduite sont catastrophiques, nuisent au résultat en l’alourdissant totalement. Vraiment dommage…

Auteur

  • Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015. Manque clairement de sommeil.

4/10

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