[Test] Tamarin : un échec sur presque tous les points

Caractéristiques

    • PlayStation 4
    • PC
  • Développeur : Chameleon Games
  • Editeur : Chameleon Games
  • Date de sortie : 10 septembre 2020
  • Acheter : Cliquez ici

Tamarin sort trop tôt pour être convaincant

image gameplay tamarin
Tamarin aurait pu nous attendrir…

Vous avez remarqué, cette mode tenace du « par les créateurs de » sur les affiches de cinéma ? Comme si le simple fait qu’un obscur producteur ait bossé sur un film plus ou moins satisfaisant serait un élément rassurant pour le public. Bon, on ne vous dit pas qu’à côté il est au travail sur divers échecs, mais c’est pas grave. Cet argument franchement fallacieux a aussi percuté le milieu du jeu vidéo de plein fouet, où il n’est pas rare de retrouver une mention identique. Tamarin, jeu d’action et de plates-formes signé Chameleon Games, en fait les frais. Cette humble production, dévoilée voilà quelques temps, s’est de suite retrouvée propulsée dans les attentes de certains (dont votre humble serviteur, comme quoi) sur la seule base de « par des anciens de chez Rare ». Malheureusement, il y a aussi un jeu derrière cette accroche. Et là…

Tamarin est un jeu prometteur sur le papier. Des développeurs apparemment chevronnés, expérimentés, un avatar qu’on a fort envie de serrer dans ses bras. Et une histoire qui, selon les déclarations du studio, comporte un fond écolo jamais de refus (tant que c’est maitrisé et pas excessif, entendons-nous bien). Dans les faits, voilà déjà le début des soucis. Le récit commence bien, et se trouve rapidement installé : on incarne donc un tamarin, petit singe qui existe réellement sur notre bonne vieille Terre, dans un univers clairement métaphorique. Il est rapidement victime de la folie destructrice des fourmis, celles-ci représentant nuls autres que les Hommes. C’est un peu cliché, mais ça fonctionne. Le but sera alors d’aller délivrer notre famille kidnappée, dans différents environnements. N’attendez rien de plus, mis à part un final légèrement scénarisé. C’est un peu décevant, on aurait apprécié un développement des personnages, des antagonistes, et il n’en est rien. Bon, c’est sous-titré en français, voilà tout de même un bon point.

On est donc rapidement propulsé aux commandes de notre avatar, et les premières minutes passées sur Tamarin se révèlent plutôt agréables. Dans un décor glauque, apocalyptique, encore fumant après le passage de ces satanées fourmis, on fait face à des commandes très classiques pour un platformer. Ce qui nous va très bien. À la manière d’un Super Mario 64, on saute aussi bien normalement qu’en faisant des pirouettes après s’être accroupi. On a aussi le bond de côté, quand on change brusquement de direction. Enfin bref on trouve rapidement nos réflexes. Par contre, la comparaison avec la mascotte de Nintendo s’arrête là, car on sent au fur et à mesure que différents problèmes, et pas des moindres, pointent le bout du museau. Tout d’abord, l’ombre sous le tamarin se fait beaucoup trop timide. C’est un souci récurrent, que l’on avait déjà noté par exemple dans notre test de No Straight Roads. Et c’est tout bonnement incompréhensible que des développeurs ayant notamment bossé sur Banjo-Kazooie, un classique du genre, n’aient pas compris l’importance de la chose pour la précision des sauts dans une représentation du monde en 3D. C’est même rageant, car bien vite on échouera dans certaines phases à cause de ce manque.

Des phases de shoot très largement perfectibles

image test tamarin
Ces phases de shoot nous hanteront longtemps.

Mais ce n’est là que le début de la débandade. Tamarin nous retire peu à peu le petit sourire que l’on esquissait en début d’expérience. Le véritable choc, c’est la première apparition du hérisson, lequel nous procurera une arme avant de nous demander d’aller buter des fourmis. Wow. Alors on n’a absolument rien contre la diversité des gameplays au sein d’un game design cohérent, n’est-ce pas NieR Automata ? Mais là, ça ne colle pas. Tout d’abord parce que la prise en mains de ces phases est sérieusement bancal. On n’éprouve aucune sensation dans les tirs, les impacts sont mous. Mais le pire reste le système de verrouillage, totalement loupé, imprécis. On ne trouve que peu de fun dans ces phases, surtout qu’elles sont, pour la plupart, synonymes de longues escapades dans un décor industriel trop générique. Ce n’est pas la joie, et ce ne sont pas ces oiseaux à sauver, avant que les fourmis ne les liquident, qui changent la donne. Aller, tout juste pourra-t-on relever une dose sympathique d’exploration, ce qui poussera les plus courageux à revenir dans ces niveaux.

Il sera donc question d’explorer les lieux, de récupérer des objets de partout, à la Banjo-Kazooie. Mais, bien vite, on est trop démotivé par les accrocs pour réellement s’y plonger. On pourra ajouter une caméra très largement perfectible, ce qui ne pousse pas à prendre soin de quoi que ce soit. Surtout, c’est l’incompréhensible absence d’une carte qui nous sidère. Tamarin n’est pas un jeu à cheminement linéaire, alors on s’attendait à une map histoire de mieux nous repérer dans un level design pas toujours très clair. Hélas, ce n’est pas le cas, et l’on se perdra bien souvent dans des lieux manquants de liant, alors même qu’une petite mécanique Metroidvania se met en place avec des éléments à débloquer pour atteindre de nouvelles zones. Tout cela part tout de même de bonnes intentions, on sent que les développeurs ont cherché à ne surtout pas laisser le joueur dans sa zone de confort. Mais on se demande continuellement si Chameleon Games n’a pas rencontré une fin de développement cataclysmique à cause du Covid. Il est net que ce soft aurait dû faire l’objet de plus de finitions, surtout que le studio avait déjà pris la peine de repousser la parution

Et cela se vérifie aussi bien dans la durée de vie que la technique. Tamarin se boucle rapidement, en cinq à six heures vous pouvez avoir atteint le 100%, et même le trophée Platine. Alors certes, il ne fallait pas que ça dure trop longtemps à la vue des nombreuses anicroches, mais on ressent une envie pressante des développeurs à bazarder la chose. Visuellement, on ne peut pas affirmer que le résultat n’est pas un minimum charmant, ce qui nous fait d’ailleurs écrire que l’on ressentira toujours ce petit regret en fin d’expérience. Il y avait de la matière à rendre le soft au moins attachant, avec des environnements plein de verdure, même si la direction artistique part sur des couleurs ternes. Mais là encore, c’est contrebalancé par un character design des ennemis parmi les plus faibles qu’on ait croisé. On est aussi témoin d’une bonne dose de bugs en tous genres, surtout dans les collisions. Les textures se font inégales, parfois baveuses. Heureusement, le framerate reste constant à soixante images par seconde. Reste que le petit côté mignon surnage parfois, c’est déjà ça. Terminons par un bon point : les musiques, assurées par l’excellent Davis Wise (dont on a récemment pu apprécier les compositions sur Snake Pass), sont d’un niveau acceptable, si l’on excepte les phases de shoot. Encore elles.

Note : 5/20

Voilà le genre de déception que l’on souhaite ne jamais croiser. Tamarin figurait sur notre radar depuis un moment, mais force est de constater que le jeu est disponible sans avoir réellement été fignolé. On a un squelette plutôt intéressant, avec de l’action et de la plate-forme, le tout dans une ambiance mi-mignonne mi-glauque qui aurait pu faire mouche. Mais tout manque de liant, d’une véritable vision. C’est encore plus vrai quand on aborde spécifiquement les phases de shoot, lesquelles ne parviennent pas à nous procurer la moindre sensation. Il s’agit donc d’un échec, assez triste car on continue de penser qu’un potentiel était là, ne demandant qu’à s’exprimer.

4/10

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