[Test] No Straight Roads : pour l’amour du rock

Caractéristiques

    • PlayStation 4
    • Xbox One
    • Nintendo Switch
  • Développeur : Metronomik
  • Editeur : Sold Out
  • Date de sortie : 25 août 2020
  • Acheter : Cliquez ici

No Straight Roads séduira vos réflexes et vos oreilles

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No Straight Roads est habité par des combat de boss spectaculaires.

Pour retrouver les premières traces médiatiques de No Straight Roads, il faut remonter à 2018, et une présentation qui n’a pas laisser les joueurs attentifs indifférents. En cette année qui aura vu l’avènement de Red Dead Redemption 2, certains regards se sont immédiatement portés sur le jeu signé Metronomik, tout jeune studio malaisien, ici soutenu dans la distribution par Just For Games. Si l’univers décrit y était sûrement pour quelque chose, la raison se trouvait aussi dans le développement, celui-ci étant chapeauté par deux vétérans de l’industrie vidéoludique : les cousins Daim Dziauddin (artiste concepteur sur Street Fighter V) et Wan Hazmer (concepteur principal de Final Fantasy XV). On se disait bien que ce duo, évidemment accompagné d’une équipe solide, allait pouvoir nous livrer un résultat digne d’intérêt. Et c’est bien le cas.

No Straight Roads se présente comme un Action-RPG, il fallait donc nécessairement qu’une bonne histoire accompagne le gameplay. Sinon, comment s’investir pleinement ? Rassurez-vous, l’univers et le récit ont fait l’objet d’un soin rafraichissant. Le scénario suit le parcours de Mayday et Zuke, deux membres d’un groupe de rock nommé Bunk Bed Junction. Et cela a l’air de rien, mais cette formation musicale a, devant elle, un véritable mur à détruire : celui de la domination musicale de l’électro. Bon, on est dans un jeu malaisien, mais nous autres Français pouvons remplacer ça par le rap vocodé, et ça fonctionne aussi. Bref, Mayday et Zuke doivent passer devant le jury d’une émission de type The Voice. Et là, c’est la débandade : la Zazie locale leur oppose une énorme fin de non recevoir, en assurant qu’aujourd’hui les gens écoutent de l’EDM, il faut donc se concentrer sur ce genre. Oui, vous pouvez tirer un parallèle évident avec ce que nous vivons.

No Straight Roads va encore plus loin, et se pose comme une véritable critique (légère dans le traitement, ce n’est pas un brûlot contestataire) de l’asservissement par la culture, ce qui nous surprend agréablement. Derrière ses atours évidemment avant tout fun, très Dreamcast dans l’esprit, se cache un fond, et il nous a charmé. Dans l’ombre de cette excuse de la popularité malaisienne de l’EDM se planque en fait une volonté de régner arbitrairement sur la population de Vinyl City. La Zazie locale, nommée Tatiana (doublée par Céline Monsarrat, que vous connaissez obligatoirement pour être la voix française de Julia Roberts !), est en fait une dictatrice infâme, qui bannie le rock et décide de plonger les « gens d’en bas » dans la précarité énergétique (toute ressemblance avec nos écolos fondamentalistes serait purement fortuite). C’est dans cette ambiance morose, mais tout de même très colorée, que le groupe va devoir relever la tête et se lancer dans des missions de sabotage. Le but : rétablir un régime démocratique, et le rock par la même occasion. Tout cela forme un récit léger dans la tonalité, mais plus intelligent que l’on pourrait croire au premier coup d’œil. La narration manque certes de relief à cause de rebondissements trop prévisibles, mais on s’est pris à apprécier non seulement l’univers, mais aussi les personnages qui le composent. Signalons aussi que l’intégralité des textes est traduite en français, pour un confort optimal.

No Straight Roads est à la jonction de plusieurs genres, ce qui en fait un jeu difficilement identifiable dans un premier temps, et c’est une bonne chose de notre point de vue. On sort ainsi des sentiers trop battus du moment. Le domaine indépendant passe son temps, à raison, sur la recherche du neuf par l’association (Rogue-lite et stratégie, Souls-like et plateforme, etc), et c’est la même volonté qui prend place ici. Si l’Action-RPG finit par l’emporter, avec des mécaniques d’amélioration par l’expérience, ici représentée très à-propos par des fans, on doit aussi souligner l’importance du rythme et du boss rush à la Furi (dans l’esprit, pas dans la difficulté). Le système de combat est parfait pour imager tout ça. Le jeu se déroule à la troisième personne, et les attaques se font assez classiques : coup léger, fort, et tir de munitions. On peut passer de Mayday à Zuke, non seulement pour varier les sensation (la première est plus lourde que le second), mais aussi pour laisser le pote au repos reprendre ses esprits et de l’énergie. On a aussi la parade pour se protéger, et une action d’activation pour les quelques pièges à tendre aux ennemis. Ceux-ci sont au centre du côté rythmique de l’expérience : ils attaquent selon le tempo de la musique, et cela fonctionne indubitablement. On fait attention à bien rester attentif au morceau en cours de lecture, et surtout on se cale sur la basse (jouez au casque, si vous le pouvez). Du coup, tout naturellement, on agit en prenant en compte tous les éléments, qu’il soient diégétiques ou extra-diégétiques, c’est très intelligemment pensé.

Un univers délicieusement typé Dreamcast

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Le jeu fait furieusement penser à l’époque de la Dreamcast.

No Straight Roads prend aussi la forme d’un boss rush, et peut-être même un peu trop de notre point de vue. L’univers coloré, très typé Dreamcast on le répète, aurait dû nous laisser plus de liberté dans l’exploration de Vinyl City. En l’occurrence, cette ville ne présente pas énormément d’intérêt pour les vagabonds dans l’âme, mis à part pour parler à des personnages secondaires, récupérer des Mini Qwasas dans le but de rétablir le courant sur certains éléments du décors, ou accéder à des endroits plus ou moins cachés (notamment grâce à un double saut que l’on obtient dan sl’un des arbres de compétences). C’est bien, mais pas suffisant face au potentiel de cet environnement bourré de personnalité, que l’on a envie de bien plus fouiller. Bref, ces rues sont surtout l’occasion d’atteindre de nouveaux quartiers à débloquer grâce à des vinyles récupérés en fin de niveau, et ce afin d’aller pourfendre de nouveaux boss. Pour atteindre ces ennemis d’envergure, il faudra d’abord se défaire de ses sbires dans des stages assez classiques dans leur level design. Cela reste des moments plaisants, malgré un vrai problème sur les sauts. Si l’on peut donner un conseil à Metronomik, ce serait d’ajouter une véritable ombre sous les corps bondissants, ça permettra de bien mieux capter les distances…

On arrive donc au combat de boss, et ici le challenge de No Straight Roads monte d’un bon cran. Outre la personnalité très travaillée de ces ennemis, qui représentent tous un style de musique, la bataille qui les accompagne se fait systématiquement spectaculaire. On ne vous dévoilera pas trop ce qui vous attend dans ces joutes qui s’étendent sur plusieurs phases, mais sachez que les mécaniques se multiplient, et cela vous demandera de toujours rester en mouvement. On remarquera tout de même que le meilleur boss, selon nous, est le second : la dématérialisée Yinu, une très nette référence à Hatsune Miku. Ensuite, le jeu a du mal à ré-atteindre un tel niveau d’excellence, même si cela reste satisfaisant tout du long. Ce challenge se traduit non seulement dans les phases en elles-mêmes, mais aussi dans la tension pour qui voudrait atteindre un haut score. En effet, vous recevrez une note en fin de joute, ce qui a une incidence directe sur les fans récoltés, l’XP du jeu. On pourra d’ailleurs recommencer ces batailles, et Metronomik a particulièrement soigné cet aspect : il est possible de choisir la musique qu’il vous convient, ce qui apporte de grosses variations de sensations, mais aussi d’opter pour des niveaux de difficulté élevée, histoire de vous faire mériter des récompense à l’avenant.

Et vous comprendrez vite l’intérêt de la rejouabilité de ces phases de boss, avec les trois arbres de compétences à compléter, ce qui nous ramène au côté Action-RPG de No Straight Roads. Mayday a le sien, Zuke aussi, et le groupe en a un dédié. Au total, ce sont soixante-trois compétences à débloquer, vous aurez donc du boulot pour tout posséder. À cela, ajoutons un système intelligent : les autocollants. Vous en récupérerez assez souvent, et il faudra les coller sur vos instruments pour être gratifié d’effets momentanés (dégâts de tir renforcés, vitesse de déplacement augmentée etc), couvrant la durée d’un niveau. Ne sous-estimez surtout pas cette mécanique, elle est déterminante à nos yeux. On pourra aussi appliquer différentes modifications aux armes, qui offre des attaques puissantes comme un lancer de boomerang enflammé pour Mayday. Tout cela se fait à la base, laquelle propose différentes salles, comme celle de briefing où le fans Kliff, doublé par un Julien Chièze appliqué, nous gratifie descriptions plus ou moins utiles des boss. Signalons aussi une salle de réserve assez mystérieuse, où vous pourrez nourrir un crocodile. Ne passez pas à côté de cette tâche, car la mener à son terme vous offrira une option utile que l’on vous laisse découvrir.

L’aventure proposée par No Straight Roads n’est pas très longue : il vous faudra huit heures pour en voir le bout. Avec les nombreux à-côtés, écrivons qu’un jusqu’au-boutiste pourra tout de même multiplié ce nombre par trois ou quatre, ce qui devient autrement plus solide. La technique, elle, souffle le chaud et le froid, même si dans l’ensemble cela reste tout à fait honorable. Rappelons qu’il ne s’agit pas d’un triple A. Sur notre PlayStation 4 standard, on a constaté quelques petites chutes de framerate, et de légers bugs de collision. Surtout, la synchronisation labiale n’est pas optimale avec le doublage français, et ça se remarque un peu trop. Tout cela est contrebalancée par une direction artistique d’excellente facture, même s’il faudra digérer ces étranges mains démesurées des personnages. Côté musical, c’est le bonheur intégral, avec même certains morceaux qui deviennent de suite mémorables. Le doublage français, quant à lui, a fait l’objet d’un grand soin sur certains personnages, on notera par exemple la bonne prestation de Kelly Marot, déjà remarquée pour son travail sur Dina de The Last Of Us Part. 2. Par contre, d’autres sont bien moins satisfaisants. On pense immédiatement aux voyageurs Jan et Daphné, dont le manque d’énergie dénote totalement avec cet univers qui n’en manque pas.

Note : 15/20

No Straight Roads a su nous séduire de par son mélange des genres, l’audace de son gameplay, et la personnalité d’un univers qui nous rappelle furieusement l’époque de la sainte Dreamcast. Certains combats de boss atteignent un niveau de grand spectacle impressionnant pour un jeu d’humble production, et l’on apprécie grandement toutes les mécaniques Action-RPG, classiques mais efficaces selon l’adage. On regrettera tout de même une exploration trop peu poussée, alors qu’on a une seule envie : découvrir Vinyl City plus en profondeur. Aussi, la durée de vie se fait un peu juste pour qui ne voudrait pas se lancer dans un trip jusqu’au-boutiste, et quelques petites imperfections techniques se font présentes. Mais rien qui puisse véritablement modifier notre perception d’un résultat qui dépasse nos attentes.

Auteur

  • Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015. Manque clairement de sommeil.

7/10

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