[Critique] Trolls 2 : Un affrontement musical peu convaincant

Caractéristiques

  • Titre original : Trolls World Tour
  • Réalisateur(s) : Walt Dohrn & David P. Smith
  • Avec : les voix françaises de Vitaa & Matt Pokora
  • Distributeur : Universal Pictures France
  • Genre : Animation, Famille, Musical
  • Nationalité : Américain
  • Durée : 1h31
  • Date de sortie : 14 octobre 2020

Quatre ans après la sortie du premier opus, qui avait été assez bien accueilli, Les Trolls 2 débarquent en salles en France, à quelques jours des vacances scolaires d’octobre. Réussite ou suite opportuniste ?

Une Battle Troll tirée par les cheveux

Dans cette suite du blockbuster Dreamworks, les Trollpops affrontent Barb, la reine des rocktrolls, qui a décidé de voler les cordes des principaux autres genres musicaux afin que le rock règne en maître sur la musique et donc le monde des trolls, divisé en autant de pays et régions qu’il y a de genres et courants musicaux. Avec l’aide des trolls d’horizons différents (country, funk…), les petits lutins aux couleurs de l’arc-en-ciel vont essayer de rétablir l’harmonie entre tous, à coup de tubes plus ou moins bien sentis…

Hélas ! Le résultat est poussif à souhait, malgré quelques bonnes idées qui auraient mérité d’être développées de manière plus fine.

bab la reine des rocktrolls dans les trolls 2

Rock : mais pourquoi tant de haine ?

Au-delà de l’humour “fun” et moderne (et qui assure au film une date de péremption une fois que ces références seront devenues trop datées) et de l’utilisation en dents de scie de gros tubes, ce qui pose problème, c’est notamment la vision à côté de la plaque du rock, qui menacerait d’avaler tout rond tous les autres genres et de nuir à la diversité musicale… Autant de reproches que l’on pourrait adresser à la pop vocodée qui est au cœur du film ! Il y a là une certaine hypocrisie intéressée qui pose question.

Certes, les jeunes spectateurs d’aujourd’hui ne sont que peu (voire pas du tout) habitués à écouter du rock. Cela justifiait-il pour autant d’enfoncer les clichés satanistes et dépressifs ? Ou d’infliger aux adultes des chansons originales de type rock FM ultra-fades pour illustrer ce genre ?

carte du monde des trolls 2

Quand les scénaristes tentent une synthèse de l’étude des genres musicaux par Pierre Bourdieu…

Pourtant, les scénaristes tentent de développer une dimension meta et de dresser en sous-texte une étude des genres musicaux qui se voudrait bourdieusienne : d’un côté la gentille musique populaire, de l’autre les méchants élitistes, sans compter la répartition des genres, un genre pouvant en cacher un autre… Malheureusement, le renversement du discours en milieu de métrage (la pop a en réalité volé les autres genres bien avant et a réécrit par la suite l’histoire) apparaît plutôt confus et se contente simplement de vouloir plaire à tous et de critiquer l’appropriation d’éléments funk par la pop blanche sans mettre en cause le fait que la pop commerciale actuelle a peu à peu écrasé le reste et aplati le son. Etrangement, le hip hop n’est présent qu’en citation et le temps de quelques secondes lors du passage d’un morceau qui passe du funk au hip hop 90’s.

On obtient donc au final un film complètement déconnecté du paysage musical actuel et de la triste réalité : le rock est quasiment absent des grands médias et s’est en grande partie retranché dans le camp indé, les artistes “rock” plus populaires ayant rejoint le camp de la pop FM – à l’image de Coldplay, dont le duo avec Rihanna il y a quelques années annonçait déjà cette tendance.

poppy et barb s'affrontent en chansons dans les trolls 2

Un spectacle pour enfants qui manque d’émotion et de personnages développés

Mais, me direz-vous, Trolls 2 est avant tout un film pour enfants, alors pourquoi chercher à couper les cheveux en quatre ? Eh bien, justement, de ce côté-là, on regrette que Dreamworks ne se soit pas foulé la tête : l’animation est assez moyenne à 1 ou 2 séquences près, l’humour ne fait pas vraiment mouche et tombera complètement à plat d’ici 10 ans et l’ensemble manque d’inspiration, de personnages véritablement développés et tout simplement d’émotion.

Le studio joue la carte de la flamboyance des paillettes et des tubes revisités façon trolls mais cela ne suffit pas à faire un film, surtout quand les morceaux musicaux  convaincants sont très limités – le “trolls just wanna have fun”, détournement de la chanson de Cindy Lauper est une exception notable. Autre défaut (spécifique à la VF cette fois) : les versions françaises des chansons sont plates à souhait. La traduction est assez fidèle, mais notre oreille fait grise mine car le résultat est souvent peu mélodieux. D’ailleurs, pour la séquence du medley, l’équipe a préféré laisser principalement les paroles en anglais, ce qui n’est pas plus mal : avouons que réaliser une version française d’un passage du “Wannabe” des Spice Girls tient du cauchemar d’adaptateur tant le débit des chanteuses est soutenu !

Au final, si les enfants pourront se laisser distraire par les personnages rigolos, les décors et un rythme enjoué (même s’il ne se passe pas grand chose) l’intrigue et son traitement laissent cruellement à désirer et laisseront clairement sur leur faim les adultes mélomanes.

1.5/10

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