article coup de coeur

[Critique] Teddy : Loup y es-tu ?

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : Ludovic et Zoran Boukherma
  • Avec : Anthony Bajon, Christine Gautier, Ludovic Torrent, Noemie Lvovsky...
  • Distributeur : The Jokers
  • Genre : Comédie, Horreur
  • Pays : Français
  • Durée : 88 minutes
  • Date de sortie : 30 juin 2021

Mais il est où le garou ?


La question la plus importante de ce film désopilant, mais qui est bien plus que cela, c’est : est-ce que Teddy de Ludovic et Zoran Boukherma est un film de loup-garou ?

Et la réponse est incontestablement oui, car tous les codes sont là, à part quelques-uns, (nous pensons que c’est intentionnel…) que nous ne dévoilerons pas ici, pour éviter de tout spoiler…

Ce film nous raconte l’histoire d’un jeune adulte plutôt marginal, recueilli par un oncle adoptif, en crise avec la vie et la société, aux prises avec un job alimentaire dans un salon de massage, qui, un soir de pleine lune, va croiser le chemin d’une bête étrange… Il se retrouve avec une morsure et commence à développer des troubles physiologiques et psychologiques qu’il cherche à soigner seul.

Mais il y a bien plus que cela, des tas d’indices qui peuvent amener à se poser des questions, bien après avoir vu le film… Est ce que l’histoire que l’on nous raconte est un conte fantastique sur base de créature métamorphe ?
Est-ce que les réalisateurs nous disent tout ? Et surtout, qu’est-ce qu’ils ne nous disent pas ?

Nous allons donc faire appel à un maître du genre pour tenter d’apporter quelques éléments de réponse ; libre à chacun de chercher ou de trouver ce qu’il veut dans Teddy ; ce film étant tellement riche qu’il y a matière.
Ainsi, Kiyoshi Kurosawa nous dit qu’au cinéma, tout ce qui est hors champ est aussi important que ce qui est dans le cadre. Le cinéma nous ment, parfois pour nous cacher quelque chose, il nous le met en pleine lumière.

Alors qu’est ce que Teddy met en pleine lumière ?

Eh bien, quelque chose nous a frappés. Teddy, le personnage principal, en pleine histoire d’amour sincère avec une lycéenne à l’avenir brillant, est présent dans toutes les scènes. Il est omniprésent, quasiment de tous les plans. En bref, c’est le personnage central certes, mais à un point qui en devient dérangeant lorsque l’on s’en rend compte… Même quand on ne le voit pas, il surgit dans la scène, de derrière quelque chose ou quelqu’un… Alors, s’il est toujours là, c’est que le point de vue est certainement toujours subjectif. On peut donc en venir à se demander si nous ne sommes pas dans un pur délire hallucinatoire du héros ?

Et dans ce cas, ce film n’a plus rien de “fantastique” (le genre), mais prend une toute autre dimension.
Le propos ne serait-il pas de nous montrer un Bowling for Columbine  à la française ? Ne serait-on pas en train d’assister à la tragi-comédie du pur pétage de plomb d’un post-adolescent marginal usé par la solitude, les moqueries, la pauvreté et sa marginalité, à la recherche de sa place dans la société, dans sa petite ville du Sud-ouest où il cherche à se construire un avenir (et une maison) avec sa dulcinée ? C’est peut-être pour cela que l’on n’est jamais sûrs que les personnages du film voient réellement ce que l’on voit à l’écran.

L’intelligence de la réalisation, c’est de superposer toutes ces dimensions et de n’alerter le spectateur qu’en creux. C’est tout ce que le film ne montre pas ou n’explique pas qui finit par nous alerter et nous faire nous poser bon nombre de questions… à la fois à la suite, et longtemps après le visionnage.

Un conte rural satirique et affreusement drôle sur fond de chronique sociale initiatique

Pendant le film, on est totalement pris ! C’est drôle, enjoué, mordant, savoureux, extrêmement bien joué par un casting au poil (Anthony Bajon, Christine Gautier…), avec de savoureuses punchlines ! On est perpétuellement sur le fil, en train de se demander si l’on est dans une comédie ou dans un film d’horreur… Mais en réalité, nous sommes sans doute dans quelque chose de bien plus tragique ; comme la réalité de la vie.

Teddy nous fait ressentir une large palette d’émotions, que l’on n’analyse pas forcément tout de suite, mais qui ressurgissent ensuite. C’est du cinéma intelligent, sensible, amusant et qu’il faut accueillir et laisser germer en soi pour en saisir toute la profondeur.

Une réalisation au service d’un ou plusieurs propos…

image Christine Gautier teddy

Il y a beaucoup de plans fixes et l’on regarde les personnages se débattre à l’intérieur de ce cadre – prison ou s’enfuir de l’image pour n’y laisser qu’un Teddy désabusé ou en colère… La sensation est vertigineuse : nous sommes nous-mêmes coincés dans la psyché et l’univers de Teddy, le personnage-film.

Parfois à la limite du ridicule mais toujours touchant, on partage son ironie vis à vis du tragi-comique que génère certaines situations du monde des adultes qui l’agace ; c’est dans ces moments-là où il met les adultes face à leurs contradictions que le film est le plus jubilatoire. Teddy en fait toujours trop, c’est le trublion qui n’est jamais à sa place, mais toujours en train d’interroger l’autre.

Teddy (le film) est un ovni, un petit bijou que l’on savoure encore en se le remémorant. C’est un tour de force maîtrisé et réussi sur la fin de l’adolescence, mais aussi la chronique d’une vie dans une petite ville de province où le microcosme enfermant côtoie les grands espaces de la nature qui symbolisent la liberté.

Teddy est un grand enfant qui essaye de jouer à l’adulte pour en devenir un et qui pointe du doigt les incohérences de la vie à laquelle il essaye de se conformer, mais pour laquelle il n’est pas fait, pas de ce format là en tous cas.
Il est par nature, et de naissance même, un rebelle qui vit en marge de cet univers, de cette ville et de cette société où l’on sait, dès la première scène qu’il y a peu de chances qu’il s’y conforme un jour…

En conclusion

image Anthony Bajon teddy

La métaphore du loup-garou, c’est celle de la transformation. Celle de cette adolescence où le corps change, mais aussi la perception du monde et de la société ; où l’on se sent différent et seul au monde. C’est aussi ce besoin de liberté, de grands espaces, cette soif de « sortir de soi », cet instinct animal, primitif, accompagné d’un sentiment de toute puissance et de tous les possibles à venir.

Teddy en est là : il a envie de hurler, de se libérer de cette société de moutons, de briser les chaînes d’une vie misérable qui semble toute tracée – surtout par les membres de la communauté dans laquelle il vit et évolue. Et nous spectateurs, le regardons faire, ravis, charmés et horrifiés… Un pur plaisir !

Au final, Teddy est affreusement drôle ; beaucoup plus qu’un simple film fantastique sur le thème du loup-garou… Quelque part entre satire sociale et rurale, voilà une comédie de mœurs et un film de genre ; tourné plus comme un film de Guédiguian ou des frères Dardenne qu’un Wes Craven…

Auteurs

  • Jean-Pierre Dandrieux est un ancien directeur de la R&D au sein du groupe Cryo, grand fan de jeux vidéos depuis plusieurs décennies, il officie aujourd’hui auprès des entreprises pour les accompagner dans leur transformation numérique, en employant notamment des techniques de serious gaming. Il est aussi passionné de BD/Comics/Manga/Anime et de POP culture de manière générale. Il rejoint Culturellement Vôtre en Mai 2021 pour renforcer la rubrique Jeux Vidéo. Privilégie l’histoire et ses ressorts dramatiques à la technique. Aime les productions indé pour leur créativité.

  • Laurence Muller est amatrice d’Art depuis toujours. Elle suit une formation complète et approfondie en Théâtre et Chant tout au long de son parcours scolaire et universitaire ainsi que professionnel, où elle officiera en tant que comédienne. Elle est diplômée en neuropsychologie cognitive et linguistique, ainsi qu’en Histoire de l’Art. Après un Master en Communication, Médias et Publicité, elle étudie les Techniques Mixtes au Musée des Arts Décoratifs de Paris. Elle est aujourd’hui Artiste Mix Media sous le pseudonyme Morgane Talula. Ses domaines artistiques de prédilection et dans lesquels elle exerce sont principalement : la Photographie Mobile, la Peinture Abstraite Contemporaine et les Collages. Elle rejoint Culturellement Vôtre en mai 2021 afin de partager son amour de la culture et sa curiosité tout azimut avec la générosité qui la caractérise dans des domaines aussi variés que les sorties (expos), la musique, la littérature ou encore le cinéma.

9/10

Réagir à l’article

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.