[Critique] Residue : Le futur du cinéma afro-américain?

Caractéristiques

  • Titre : Residue
  • Réalisateur(s) : Merawi Gerima
  • Avec : Dennis Lindsey, Obinna Nwachukwu, Taline Stewart, Derron Scott et Jamal Graham....
  • Distributeur : Capricci
  • Genre : Drame
  • Pays : Américain
  • Durée : 90 minutes
  • Date de sortie : 5 janvier 2022
  • Note : 7/10

La problématique de la gentrification des quartiers

Fils du réalisateur Haile Gerima, leader du mouvement L.A Rebellion (mouvement de jeunes réalisateurs afro-américains des années 1950 aux années 1980), Merawi Gerima nous propose son premier long-métrage, qu’il a écrit et réalisé, Residue, sur fond du mouvement Black Lives Matter. Le film raconte l’histoire de Jay, la trentaine, qui retourne dans son vieux quartier de Washington D.C. et y découvre à quel point celui-ci s’est gentrifié. Les résidents afro-américains se trouvent poussés hors de chez eux par des propriétaires plus riches et majoritairement blancs. Traité comme un étranger par ses anciens amis, Jay est perdu et ne sait plus tout à fait à quel monde il appartient…

Merawi Gerima nous livre ici un film qui est à la limite de l’autobiographie. Le réalisateur a vécu à Washington et a vu  des quartiers, majoritairement afro-américains, changés. Au travers du personnage de Jay, qui revient dans son quartier après quelques années passées à Los Angeles, on découvre l’évolution de celui-ci mais surtout, Jay ne reconnait plus son quartier et ceux qu’il a laissés là ne le reconnaissent plus comme l’un des leurs car, pour eux, il les a abandonnés. Un coup dur pour le personnage, qui essaye de retrouver un ami d’enfance. Au travers de son périple et des souvenirs qui remontent, Jay ne va plus savoir où il en est. Tout ce questionnement le mènera vers un chemin sombre.

Des thèmes forts


Et c’est là que le scénariste/réalisateur nous montre la complexité de ce qui se passe aux Etats-Unis. La gentrification de son quartier d’enfance se fait dans la douleur pour les habitants et pour lui, mais le film se garde bien de dépeindre les les blancs comme étant tous méchants et racistes. Oui, certains sont des idiots et se croient supérieurs, mais d’autres sont amicaux et montrent que la cohabitation est clairement possible. Mais la haine que partagent ces deux communautés est tenace et, avec le mouvement Black Lives Matter, cela n’arrange pas les choses.

Certains amis d’enfance qu’il croise ont mal tourné, certains sont en prison car ils n’ont pas eu les mêmes possibilités de s’en sortir que Jay. La réalité de ce qu’il se déroule dans ce quartier se mêle aux souvenirs d’enfance du personnage, où tout était beaucoup plus simple et innocent. En cela, Merawi Gerima tire un constat alarmant, comme le montre le dernier dialogue entre un couple blanc à la toute fin du film, mais en restant dans la nuance.

Une belle réalisation


Côté réalisation, le réalisateur travaille ses plans et sa lumière avec le même soin. Il donne un côté quasi-expérimental, voire onirique, à l’ensemble avec la scène de la forêt, où les souvenirs qui se mêlent à la réalité montrent le conflit intérieur de Jay. Il se concentre aussi sur le quartier, dont on voit l’évolution entre les souvenirs du héros et ce qu’il est devenu. Enfin, il ne montre quasiment pas le visages des blancs. Pour ceux qui ne respectent pas les afro-américains, on entend seulement la voix, tandis qu’on voit le visage des personnes respectueuses (comme le locataire de la maison des parents), mais aussi dans le final tragique du film où Jay pète littéralement un plomb.

Même au travers de sa réalisation, le réalisateur montre toute la complexité de ce qu’il se passe dans son pays. Alors oui, Residue a un rythme  lent et possède quelques longueurs, mais c’est pour mieux montrer la lente déchéance du personnage, tout en appuyant le constat de ce qu’il se passe dans ce quartier. Par ailleurs, le long-métrage s’ouvre sur des images d’archives du mouvement Black Lives Matter pour bien insister sur le fait que ce mouvement est important et que les effets de celui-ci ne font que commencer. La durée relativement courte (1h30) permet de ne pas s’ennuyer.

Une splendide performance

Le casting, majoritairement amateur, est aussi très bon, Dennis Lindsey en tête – il a reçu le Prix d’interprétation à la  Mostra de Venise 2020 et c’est mérité. Par son jeu, l’acteur nous fait comprendre tout ce qui se passe dans la tête de Jay, que ce soit par un geste ou un regard. Il fait bien passer l’évolution de son personnage. Obinna Nwachukwu, Taline Stewart, Derron Scott et Jamal Graham sont aussi bons, même si on ressent parfois le côté amateur de leur jeu, qui amène tout de même une certaine authenticité à l’ensemble.

Residue est donc un bon film, qui sert de constat aux événements qui se déroulent aux Etats-Unis tout en apportant une nuance intelligente. Sûrement le meilleur long-métrage sur le sujet de la gentrification des quartiers sur fond de Black Lives Matter. Merawi Gerima montre qu’il est très certainement une valeur sûre de la nouvelle génération du cinéma afro-américain.

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Adore le cinéma en général, que ce soit les gros blockbusters ou les plus petits films, les séries TV et les jeux vidéo. Il réalise de nombreux tests de blu-ray et films en UHD 4K.

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