[Critique] The Northman : Une plongée crépusculaire dans le folklore viking

Caractéristiques

  • Titre : The Northman
  • Réalisateur(s) : Robert Eggers
  • Scénariste(s) : Sjón & Robert Eggers
  • Avec : Alexander Skarsgård, Nicole Kidman, Claes Bang, Anya Taylor-Joy, Ethan Hawke...
  • Distributeur : Universal Pictures International France
  • Genre : Aventure, Drame
  • Pays : Etats-Unis, Royaume-Uni
  • Durée : 2h17
  • Date de sortie : 11 mai 2022
  • Acheter ou réserver des places : Cliquez ici
  • Note : 7/10

Shakespeare au pays des vikings

Robert Eggers, déjà remarqué avec son métrage Lighthouse (2019), réalise un film à grand spectacle servant de tremplin à son fétichisme du détail.
Conforté par un budget de 90 millions de dollars, ce perfectionniste visuel nous narre l’histoire du prince Amleth (Alexander Skarsgard), assistant au meurtre de son père le roi Horvendill (Ethan Hawke) des mains de son oncle Fjölnir (Claes Bang) qui s’empare alors de son royaume et de l’épouse de celui-ci, la reine Gudrun (Nicole Kidman).

Sauvé par miracle et devenu quelques années plus tard un puissant et cruel guerrier berserker, il reviendra pour se venger de son oncle et sauver sa mère. L’ombre de Shakespeare plane au-dessus de The Northman alors que ce dernier s’est lui-même inspiré de cette légende scandinave pour écrire sa célèbre pièce. Un retour aux sources en quelque sorte, qui s’avère néanmoins une adaptation libre de la légende co-écrite avec le romancier islandais Sjón afin d’y ajouter un grand nombre de références au folklore nordique, plaçant ce métrage à mi-chemin entre l’histoire et la légende.

Un spectacle solide, mais…

Disons-le d’emblée : The Northman impressionne par son réalisme et la crudité avec laquelle il décrit les mœurs vikings de l’époque sans jamais y apporter un jugement moral. Un gage de qualité qui sert de tremplin au réalisateur Robert Eggers pour y apporter également une dimension onirique, à grand renfort de visions hallucinatoires aussi fascinantes que parfois à la limite du kitch.

En fait, The Northman est un métrage ambivalent, auquel formellement il y a peu de reproches graves à formuler à son encontre. Mais, paradoxalement, jamais il ne parvient à se hisser à la hauteur de nombre de ses aînés. Par exemple, pour ce qui est du souffle épique de l’histoire, Les Vikings de Richard Fleischer demeure la référence indiscutable, pour l’onirisme ce serait Valhalla Rising de Nicolas Winding Refn (ou les Nibelungen de Fritz Lang) et, pour ce qui est du réalisme historique, Le treizième guerrier de John McTiernan est déjà passé par là avec plus de vingt ans d’avance et un meilleur rythme pour raconter son histoire.

Bien sûr, nul besoin de connaître chacune de ces références pour apprécier The Northman (bien qu’ils soient tous très conseillés à voir), mais inconsciemment, ce sentiment d’inachevé voire ce désir de tout mettre sans pour autant assumer un véritable parti pris scénaristique pénalise le métrage, qui finira par laisser sur le carreau la plupart des spectateurs vis-à-vis de leurs attentes.

oscar novak ethan hawke et nicole kidman dans the northman

Des comédiens remarquables en soutien

Afin de pallier au sentiment décrit plus haut, il est bon de citer l’excellence des interprétations, qui apporte à The Northman un atout non négligeable.

Si Alexander Skarsgard soutient l’ensemble du métrage par sa présence animale, il est accompagné par un casting prestigieux. Il y a déjà Ethan Hawke, qui livre une composition remarquable dans le rôle du père assassiné mais peut être pas si irréprochable que cela. L’oncle félon joué par Claes Bang s’avère plus ambigu qu’attendu et souligne à merveille la ligne shakespearienne du récit. Sans parler de Nicole Kidman,  qui trouve là l’un de ses meilleurs rôles depuis longtemps ou du moins l’un de ses plus ambivalents, à mi-chemin entre la tendresse maternelle et la furie castratrice. Sans oublier la jeune Anya Taylor-Joy, qui apporte une touche d’émotion dans le récit, tout en composant un personnage de femme forte digne d’une Valkyrie.

Bref, de ce côté-là, rien à dire si ce n’est que le récit dessert là encore les interprétations en niant la nature profonde de chacun dans un récit inutilement allongé, qui aurait pu se conclure beaucoup plus vite.

alexander skarsgard dans le rôle du prince viking amleth dans the northman

Anti-Disney, The Northman ?

Suite à une polémique avec le réalisateur Robert Eggers qui, tout en faisant le bilan de l’échec au box-office de The Northman, insistait sur le fait que jamais il ne ferait de film Marvel qui, selon lui, briderait sa créativité, on serait tenté de conclure en disant que oui, son métrage échappe à la norme actuelle du cinéma, ce qui constitue en soi un argument pour lui laisser une seconde chance.

Néanmoins, il faut également avoir conscience de ses faiblesses afin de se transcender et de proposer un spectacle de qualité pour endiguer la sclérose marvellienne qui laisse de moins en moins de place à d’autres propositions.

La richesse du cinéma provenant depuis toujours de sa variété narrative, il est bon de soutenir les initiatives quelles qu’elles soient, tout en conservant un œil critique pour qu’elles progressent. A ce titre, The Northman s’avère un choix judicieux, mais qui ne trouvera pas nécessairement son public en raison d’un certain nombre de défauts – y compris parfois subjectifs.

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Depuis toujours, je perçois le cinéma, certes comme un art et un divertissement, mais aussi et surtout comme une porte vers l'imaginaire et la création. On pourrait dire en ce sens que je partage la vision qu'en avait Georges Méliès. Avec le temps, de nombreux genres ont émergé, souvent représentatifs de leurs époques respectives et les bons films comme les mauvais deviennent ainsi les témoins de nos rêves, nos craintes ou nos désirs. J'ai fait des études de lettres et occupé divers emplois qui jamais ne m'ont éloigné de ma passion. Actuellement, sous le pseudonyme de Mark Wayne (en hommage à l'acteur John Wayne et au personnage de fiction Bruce Wayne alias Batman), je rédige des critiques pour le site "Culturellement Vôtre" par pur plaisir de cinéphile. Très exigeant dans ma notation des films, en particulier concernant le scénario car c'est la base sur lequel aucun bon film ne peut émerger s'il est bancal ou pour le moins en contradiction avec son sujet. Je conserve une certaine nostalgie d'une époque qui me semble (pour l'instant) révolue où le cinéma ne se faisait pas à base de remakes, intrigues photocopiées et bien-pensance. Néanmoins, rien n'entame mon amour du cinéma, et chaque film que je regarde me le rappelle, car bons ou mauvais, ils restent le reflet de notre époque.

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