[Critique] Diamanti : Portraits féminins entre éclat et maladresse

Caractéristiques

  • Titre : Diamanti
  • Réalisateur(s) : Ferzan Özpetek
  • Avec : Luisa Ranieri, Jasmine Trinca, Stefano Accorsi, Kasia Smutniak...
  • Distributeur : Destiny Films
  • Genre : Drame
  • Pays : Italie
  • Durée : 135 minutes
  • Date de sortie : 21 janvier 2026
  • Acheter ou réserver des places : Cliquez ici
  • Note du critique : 6/10

Récompensé par le Prix du Public David di Donatello, équivalent italien des Césars français, Diamanti est le nouveau long-métrage de Ferzan Özpetek. Véritable phénomène en Italie l’an dernier avec plus de deux millions d’entrées, le film s’appuie sur un casting choral prestigieux, réunissant notamment Jasmine Trinca, Luisa Ranieri et Stefano Accorsi. Œuvre résolument féministe, Diamanti porte un message d’émancipation féminin aussi nécessaire que bienvenu, dans la lignée du très remarqué Il reste encore demain de Paola Cortellesi, sans toutefois en atteindre la même force de frappe.

Une œuvre chorale et réflexive

Diamanti s’ouvre sur une proposition originale : un réalisateur de renom réunit ses actrices fétiches pour leur proposer de participer à un film consacré aux femmes. Le récit bascule alors dans une reconstitution romaine des années 1970, au cœur de la Sartoria Canova, somptueux atelier de couture dédié au cinéma et au théâtre, dirigé par deux sœurs que tout oppose. Il y a d’un côté Alberta (Luisa Ranieri), femme dure et volontaire marquée par un amour déçu, et Gabriella (Jasmine Trinca), fragilisée par un drame familial dont elle peine à se relever. Dans ce lieu clos, vibrant au rythme des machines à coudre, se déploie une galerie de portraits féminins, où se mêlent blessures intimes, élans de solidarité et passions contenues. L’atelier devient un espace de travail mais aussi de refuge, où la parole circule et où la sororité se construit dans les gestes du quotidien.

Œuvre résolument chorale, Diamanti convoque près d’une vingtaine d’actrices et fait le choix d’un récit fragmenté, composé de trajectoires qui s’entrecroisent. L’ancrage dans les années 1970 permet à Ferzan Özpetek d’inscrire son propos dans une époque charnière pour l’émancipation des femmes. Le dispositif se veut également réflexif : en mettant en scène un réalisateur qui rassemble « ses » actrices pour tourner un film sur les femmes – en s’offrant au passage une apparition à l’écran – Özpetek assume une forme de mise en abyme, interrogeant son propre regard et sa place dans ce récit collectif. L’intention est ambitieuse, souvent trop appuyée, mais portée par l’engagement évident de ses interprètes Luisa Ranieri, Jasmine Trinca, Anna Ferzetti, Vanessa Scalera ou encore Mara Venier.

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Une ode aux femmes et aux petites mains du cinéma

Au cœur de Diamanti, l’atelier de couture devient un espace de résistance intime, où les femmes s’entraident, se protègent et se reconstruisent loin des regards masculins. À travers ses protagonistes, le réalisateur aborde frontalement des thématiques sociales lourdes : violences conjugales, maternité solitaire, abandon, amour impossible ou souffrance psychique. Si le film a le mérite de les rendre visibles et de leur offrir un espace de parole, il le fait parfois sans nuances, préférant l’illustration appuyée à la suggestion. Reste un message clair et assumé : ces femmes, unies par leur métier et leur solidarité, constituent une force collective face aux injustices et aux discriminations. Le cinéaste érige ainsi ses héroïnes en véritables piliers du récit, des figures précieuses et résistantes, porteuses d’un espoir de transformation.

Le film se veut aussi une déclaration d’amour au cinéma et aux femmes qui l’ont façonné. Özpetek célèbre une fidélité artistique construite au fil des années et affirme, dès les premières scènes, son admiration pour celles avec qui il a collaboré tout au long de sa carrière. Diamanti devient alors un lieu de mémoire et de transmission, où le cinéma se regarde lui-même et rend hommage à ses propres artisans. Pour ce faire, le réalisateur propose une esthétique résolument sensorielle : les costumes signés Stefano Ciammitti, la profusion de perles, de boutons et d’étoffes, les textures des matières et le martèlement régulier des machines à coudre composent une véritable partition visuelle et sonore. La bande originale, signée Giuliano Taviani et Carmelo Travia, accompagne cette célébration au son de chansons inédites interprétées par Mina et Giorgia. Diamanti s’affirme ainsi comme un geste généreux, souvent excessif, mais animé par un amour sincère pour celles qui font le cinéma dans l’ombre comme dans la lumière.

image Jasmine Trinca diamanti
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Entre lyrisme assumé et excès de bons sentiments

Avec Diamanti, Ferzan Özpetek revendique un lyrisme flamboyant, pleinement assumé, qui irrigue l’ensemble de sa mise en scène. Le film bénéficie d’une photographie très soignée aux teintes chaleureuses, et d’une réalisation élégante. La caméra multiplie les gros plans et virevolte autour des personnages, cherchant à capter l’intime et à épouser les émotions au plus près. Mais cette générosité formelle trouve également certaines limites. La musique, omniprésente, souligne parfois trop explicitement ce que les images et les regards pourraient exprimer seuls. Certaines scènes de chant collectif, aux paroles très démonstratives, flirtent alors avec une forme de naïveté en installant un climat de bons sentiments excessif. À force de vouloir tout dire, le film s’expose au risque du mélodrame et d’une surcharge affective qui affaiblit son propos.

Si Diamanti est animé par une sincérité évidente et une volonté louable de placer les femmes au premier plan, le film finit par se prendre les pieds dans son propre dispositif. Le choix le plus discutable réside dans l’insertion des séquences contemporaines, où Ferzan Özpetek rompt la continuité du récit ancré dans les années 1970 pour filmer la lecture de son scénario par les actrices, réunies autour d’une table. Celles-ci y interprètent leur propre rôle, tandis que le réalisateur s’expose lui-même, allant jusqu’au regard caméra. Cette mise en abyme, censée souligner l’évolution de la condition féminine et la transmission entre générations, apparaît artificielle et peu convaincante. L’intention est compréhensible, mais l’effet produit demeure maladroit, tant le procédé est appuyé et rompt l’immersion patiemment construite.

Avec Diamanti, Ferzan Özpetek livre un film profondément sincère et généreux, animé par un amour évident pour le cinéma et celles qui en constituent les fondations invisibles. Œuvre chorale élégante, portée par un casting féminin impressionnant et investie d’un message d’émancipation nécessaire, le film s’enferme cependant parfois dans une démonstration trop appuyée et à la mise en abyme pesante. Un hommage touchant mais inégal, précieux dans ses intentions, plus discutable dans sa forme.

Article écrit par

Lorsqu’elle n’enseigne pas l’italien, Lucie Lesourd aime discuter de sa passion pour le cinéma, le théâtre et les comédies musicales. Spécialisée en littérature young adult et grande amatrice de polars et thrillers, elle rejoint Culturellement Vôtre en février 2020 pour y partager ses avis lecture et sorties culturelles. Depuis, elle est également devenue une (excellente) critique de cinéma et parle régulièrement de cinéma de genre (avec une prédilection pour les films d’horreur) et de cinéma d’auteur.

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