[Critique] Selle d’Argent : le western italien en bout de course

Caractéristiques

  • Titre original : Sella d'Argento
  • Réalisateur(s) : Lucio Fulci
  • Avec : Giuliano Gemma, Sven Valsecchi, Ettore Manni, Gianni De Luigi
  • Distributeur : Artus Films (vidéo)
  • Genre : Western italien
  • Nationalité : Italie
  • Durée : 94 minutes
  • Date de sortie : 20 avril 1978

Un Fulci pour le grand public

image giuliano gemma selle d'argent
Giuliano Gemma, toujours aussi charismatique.

Remontons le temps, direction l’an de grâce 1978. Alors que la décennie connaît son crépuscule, un genre prend le même chemin : le western italien. Bon, dans les faits cela fait déjà quelques temps que nos voisins transalpins sont rangés des chevaux, et détournent leur attention sur le poliziottesco, le giallo, et autres imitations plus ou moins bis (et souvent délicieusement Z) de grands succès américains. C’est dans ce contexte que sort sur les écrans de la Botte un certain Selle d’Argent, signé par celui qui deviendra, peu de temps après, et malheureusement de manière temporaire, une coqueluche dans le monde de l’épouvante : Lucio Fulci.

Selle d’Argent, tout comme Adios California ou Keoma, est un exercice périlleux, à plus d’un titre. Tout d’abord, le genre est désormais dépassé, usité jusqu’à la moelle, et surtout trainé dans la boue par des auteurs qui ne savent plus que dire par son biais. Passer du Dernier Jour de la Colère à On continue à l’appeler Trinita, c’est assez vertigineux. Aussi, il faut se replacer dans le contexte de l’époque pour comprendre à quel point voir Lucio Fulci se lancer dans une telle production était une prise de risque gratinée. L’auteur, qui sort d’échecs financiers cuisants, dont le pourtant très bon L’Emmurée Vivante, doit se refaire une santé, coûte que coûte. Se lancer dans un tel film, c’était osé. Et cela n’a pas fonctionné, du moins au box office.

Selle d’Argent était, pourtant, un projet pour tous les publics. La violence morbide de Lucio Fulci, capable de fulgurances hallucinantes même avant l’avènement des films gores (Les Quatre de l’Apocalypse, à la revoyure c’est bien gratiné), est ici mise de côté. On suit le destin de Roy Blood (Giuliano Gemma), de son enfance dramatique jusqu’à sa vengeance assouvie. Enfant, il a vu son père se faire tuer sous ses yeux, par un homme de main d’un certain Richard Barrett, un propriétaire de terrain. Ce meurtre l’a poussé à de suite se faire justice, en abattant l’odieux meurtrier, auquel il s’approprie le cheval, mais aussi la selle. D’argent, vous l’aurez compris. Des années plus tard, devenu un chasseur de prime respecté et respectable, il se voit confier une affaire qu’il ne veut accepter. Seulement, le nom de la cible va le pousser à revoir ses plans : il s’agit de Thomas Barrett (Ettore Manni), le frère de Ricard…

Le film est tout à la gloire de Giuliano Gemma

En chemin, Roy Blood va croiser le chemin d’un autre Barrett, Thomas Barrett Jr (Sven Valsecchi), un enfant. Il est certainement l’élément qui fait de Selle d’Argent un film destiné à toute la famille, car Lucio Fulci va le mettre en avant, lui donner de l’importance, et développer sa relation avec Blood. Dès lors, la tonalité ne devient non pas enfantine, mais bien plus douce que ce qu’on pouvait voir dans le très mémorable Le Temps du Massacre, du même auteur. Ajoutons à cela le Serpent, un dépouilleur de cadavre, qui apporte un chouïa de ce caractère à la limite de la comédie, et parfois cynique. On pouvait avoir peur que le film tombe dans le rire pas du tout à-propos, mais ce n’est pas le cas. Et c’est sans doute grâce à la performance du toujours très juste Geoffrey Lewis (Double Impact, La Porte du Paradis), qui ne tombe jamais dans le cabotinage.

Selle d’Argent n’est certes pas violent, mais cela ne signifie pas que le spectacle n’est pas au rendez-vous. D’ailleurs, les séquences d’action sont pour le moins étonnantes, très énergiques, bien chorégraphiées. Ça explose, ça tire, ça castagne, le film de Lucio Fulci ne lésine pas sur les moyens pour divertir son public. Et c’est réussit : on ne voit pas trop le temps passer, malgré quelques baisses de régime ici ou là. Le colt est une star, mais aussi l’acteur qui le porte. Très clairement, le metteur en scène récite une ode à son acteur principal, Giuliano Gemma, à qui nous vouons un petit culte depuis des années (ah, la découverte de Le Retour de Ringo !), on ne s’en cache pas. Si ses expressions ne sont pas toujours très convaincantes, sa présence physique est indéniable. On l’a rarement vu aussi à l’aise, et l’effet est immédiat : le film est porté par son énergie. Voilà qui termine de faire de Selle D’argent un long métrage que les amateurs de westerns italiens peuvent découvrir sans crainte.

Retrouvez aussi notre test du Blu-ray, sorti chez Artus Films.

7/10

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