Caractéristiques
- Titre : Send Help
- Réalisateur(s) : Sam Raimi
- Avec : Rachel McAdams, Dylan O'Brien, Edyll Ismail, Dennis Haysbert, Xavier Samuel...
- Distributeur : The Walt Disney Company France
- Genre : Comédie, Epouvante-horreur, Thriller
- Pays : Etats-Unis
- Durée : 114 minutes
- Date de sortie : 11 février 2026
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- Note du critique : 6/10 par 1 critique
Nouveau long-métrage réalisé par Sam Raimi (Doctor Strange in the Multiverse of Madness), Send Help raconte l’histoire de Linda Liddle et Bradley Preston, seuls rescapés d’un accident d’avion, qui se retrouvent à présent coincés sur une île déserte. Pour ces deux collègues que tout oppose, l’heure est venue de surmonter les griefs du passé et de travailler ensemble pour tenter de s’en sortir. Sauf qu’en fin de compte la bataille pour la survie devient une épreuve de force, inquiétante et cruellement drôle, où chacun veut jouer au plus fin…
Un monde du travail déjà en survie
La première partie du long-métrage se déroule donc au sein de l’entreprise. On y découvre le quotidien de Linda (hilarante Rachel McAdams), une employée qui n’est clairement pas à sa place. Sa relation avec ses collègues est quasi inexistante : elle est mise à l’écart, isolée, même si elle fait excellemment bien son travail. Un travail pourtant reconnu par son patron qui, avant de mourir brutalement, lui avait promis une promotion. Linda est sans amis ; la seule présence qui partage réellement sa vie est un oiseau de compagnie. L’arrivée d’un nouveau patron va bouleverser cet équilibre précaire.
Malgré ses compétences, la jeune femme est raillée pour son mode de vie et son apparence. Bradley (Dylan O’Brien, toujours excellent dans le registre de la comédie) vient d’arriver dans l’entreprise. Désireux de s’imposer rapidement, il voit en Linda une personne qu’il juge répugnante et, après un seul contact, il souhaite déjà la licencier. Plutôt que de promouvoir Linda, il favorise l’un de ses amis de fac, présent dans l’entreprise depuis à peine six mois. Avant cela, il lui accorde néanmoins une « chance » : toute l’équipe doit se rendre en Thaïlande pour une fusion. C’est alors que l’avion se crashe. Linda et Bradley sont les seuls survivants.

Quand le pouvoir change de camp
Une fois sur l’île, les rôles s’inversent évidemment. Alors que, juste avant le crash, l’équipe se moquait de Linda pour avoir envoyé une vidéo de candidature à l’émission Survivor (Koh-Lanta aux États-Unis, ndlr), elle se révèle être une survivante étonnamment compétente. Abris, feu, nourriture — oui, elle tue un sanglier ! — Linda est dans son élément. Elle évolue aussi physiquement, gagnant en assurance et en présence. Bradley, blessé lors du crash, dépend entièrement d’elle, une situation qui lui déplaît profondément.
À mesure qu’il se remet, les deux personnages se livrent à une véritable guerre psychologique. Une confrontation teintée d’humour, mais qui aurait pu être plus mordante et plus présente, tant la situation s’y prêtait. La dernière partie du film est celle où le récit bascule : révélations, retournements et une orientation beaucoup plus marquée vers le thriller. Sans rien dévoiler, cette portion se révèle plutôt savoureuse et constitue sans doute le segment le plus stimulant du long-métrage.

Quand la survie devient émancipation
Très clairement, Send Help renvoie à la condition féminine et se revendique comme un film féministe. Linda est sous-estimée en raison de son apparence et de son manque de conformité aux normes sociales. Elle n’est jamais reconnue à sa juste valeur, tandis que Bradley incarne le mâle alpha persuadé de devoir tout contrôler. Lorsque les rôles s’inversent, il ne supporte pas la perte de pouvoir et tente par tous les moyens de reprendre le contrôle. C’est précisément au moment où elle s’affranchit de cette domination que Linda parvient à s’épanouir pleinement. On retiendra notamment un monologue marquant durant lequel la jeune femme évoque son passé, une séquence qui fait clairement écho au mouvement #MeToo et apporte une profondeur bienvenue au personnage.
Techniquement, Sam Raimi fait du Sam Raimi… mais en plus sage. Sa réalisation se révèle relativement sobre et bien plus classique qu’à l’accoutumée, même si l’on retrouve çà et là quelques surgissements de gore, de vomi ou des jump scares typiquement « raimiens ». Le problème est qu’ils sont trop rares. Avec davantage d’humour, un versant satirique plus assumé et un excès de gore mieux exploité, le film aurait gagné en rythme et en identité. Avec une durée frôlant les deux heures, le long-métrage souffre d’un ventre mou en milieu de parcours.

Une immersion réussie, mais un Sam Raimi contenu
On ne s’ennuie jamais réellement, mais une quinzaine de minutes en moins auraient permis d’obtenir un rythme plus tendu et plus efficace, en adéquation avec ce que le film cherche à raconter. Les décors et costumes participent en revanche pleinement à l’immersion, notamment à travers la détérioration progressive des vêtements, très parlante visuellement. La musique de Danny Elfman accompagne efficacement le récit : discrète quand il le faut, plus présente dans les moments clés, avec un thème principal plutôt agréable. Enfin, les effets spéciaux sont globalement de bonne qualité, même si certaines extensions numériques de l’île et les sangliers en CGI apparaissent parfois un peu limite.
Send Help est un film à la fois imparfait et attachant, porté par un duo d’acteurs très investis et un propos féministe pertinent. S’il manque un peu de folie et de mordant en milieu de métrage, et d’un rythme plus resserré pour pleinement convaincre, le film reste suffisamment solide et thématiquement intéressant pour susciter l’intérêt. Il s’agit clairement d’un « petit » Sam Raimi, moins débridé que de coutume, mais qui demeure un divertissement correct.




