[Critique] Englouti : entre survie et dérive métaphysique

Caractéristiques

  • Titre : Englouti
  • Titre original : Whalefall
  • Réalisateur(s) : Brian Duffield
  • Avec : Austin Abrams, Josh Brolin, Elisabeth Shue, John Ortiz, Jane Levy et Emily Rudd.
  • Distributeur : The Walt Disney Company France
  • Genre : Thriller
  • Pays : Etats-Unis
  • Durée : 106 minutes
  • Date de sortie : 14 octobre 2026
  • Acheter ou réserver des places : Cliquez ici
  • Note du critique : 5/10
★★★★★
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Nouveau long-métrage co-écrit et réalisé par Brian Duffield, d’après le roman éponyme de Daniel Kraus, Englouti s’empare d’un concept particulièrement anxiogène : celui d’un plongeur avalé par un cachalot, qui ne dispose que d’une heure d’oxygène pour tenter de s’en sortir.

Mais derrière ce point de départ spectaculaire se cache également un drame intime consacré au deuil et à la relation complexe entre un fils et son père. Si le long-métrage se révèle plutôt sympathique durant ses deux premiers tiers, il se montre nettement plus discutable dans sa dernière partie, lorsque son réalisateur pousse sa dimension symbolique jusqu’à frôler le métaphysique.

Un thriller de survie qui peine à se démarquer

Sur le papier, le long-métrage possède tous les ingrédients d’un thriller de survie efficace. Coincé dans un environnement hostile dont il semble impossible de s’échapper, Jay doit trouver un moyen de sortir du cachalot avant que son oxygène ne vienne à manquer. Le concept est aussi simple que redoutable, et Brian Duffield exploite convenablement le potentiel anxiogène de cette situation. L’enfermement, les dangers auxquels le protagoniste est confronté et l’urgence de chaque décision constituent autant d’éléments qui entretiennent la tension.

Pour autant, le film ne transcende jamais véritablement les codes du genre durant ses deux premiers tiers. Sans être mauvais, il demeure relativement classique dans sa manière de mettre en scène cette lutte pour la survie. Le concept fonctionne, les situations sont suffisamment prenantes pour maintenir l’intérêt et le récit remplit son contrat, mais l’ensemble manque de ce petit supplément d’âme qui lui aurait permis de se distinguer durablement d’autres productions du même type. On passe ainsi un moment plutôt agréable, voire anxiogène, avec quelques réactions instinctives, sans être véritablement impressionné par ce que le long-métrage a à proposer.

image austin abrams englouti
Copyright 20th Century Studios

Le deuil au cœur du récit

Mais Englouti ne se résume pas à son dispositif de thriller. Le film s’intéresse également au traumatisme de Jay, marqué par la mort de son père et par une relation dont les blessures ne se sont pas refermées. Pour développer cette dimension, Brian Duffield dissémine tout au long du récit des flashbacks qui permettent de découvrir progressivement leur histoire commune. Ces retours en arrière éclairent les rapports entre les deux hommes et aident à comprendre ce que Jay porte encore en lui, alors même qu’il tente désespérément de survivre. Le deuil constitue ainsi le véritable cœur thématique du long-métrage. Au-delà de sa dimension physique, le combat que mène Jay prend une signification plus intime : il doit également affronter son passé et ce qu’il n’a jamais réussi à résoudre dans sa relation avec son père.

Cette construction narrative donne une raison d’être aux flashbacks, qui viennent enrichir le récit principal et lui apporter une profondeur émotionnelle que son seul concept n’aurait peut-être pas suffi à créer. L’intention est intéressante, d’autant que le cinéaste cherche à faire dialoguer la lutte pour la survie, l’histoire avec son père et le cheminement intérieur de son personnage. Le problème ne réside donc pas dans cette volonté de dépasser le simple film de survie, mais dans la manière dont elle finit par prendre le dessus sur le reste.

image josh brolin englouti
Copyright 20th Century Studios

Austin Abrams convaincant, un récit qui dérape

Dans ce contexte, Austin Abrams (Évanouis, Resident Evil) constitue l’un des principaux atouts du film. Le comédien doit porter une grande partie du récit, aussi bien dans les séquences consacrées à la survie que dans celles qui explorent les blessures intimes de Jay. Son interprétation permet de maintenir un lien avec le personnage, y compris lorsque le scénario s’éloigne progressivement des enjeux les plus concrets de sa situation. Josh Brolin, quant à lui, apporte tout son savoir-faire au personnage du père, dont la présence dans les flashbacks contribue à donner du poids à leur relation. Ces scènes permettent de comprendre pourquoi Jay reste prisonnier de son passé et pourquoi son combat prend progressivement une dimension qui dépasse sa seule survie physique.

C’est dans son dernier tiers qu’Englouti révèle ses principales limites. Brian Duffield accentue alors considérablement la dimension symbolique de son récit, faisant du cachalot une figure liée au deuil de Jay, jusqu’à faire basculer le film vers quelque chose de presque métaphysique. Si cette approche trouve sa justification dans le parcours du personnage, son traitement devient excessif. Le cinéaste souligne tellement son propos que l’émotion finit par céder la place à une démonstration appuyée, déséquilibrant un thriller qui fonctionnait jusque-là plutôt bien. Une évolution regrettable, qui amoindrit l’efficacité du récit malgré la pertinence de son sujet.

image Brian Duffield englouti
Copyright 20th Century Studios

Une atmosphère oppressante bien maîtrisée

Sur le plan technique, le réalisateur parvient néanmoins à exploiter le potentiel anxiogène du concept grâce à une réalisation qui joue sur l’enfermement et la vulnérabilité de son protagoniste. Le travail sur le son participe pleinement à cette sensation d’oppression, en donnant du relief à cet environnement hostile, tandis que la musique accompagne les différentes tensions du récit. Les effets spéciaux contribuent également à rendre crédible cette situation aussi improbable qu’étouffante, en donnant corps à l’intérieur du cachalot et aux dangers auxquels Jay est confronté. Quelques plans dans la dernière partie se révèlent toutefois moins convaincants, venant ponctuellement fragiliser l’immersion. Ces qualités techniques soutiennent efficacement le film, sans toutefois suffire à compenser les excès narratifs de sa conclusion.

Avec Englouti, Brian Duffield signe un thriller de survie sympathique, mais inégal. Porté par Austin Abrams et enrichi par une réflexion intéressante sur le deuil et les relations père-fils, le film parvient à maintenir l’intérêt durant ses deux premiers tiers, sans pour autant transcender les codes du genre. Malheureusement, son dernier tiers en fait trop, poussant sa dimension symbolique jusqu’à flirter avec le métaphysique, au détriment de l’efficacité du récit. Une proposition qui n’est pas dénuée d’intérêt, mais dont les excès finissent par limiter la portée.

[Critique] Englouti : entre survie et dérive métaphysique

Article écrit par

Adore le cinéma en général, que ce soit les gros blockbusters ou les plus petits films, les séries TV et les jeux vidéo. Il réalise de nombreux tests de blu-ray et films en UHD 4K et couvre l'actualité cinématographique en salles.

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