Caractéristiques
- Titre : Wicker
- Réalisateur(s) : Alex Huston Fischer et Eleanor Wilson
- Scénariste(s) : Alex Huston Fischer et Eleanor Wilson
- Avec : Olivia Colman, Alexander Skarsgård, Elizabeth Debicki et Peter Dinklage.
- Distributeur : Metropolitan FilmExport
- Genre : Comédie, Drame, Fantastique, Romance
- Pays : Etats-Unis
- Durée : 105 minutes
- Date de sortie : 21 octobre 2026
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- Note du critique : 8/10 par 1 critique
Wicker, nouveau long-métrage écrit et réalisé par Alex Huston Fischer et Eleanor Wilson (Save Yourselves !), nous propose un conte fantastique, d’après l’œuvre d’Ursula Wills-Jones, aussi singulier que réjouissant, dans lequel une histoire d’amour improbable devient le point de départ d’une satire sociale pleine de malice. Porté par des personnages hauts en couleur, des interprétations convaincantes et un humour qui fonctionne, le film joue avec les conventions du genre pour mieux interroger les normes et les préjugés d’une communauté. Une proposition originale qui trouve sa force dans son mélange des genres, entre romance, comédie et regard critique sur la société.
Un scénario qui ne part pas en brindilles
Mise au ban de son village, une Pêcheuse solitaire décide de commander au Vannier un mari en osier. Mais cet époux pour le moins inhabituel se révèle doté d’une sensibilité et de talents qui dépassent toutes ses attentes. Au contact de cet être singulier, elle découvre un désir qu’elle ne soupçonnait pas et finit par éprouver de véritables sentiments pour lui. Seulement, cette union atypique ne tarde pas à bouleverser l’équilibre d’une communauté qui voit dans cet étrange mari une source de convoitises, de jalousies et de fantasmes. À partir de ce point de départ pour le moins original, le film construit un récit qui ne se contente pas de miser sur le caractère insolite de son concept. L’arrivée de ce mari en osier agit comme un révélateur : elle fait progressivement ressortir les frustrations, les désirs et les contradictions d’un village dont l’apparente tranquillité dissimule des comportements bien moins exemplaires.
Le scénario exploite ainsi toutes les possibilités de cette situation improbable pour faire évoluer son histoire, tout en donnant une véritable place à la romance qui se noue entre les deux protagonistes. Le choix de désigner les personnages par leur fonction plutôt que par un prénom participe également à l’identité du film. La Pêcheuse, le Boucher, le Tailleur, le Médecin ou encore le Boulanger et leurs épouses deviennent autant de figures représentatives d’une communauté organisée autour de rôles et de conventions. Ce procédé renforce la dimension intemporelle du conte, tout en donnant davantage de portée à la satire sociale. Derrière ces appellations se dessine un monde où chacun semble devoir rester à sa place, jusqu’à ce que l’arrivée d’un mari qui ne correspond à aucune norme vienne remettre en question cet ordre établi.

Un amour solidement tressé
Au centre du récit, la relation entre la Pêcheuse et son mari en osier constitue l’un des principaux atouts du film. Ce qui aurait pu n’être qu’un ressort comique devient progressivement une véritable histoire d’amour, dans laquelle la découverte de l’autre joue un rôle essentiel. En s’attachant à cet époux improbable, la Pêcheuse découvre également des sentiments et des désirs qu’elle n’imaginait pas éprouver. Le film donne ainsi à cette relation une dimension émotionnelle qui dépasse largement son point de départ insolite. Cette romance fonctionne aussi parce qu’elle ne repose pas sur les conventions habituelles du genre. Le caractère singulier du mari en osier permet de questionner ce qui fonde réellement une relation : l’apparence, la conformité aux attentes sociales ou la sensibilité que l’on découvre chez l’autre.
Sans avoir besoin de multiplier les artifices, le récit trouve dans cette situation fantastique un moyen de donner corps à des interrogations profondément humaines. La relation entre les deux protagonistes devient alors bien davantage qu’une curiosité narrative : elle constitue le cœur émotionnel du film. Les interprétations contribuent largement à cette réussite. Olivia Colman et Alexander Skarsgård donnent suffisamment de relief à leurs personnages pour rendre leurs sentiments crédibles et leurs réactions attachantes. Le film parvient ainsi à faire exister cette histoire d’amour sans que son caractère décalé ne prenne jamais le dessus sur l’émotion.

Un humour qui ne se prend pas les pieds dans l’osier
L‘autre grande réussite de Wicker réside dans son humour, qui fonctionne tout au long du récit. Le film exploite pleinement l’absurdité de son point de départ, notamment à travers le décalage entre cet époux hors norme et les habitudes d’un village attaché à ses conventions. Les réactions des habitants face à cet étrange mari nourrissent ainsi une comédie qui s’intègre naturellement à l’histoire, tout en révélant progressivement leurs contradictions, leurs frustrations et leur hypocrisie. Derrière les situations les plus amusantes se dessine alors une satire sociale qui pointe avec malice les travers d’une communauté prompte à juger ceux qui sortent du cadre, mais beaucoup moins encline à remettre en question ses propres comportements.
Surtout, le film parvient à faire cohabiter harmonieusement humour, romance et critique sociale, sans que l’un de ces registres ne prenne le pas sur les autres. Si les situations décalées soulignent l’absurdité des normes imposées par le village, la relation entre la Pêcheuse et son mari en osier apporte une véritable profondeur émotionnelle au récit même si, là encore, il y a aussi quelques scènes d’humour. En abordant le conformisme, les préjugés, la jalousie et les désirs que les conventions cherchent à contenir, le long-métrage donne du sens à son humour sans jamais sacrifier son caractère divertissant. C’est précisément cette capacité à mêler légèreté et réflexion, tout en conservant une romance sincère au cœur de son histoire, qui fait la force de ce conte fantastique.

Une mise en scène qui tient la branche
La mise en scène d’Alex Huston Fischer et Eleanor Wilson accompagne efficacement les différentes facettes du récit sans être véritablement exceptionnelle. L’univers du film participe à son identité de conte fantastique, tandis que la direction artistique (décors et costumes) contribue à donner corps à cette communauté régie par des habitudes et des conventions bien établies. Le décalage entre cet environnement et la singularité du mari en osier (qui est lui très bien fait, autant avec du maquillage, que des effets pratiques ou numériques) nourrit autant la comédie que la satire, sans que le film ait besoin d’appuyer constamment ses effets.
Le rythme est globalement maîtrisé, même si le récit connaît un léger temps mort en son milieu. Cette baisse de régime ralentit momentanément la progression de l’histoire, mais elle reste suffisamment limitée pour ne pas compromettre l’efficacité de l’ensemble. Le film conserve ses qualités et son pouvoir de séduction, et ce petit creux ne constitue finalement qu’une réserve mineure. Enfin, la musique de Anna Meredith s’avère efficace et nous plonge bien dans ce conte fantastique.
Avec Wicker, Alex Huston Fischer et Eleanor Wilson signent un conte fantastique original, drôle et touchant, qui trouve dans son improbable histoire d’amour le moyen de développer une satire sociale pertinente. La romance fonctionne, les personnages et leurs interprètes donnent de l’épaisseur au récit, et l’humour s’intègre parfaitement à ce mélange des genres. Malgré un léger temps mort au milieu du film, cette proposition singulière constitue une belle réussite, qui ne manque décidément pas d’osier.




