Caractéristiques
- Titre : The Holy boy
- Titre original : La valle dei sorrisi
- Réalisateur(s) : Paolo Strippoli Paolo Strippoli
- Avec : Michele Riondino, Romana Maggiora Vergano, Roberto Citran...
- Distributeur : Grindhouse Paradise Pictures
- Genre : Drame, Fantastique
- Pays : Italie, Slovénie
- Durée : 122 minutes
- Date de sortie : 2 septembre 2026
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- Note du critique : 7/10 par 1 critique
Présenté hors compétition à la Mostra de Venise, The Holy Boy est le nouveau long-métrage de Paolo Strippoli, cinq ans après A Classic Horror Story, qu’il avait co-écrit et co-réalisé avec Roberto De Feo. Récompensé par le Ruban d’argent de la meilleure histoire originale au Festival du film de Taormine, le film mêle mystère, fantastique et horreur dans un village italien perdu au milieu des montagnes.
Une étrange vallée des sourires
Lorsque Sergio Rossetti (Michele Riondino), ancien judoka célèbre devenu enseignant, arrive à Remis, il espère prendre un nouveau départ. Mais le professeur, hanté par son passé, est en plein désarroi : alcoolique et dépressif, il peine à trouver sa place et traite durement ses nouveaux élèves. Dans cette bourgade isolée où tout le monde semble mystérieusement heureux, il découvre bientôt Matteo (Giulio Feltri), un adolescent dispensé de sport dont la présence semble rapidement liée aux étranges secrets de la ville.
Car Remis dissimule quelque chose. Enclavée entre de hautes montagnes que la mise en scène s’attache à montrer comme une véritable prison, la ville semble vivre dans une curieuse béatitude. Les habitants prient, parlent de bien-être et se réunissent autour de Matteo, considéré comme celui qui a permis à tous de surmonter une tragédie ancienne, la collision de deux trains qui a profondément marqué la communauté. Une simple étreinte du garçon suffirait à apaiser leurs souffrances. Derrière cette sérénité factice se dessine alors une atmosphère presque sectaire, renforcée par des sons oppressants récurrents qui évoquent quelqu’un en train d’agoniser. Le choix des décors, et notamment des lieux désaffectés, participe lui aussi à faire naître l’étrange. Le titre original, La Valle dei sorrisi, apparaît d’ailleurs plus énigmatique que The Holy Boy, tant cette « vallée des sourires » dissimule de malaise.

Entre adoration et exploitation
Matteo est au cœur de cette ambiguïté. Adulé et presque mythifié par les habitants, il est aussi exploité par son père, qui utilise ses pouvoirs à des fins commerciales. Le jeune garçon est ainsi transformé en véritable marchandise, chargé de maintenir le bonheur collectif tout en étant privé de la possibilité de vivre pour lui-même. Derrière cette figure presque sacrée se cache pourtant un adolescent qui aspire simplement à l’émancipation, que Rossetti va progressivement aider à se rebeller contre l’emprise de son entourage. Le film ne relève toutefois pas véritablement du récit initiatique, les adolescents demeurant en retrait au profit des personnages adultes.
La relation qui se noue entre Matteo et Rossetti constitue ainsi l’un des aspects les plus intéressants du long-métrage. Une véritable amitié se développe entre eux, jusqu’à prendre la forme d’une relation de père et fils de substitution. Tous deux portent en effet une blessure intime : Matteo est enfermé dans le rôle que les autres lui ont imposé, tandis que Rossetti reste hanté par un drame personnel. Le jeu habité de Giulio Feltri et Michele Riondino donne de la chair à cette relation et permet au film de dépasser progressivement son dispositif fantastique. Alors que les habitants de Remis cherchent à anesthésier leur douleur, Matteo et Rossetti acceptent au contraire de ressentir pleinement leurs émotions.

Du fantastique à l’horreur : une belle montée en puissance
Si la relation qui se noue entre les protagonistes constitue l’une des réussites du film, The Holy Boy propose également une esthétique lèchée. La photographie est particulièrement soignée, avec un travail précis sur les cadres et la symétrie, tandis que les jeux de lumière soulignent régulièrement la dimension sacrée associée à Matteo. Enfin, quelques mouvements de caméra inspirés et certaines envolées musicales plus démonstratives donnent un relief supérieur à la mise en scène. Pourtant, le rythme du film demeure assez inégal. Le début, lent et mélancolique, prend le temps d’installer son étrangeté mais se révèle un peu laborieux : quelques longueurs se ressentent et la psychologie encore peu développée des personnages peine parfois à maintenir l’intérêt. Fort heureusement, le métrage devient nettement plus captivant dans sa deuxième partie.
The Holy Boy gagne en effet progressivement en intensité à mesure que les pouvoirs de Matteo se dévoilent. Plusieurs scènes particulièrement violentes et graphiques font peu à peu basculer le drame fantastique vers l’horreur. Cette montée en puissance culmine dans un dernier acte particulièrement réussi, qui offre au film un véritable crescendo. Mais derrière cette évolution vers le genre horrifique se cache surtout une réflexion pertinente sur le deuil : faut-il chercher à supprimer la douleur au risque d’effacer également ce qui nous relie à ceux que nous avons perdu ? En faisant de Matteo et Rossetti deux personnages qui acceptent de vivre avec leurs blessures plutôt que de les anesthésier, Paolo Strippoli oppose les émotions véritables au bonheur artificiel de ceux qui choisissent de les refouler.
The Holy Boy est donc un film d’ambiance qui met un certain temps à révéler tout son potentiel. Malgré quelques longueurs, Paolo Strippoli construit progressivement un récit étrange, puis de plus en plus horrifique, porté par une belle photographie et deux comédiens convaincants. Une œuvre intrigante qui utilise le fantastique pour interroger avec justesse notre rapport au deuil et à la douleur.




