Caractéristiques
- Titre : Verity
- Réalisateur(s) : Michael Showalter
- Scénariste(s) : Nick Antosca, d'après le roman de Colleen Hoover
- Avec : Anne Hathaway, Dakota Johnson, Josh Hartnett, Ismael Cruz Cordova...
- Distributeur : Sony Pictures Releasing France
- Genre : Thriller
- Pays : Etats-Unis
- Durée : 1h54
- Date de sortie : 30 septembre 2026
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- Note du critique : 6/10 par 1 critique
Basé sur le best seller du même nom de la romancière Colleen Hoover, Verity est un thriller domestique classique mais prenant incarné de manière particulièrement marquante par une Anne Hathaway bluffante, face à laquelle Dakota Johnson et Josh Hartnett font tout sauf pâle figure. Un film que l’on pourrait présenter comme “un thriller à la Alfred Hitchcock à l’ère de la new romance et dans le contexte #postMeToo”, qui se penche sur l’intrigante et mystérieuse figure d’une romancière à succès, Verity Crawford (Anne Hathaway), connue pour ses thrillers à la sauce dark romance mettant en scène un personnage féminin machiavélique et la montre à travers le regard de sa ghostwriter, Lowen Ashleigh (Dakota Johnson), qui la découvre à travers ses nombreuses notes laissées sur différents supports à son domicile.
Une adaptation efficace du best seller de Colleen Hoover
Verity commence à New York avant de nous faire pénétrer dans l’antre du couple Crawford, une imposante demeure loin de tout que nous allons découvrir à travers le regard de Lowen Ashleigh, une modeste autrice new yorkaise quasi inconnue qui a été payée une coquette somme pour terminer son dernier roman, interrompu suite à un tragique accident de voiture qui a laissé Verity en état catatonique – une situation que son mari, Jeremy (Josh Hartnett) cache au public comme à son éditeur afin de ne pas nuire à cette sortie tant attendue.
Le film bascule alors en huit clos et, à partir de là, jusqu’à la fin, nous ne sortirons jamais de la demeure des Crawford, qui semble retenir prisonnière Lowen. Celle-ci va se laisser happer et s’investir émotionnellement plus que nécessaire face au mari de Verity, visiblement dans une très grande détresse, et à leur jeune fils, qui a perdu sa sœur jumelle quelques mois plus tôt dans un accident de bateau où Verity était présente. Jeremy est doux, empathique, très élogieux à l’égard de Lowen tandis que l’autobiographie de Verity, qu’elle découvre sur une clé USB de son bureau, semble dresser le portrait glaçant d’une femme tout aussi tourmentée et machiavélique que ses romans : une opportuniste folle de sexe, mauvaise mère, égoïste et manipulatrice. Vérité ou fiction ? La réalité vacille autour de Lowen, qui est persuadée d’avoir vu Verity bouger à plusieurs reprises. La romancière ferait elle semblant ou Lowen perd elle la tête ?
Un huit clos domestique sous haute tension
Si la réalisation de Michael Showalter n’est pas particulièrement remarquable et qu’on pourrait la qualifier de classique, elle possède cependant une certaine élégance et une sobriété qui permettent au spectateur de se laisser happer par l’histoire sans se laisser distraire par des effets clinquants. Le procédé même du film tend à confronter Verity et Lowen avant de les confondre peu à peu. La seconde doit apprendre à connaître l’autre à travers ses écrits éparpillés et non censurés, sans avoir la possibilité de lui parler directement et sans avoir de recul possible puisqu’elle séjourne au sein de la maison du couple avec le mari, l’infirmière et le fils de Verity. Un processus d’identification se met alors en place, bien que Lowen s’y refuse et lutte de plus en plus contre à mesure qu’elle avance dans sa lecture secrète de l’autobiographie supposée de Verity.
Avant même de s’en apercevoir, elle devient la confidente de son mari, qui lui adresse les mêmes compliments qu’il adressait à sa femme à leur rencontre et, en un sens, elle prend sa place. La réalisation, très clairement, joue sur cette dimension : de manière subtile au départ, puis de plus en plus affirmée à mesure que Lowen fait sa place auprès de Jeremy et son fils, le réalisateur allant jusqu’à reproduire des cadrages et enchaînements de plans quasi identiques entre les flash backs tels que racontés dans l’autobiographie de Verity et le présent tel que vécu par Lowen.
C’est là que les références cinématographiques se mettent en place : on pense évidemment au Rebecca d’Alfred Hitchcock (1940), à certains des autres thrillers du cinéaste anglais avec des personnages féminins ambigus (Pas de printemps pour Marnie, Sueurs froides), mais aussi à Ghost Writer et D’après une histoire vraie de Roman Polanski, deux thrillers modernes souvent sous-estimés du cinéaste polonais, qui sont aussi deux adaptations de romans. Ou encore au film noir domestique Péché mortel (Leave Her to Heaven en V.O.) de John M. Stahl avec Gene Tierney, auquel la scène de la barque fait un clin d’œil explicite, adressé aux cinéphiles avertis.
Dakota Johnson : de mères en filles, l’ombre de Hitchcock
Pour un tel film et une histoire portant à ce point la marque du maître du suspense britannique malgré une atmosphère et des partis pris narratifs plus proches de la dark romance contemporaine affectionnés par les millenials et la Gen Z, il n’est pas innocent d’avoir confié le rôle principal à Dakota Johnson. Non seulement l’actrice américaine a incarné l’héroine de la saga Cinquante nuances de Grey sur grand écran – une douce et innocente jeune femme qui va se retrouver “enfermée” de manière consentie aux côtés d’un riche pervers narcissique fan de BDSM – mais elle est aussi la fille de l’actrice Melanie Griffith, qui n’est autre que la fille de Tippi Hedren, la star des films Les Oiseaux (1961) et Pas de printemps pour Marnie (1964) de Hitchcock, qui avait dénoncé le comportement de pervers du cinéaste à son égard et le harcèlement moral et sexuel dont elle avait été victime sur le tournage de ses films.
En ce sens, Verity fait dialoguer l’imaginaire tapi derrière les filmographies de ces trois femmes : la mère, la fille et la petite-fille. Il est d’ailleurs bon de préciser ici que Melanie Griffith accéda également à la gloire dans les années 80 à travers plusieurs thrillers comme Body Double et Dangereuse sous tous rapports, ce qui lui a valu durant un temps une image “sulfureuse” – même si on ne saurait qualifier la saga des Cinquante nuances de “sulfureuse” sans nous étouffer en ce qui concerne Dakota Johnson.
Dakota Johnson est l’héroïne du clip “Patient Zero” de Taylor Swift, que la popstar américaine a sorti 5 jours avant la sortie en salles de Verity. Celui-ci est en soi un thriller domestique hitchcockien, faisant référence à la fois au Rebecca de Daphné du Maurier qui avait déjà inspiré la chanson “Tolerate It” à l’artiste, mais aussi au film Apparences de Robert Zemeckis (2000), un thriller hommage à Hitchcock dans lequel le fantôme de la femme défunte d’un homme met en garde sa nouvelle compagne contre celui-ci, qui est son assassin.
Petit Easter Egg : le gros plan où le personnage de Dakota Johnson lâche sa mug au sol… se trouve également dans Verity. Ceci dit, ne prenez pas ça pour un spoiler, le film et sa narration sont forts différents de ceux de “Patient Zero”. Quant à dire si cela éclaire ou non Verity d’une autre manière ou s’il s’agit juste d’un hommage au thriller domestique doublé d’un joli coup de pub pour le film, on vous laisse juger… ou nous dire ce que vous en pensez.
Du mélodrame au neo noir : la face sombre du couple, du foyer et du rêve américain
Et puis, évidemment, Verity est aussi un thriller neo-noir et un film d’horreur domestique avec une Anne Hathaway qui apparaît tout aussi captivante et flippante en aguichante et vénéneuse romancière à succès à travers les flashbacks que visualise Lowen à la lecture de son autobiographie supposée qu’en femme catatonique incapable de bouger et de communiquer, dont le masque impassible ne tarde pas à devenir oppressant. Sans sa performance, on perdrait clairement une partie de l’effet angoissant du film.
Comme dans le roman Rebecca de Daphné du Maurier adapté par Hitchcock, nous sommes dans la tête de l’héroïne qui va devoir évoluer dans l’ombre imposante de l’épouse d’un homme aussi riche et tourmenté que sensible et, comme dans le roman, peut-être ne devrions-nous pas prendre pour argent comptant la perception de l’héroïne à propos des faits tels qu’ils lui sont contés et tels qu’elle se les représente. Bien que sincère, ne serait-elle pas un unreliable narrator, ces narrateurs dont nous suivons l’histoire à la première personne et auxquels nous ne pouvons nous fier ?
Verity Crawford, en tout cas, est elle-même un unreliable narrator à travers l’autobiographie que Lowen découvre, et elle l’annonce dès l’introduction – ce qui laisse planer le doute sur la nature de cet écrit et de sa narration : vrai récit autobiographique ou mise en abyme fictive d’une femme meurtrie et endeuillée par la mort accidentelle de sa fille et qui se dépeint de manière volontairement noire ? Privée de parole directe, à la fois absente et omniprésente comme dans Laura de Otto Preminger et la série Twin Peaks de David Lynch et Mark Frost, Verity ne peut plus exister que dans le regard des autres et à travers ses mots, retrouvés et lus par Lowen. Elle devient ainsi le principal mystère de l’histoire, détournant peut-être notre attention de ce qui compte véritablement.
Ce parti pris du scénario (et du roman sur lequel il se base) permet d’interroger, comme le faisaient les films noirs classiques des années 40-50 puis le neo-noir dans les années 80-90, la vision de la femme et ses stéréotypes archaïques qui imprègnent non seulement la fiction depuis toujours, mais aussi l’inconscient collectif. Car, dans le film noir, le regard que posent les personnages qui l’entourent sur la femme fatale en révèle souvent plus sur eux-mêmes, leurs fantasmes mortifères et leurs peurs les plus intimes, qu’ils ne permettent de véritablement percer à jour son mystère. Au final, elle est celle qui dirige les regards tel un metteur en scène… ou un écrivain. Une forme de manipulation donc, mais qui n’est pas toujours malveillante et qui est souvent une question de survie. De même que, dans la vie, l’écrivain transcende souvent sa douleur en exorcisant ses démons. Seul regret véritable en ce qui concerne ce thriller dans sa narration : la fin pas tout à fait maîtrisée, qui aurait mérité de se terminer sur une tension et un trouble bien plus grands, et qui semble ici, sans être bâclée, trop tiède et timorée, légèrement précipitée même si on apprécie que le film ne s’éternise pas artificiellement sur 2h30.
Pour le reste, le film joue beaucoup sur des ressorts attendus et pas nécessairement toujours fins et subtils, mais qui sont ici parfaitement assumés et ne constituent pas un reproche en soi, même si, par sa forme, Verity est en effet un feuilleton de luxe. Le film devant au départ sortir en streaming sur Amazon Prime et l’histoire jouant avec les codes de la domesticité – les feuilletons domestiques étant souvent associés à la télévision et aux « ménagères » tant méprisées de notre société – pour nous, cela fait clairement partie d’un choix artistique. Après tout, si l’histoire du film comme les romans de Verity Crawford jouent sur des motifs archaïques et stéréotypés qui ne font pas dans la dentelle, s’il ne s’agit là que d' »histoires de bonnes femmes pour des bonnes femmes ou des ados », comment expliquer alors que, dans la vie, tant de personnes à priori censées, indépendamment de leur sexe et de leur positionnement politique et idéologique, adhèrent aussi facilement, et bien plus qu’elles ne le reconnaissent la plupart du temps, sur les seules apparences ou jugements extérieurs, à des visions stéréotypées et réductrices ou dévalorisantes des femmes dès qu’elles sortent d’un modèle de douceur et de maîtrise de soi en toutes circonstances ? Verity ne prétend à aucun moment vouloir nous déranger, il est aussi séduisant dans sa forme et sa narration que possible pour un public réfractaire aux films de Lynch et Polanski, et c’est peut-être là que se trouve la piqûre inattendue et le venin qu’il distille, aussi bien auprès du grand public que des cinéphiles qui seraient tentés de le discréditer un peu trop vite.
Vous l’aurez compris, Verity, sous ses atours de thriller de divertissement lambda, nous a plutôt agréablement surpris grâce à un trio d’acteurs plus que convaincant et à une tension bien gérée d’un bout à l’autre ou presque. La réalisation, classique mais sobre et assez élégante, permet à la tension de s’installer progressivement.
Le film de Michael Showalter s’inscrit ouvertement dans la lignée des thrillers hitchcockiens et du neo noir des années 80-90 et se penche sur la vision archétypale d’une femme “manipulatrice et instable” en la réactualisant à l’aune des codes de la dark romance contemporaine qui fascine le grand public, à commencer par les adolescents et les jeunes adultes. Se faisant, et même s’il ne se hisse jamais à la hauteur des classiques auxquels il fait référence, il interroge notre propre perception de manière à la fois simple et plus troublante qu’il n’y paraît, tout en restant sur les rails assez “safe” d’un thriller de studio on ne peut plus classique dans sa forme, qui n’évite pas entièrement certaines facilités liées au genre, notamment dans sa fin trop sage. On en sort cependant divertis et on se surprend à y repenser, même une semaine après, ce qui est toujours bon signe.







