[Critique] Nuremberg : un procès pour l’Histoire

Caractéristiques

  • Titre : Nuremberg
  • Réalisateur(s) : James Vanderbilt
  • Scénariste(s) : James Vanderbilt
  • Avec : Russell Crowe, Rami Malek, Michael Shannon, Richard E. Grant, Leo Woodall et John Slattery.
  • Distributeur : Nour Films
  • Genre : Drame, Historique
  • Pays : Etats-Unis, Hongrie
  • Durée : 148 minutes
  • Date de sortie : 28 janvier 2026
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  • Note du critique : 7/10

Nouveau long-métrage écrit et réalisé par James Vanderbilt (Truth : le prix de la vérité) et tiré du roman Le Nazi et le Psychiatre de Jack El-Hai, Nuremberg  se déroule en 1945. Il est temps d’instruire le procès du régime nazi à Nuremberg. Le psychiatre américain Douglas Kelley doit évaluer la santé mentale des dignitaires du IIIᵉ Reich. Face au manipulateur Hermann Göring, il se retrouve pris dans un rapport de force. S’ouvre alors un duel avec le mal absolu.

La banalité du mal : un face-à-face psychologique glaçant

Ils n’étaient pas des monstres, mais bien des hommes. Ils n’étaient pas atteints de démence : ils ont perpétré l’horreur en toute conscience. C’est toute l’analyse de Douglas Kelley, psychiatre chargé d’une mission aussi singulière que cruciale : s’assurer que les futurs accusés du procès de Nuremberg ne se suicident pas avant leur comparution. Kelley est également celui qui a le plus longuement échangé avec Hermann Göring, bras droit d’Hitler et figure centrale du régime nazi, durant sa détention. Nuremberg raconte ainsi la relation qui se tisse entre Kelley (Rami Malek, dans une prestation correcte mais parfois en retrait) et Göring (Russell Crowe, impressionnant et sans doute dans son meilleur rôle depuis une quinzaine d’années).

Plus qu’un simple échange, le film met en scène un véritable face-à-face psychologique. Göring n’est pas un fanatique hystérique : il est brillant, cultivé, stratège. Il s’est rendu aux Alliés avec un objectif clair : transformer son procès en tribune idéologique, faire l’apologie du nazisme devant le monde entier. Cette confrontation, et les scènes qui réunissent Malek et Crowe, constituent indéniablement les moments les plus forts du long-métrage, tant par la qualité du jeu que par la tension permanente qui s’en dégage.

image rami malek nuremberg
Copyright moviexchange

Du tête-à-tête intime au procès spectacle

Le film se structure en trois actes bien distincts. Le premier pose le cadre : découverte des personnages, mise en place de l’analyse psychiatrique des accusés et installation progressive de la relation entre Kelley et Göring – relation qui devient rapidement le cœur du récit. Le second acte approfondit cette dynamique, parfois troublante, presque amicale par instants. Kelley commence alors à comprendre l’ampleur du danger : si Göring se retrouve face au procureur en chef Robert Jackson (Michael Shannon, d’une grande justesse), ce dernier risque bien de perdre le duel verbal. Une prise de conscience glaçante, tant l’intelligence rhétorique et la maîtrise du discours du Reichsmarschall semblent redoutables.

Le procès constitue évidemment l’aboutissement du film, et Vanderbilt choisit de se concentrer avant tout sur l’affrontement entre Göring et Jackson. Mais avant cela, Nuremberg rappelle méthodiquement les crimes du régime nazi. Là où le film se montre particulièrement pertinent, c’est dans sa manière de montrer comment Göring tente, par le langage et la manipulation, de recontextualiser, voire de justifier l’idéologie fasciste. Chaque mot est pesé, chaque phrase pensée comme une arme. Le mal n’est pas présenté comme une pulsion incontrôlable, mais comme un système rationnel, construit, défendu avec éloquence.

image russell xrowe nuremberg
Copyright Bluestone Entertainment

Face aux preuves de l’horreur

L’un des moments les plus éprouvants — et les plus puissants — du film reste la diffusion, durant le procès, du reportage sur les camps de concentration. Pour la première fois, le monde découvre concrètement l’ampleur des atrocités commises par les nazis. Vanderbilt prend soin de replacer cette séquence dans son contexte historique : jusqu’alors, pour beaucoup, les camps et ce qui s’y déroulait relevaient encore de la rumeur. La confrontation avec ces images marque un point de bascule, tant pour le procès que pour Kelley lui-même, qui réalise pleinement l’horreur à laquelle il fait face. La relation avec Göring ne peut plus être la même après cela.

En parallèle, le film suit le personnage du traducteur Howie Triest, qui assiste Kelley dans son travail. Cette sous-intrigue, plus discrète, apporte une dimension humaine supplémentaire et s’avère touchante, notamment grâce à l’interprétation sensible de Leo Woodall. Même si l’issue du procès est connue, le film parvient à maintenir l’intérêt jusqu’à sa conclusion, rappelant avec force que le danger du fascisme ne disparaît jamais totalement. Il prospère sur la peur, la haine de l’autre et la manipulation des mots : une mise en garde d’une brûlante actualité.

image michael shannon nuremberg
Copyright Bluestone EntertainmentCopyright Bluestone Entertainment

Une forme classique pour un propos essentiel

Sur le plan technique, James Vanderbilt opte pour un classicisme assumé. La mise en scène est sobre, sans effets tape-à-l’œil : il filme ce qu’il doit filmer, laisse les acteurs occuper l’espace et cadre avec efficacité. La reconstitution de l’après-guerre, entre décors et costumes, est globalement réussie, même si l’ensemble paraît parfois un peu trop propre et lisse, notamment dans les scènes de prison. La photographie, élégante et soignée, participe néanmoins à l’immersion dans cette époque.

La musique de Brian Tyler se montre parfois trop appuyée, flirtant avec une certaine grandiloquence qui souligne excessivement certaines scènes. Elle accompagne toutefois efficacement le récit dans son ensemble. Le rythme, en revanche, se révèle inégal : si les duels psychologiques captivent pleinement, ils sont parfois entrecoupés de scènes plus explicatives, voire didactiques, qui provoquent quelques ralentissements. Malgré cela, Nuremberg parvient à maintenir l’attention sur près de deux heures et demie, sans jamais véritablement ennuyer.

Sans être un film révolutionnaire dans sa forme, Nuremberg s’impose comme un drame historique solide et intelligent, porté par un Russell Crowe magistral et par une réflexion passionnante sur la banalité du mal, la responsabilité individuelle et le pouvoir du langage. James Vanderbilt livre une œuvre parfois trop sage, parfois trop démonstrative, mais profondément pertinente dans son propos. Un film nécessaire, qui rappelle que l’Histoire n’est jamais aussi lointaine qu’on aimerait le croire.

Article écrit par

Adore le cinéma en général, que ce soit les gros blockbusters ou les plus petits films, les séries TV et les jeux vidéo. Il réalise de nombreux tests de blu-ray et films en UHD 4K et couvre l'actualité cinématographique en salles.

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