[Critique] De notre côté du ciel – Hans Meyer zu Düttingdorf

Caractéristiques

  • Traducteur : Brice Germain
  • Auteur : Hans Meyer Zu Düttingdorf
  • Editeur : Les Escales
  • Date de sortie en librairies : 8 novembre 2018
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 400
  • Prix : 21,90€
  • Acheter : Cliquez ici

Auteur du roman à succès La mélodie du passé, Hans Meyer zu Düttingdorf revient avec un autre voyage trans-générationnel avec De notre côté du ciel aux éditions Les Escales (Les chants du large). Le voyage se fait cette fois de l’Amérique Latine vers l’Allemagne, entre la fin des années 30 et une période bien plus contemporaine. L’écrivain a-t-il réussi le pari de concilier de nouveau émotion et justesse ?

La bande du trèfle à 4 feuilles

Hans, Henriette, Charlotte et Karl vivent tous les quatre à Küstrin, petite ville proche de la frontière germano-polonaise. Réunis autour d’un coffre à secrets, ces inséparables se sont promis de veiller les uns sur les autres. Les années 30 passent et avec elles le nazisme monte, détruisant peu à peu toutes les relations sociales. Henriette fait partie de l’une des rares familles juives de la ville et va peu à peu être mise à l’écart par toutes les lois nazies. Ce climat étouffant et délétère n’empêchera pas l’amour de naître entre certains des membres de ce groupe fermé, mais des événements plus graves encore se profilent…

Des décennies plus tard, Henriette (qui a quitté l’Allemagne pour l’Amérique Latine) se prépare à un voyage sur les traces de son passé. Accompagnée de son arrière-petite-fille Rachel qui ignore tout de ses origines, elle traverse l’Atlantique pour revenir dans le pays de son enfance et revivre des moments d’une infinie douleur, mais aussi enfin clore ce chapitre.

Un sujet difficile et une temporalité complexe

Meyer zu Düttingdorf n’en est pas à son coup d’essai sur les histoires de mémoire et d’émigrations. A travers ces voyages transatlantiques, l’auteur parle de son vécu puisqu’il vit lui-même entre l’Allemagne et l’Argentine. Les descriptions des villes, du ressenti lors du passage d’une culture à une autre sont toutes très réelles, de même que la situation de l’Allemagne dans les années 30 est extrêmement bien documentée.

Les faits sociétaux et l’Histoire sont véridiques, ce qui apporte la dose d’émotion et de justesse indispensables à un livre sur ce thème. Cependant cela ne suffit pas pour captiver le lecteur ; le choix est ici fait de narrer l’histoire sur 3 temporalités différentes : les années 30 en Allemagne, le début des années 40 en Argentine, et de nos jours en Allemagne. Le fil conducteur entre ces époques/lieux est Henriette, petite fille juive allemande qui devient centenaire urugayenne. Il est délicat de s’y retrouver dans toutes ces périodes toutes très riches en détails qui n’ont, au final, pas toujours beaucoup d’importance et embrouillent le lecteur.

Des personnages très peu sympathiques

Henriette a fui l’Allemagne nazie pour se construire une nouvelle vie en Argentine, puis Urugay. Là-bas, elle fonde une famille et, à l’aube de ses cent ans, elle vit avec sa fille et son arrière-petite-fille. Avec obstination, elle tarde à dire les vraies raisons de son voyage en Allemagne, ni pourquoi elle parle si bien allemand. La jeune fille ne comprend pas, mais ne cherche pas spécialement non plus : pour elle le beau jeune homme qui travaille dans leur hôtel est plus intéressant que ce qui trouble son aïeule. Rachel est une sorte de caricature de post-adolescente : les rares fois où les deux femmes évoquent le sort des Juifs pendant la Seconde Guerre Mondiale, elle reproche à Henriette de n’avoir rien fait en tant qu’Allemande ; elle rêve aussi d’un monde sans guerres et ne comprend pas la cruauté humaine. Elle semble très naïve de ne pas saisir le passé et les motivations de sa grand-mère que le lecteur, lui, comprend tout de suite.

Henriette, quant à elle, peut tout aussi bien émouvoir aux larmes qu’agacer de par ses caprices et sa volonté de laisser son arrière-petite-fille à l’écart.

Le traitement des années pré-Seconde Guerre Mondiale est réussi, mais cette vision de la montée du nazisme dans une petite ville, malheureusement, ne comble pas un rythme lent et laborieux et un décalage trop important entre Henriette et Rachel. Les autres membres de la bande du trèfle à quatre feuilles sont survolés, alors qu’il aurait été intéressant de savoir comment ils ont réellement vécu cette période et comprendre les ambiguïtés qu’ils ont pu ressentir. Sur le papier, De notre côté du ciel avait tout pour plaire au plus grand nombre : amitié, amour, souffrance, dilemme… Quel dommage que cela ne prenne pas !

5/10

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