Caractéristiques
- Titre : Paris is magique
- Ecriture : Sacha Judaszko, Nicolas Nebot, Dominique Mattei
- Musique : Dominique Mattei,
- Chorégraphie : Patricia Delon
- Mise en scène : Sacha Judaszko, Nicolas Nebot
- Avec : Estelle Danière, Joy Esther, Thierry Gondet, Véronique Hatat, Laurent Kiefer, Lorie Lina, Christophe Mai...
- Durée : 100 minutes
- Lieu(x) de représentation : Théâtre Gaîté Rive Gauche
- Dates : 11 août 2026 au 30 juin 2027
- Note : 7/10 par 1 critique
En cette période estivale où les nouvelles créations théâtrales se font rares, difficile de ne pas se réjouir de voir une nouvelle comédie musicale arriver sur les planches parisiennes. Actuellement à l’affiche du Théâtre de la Gaîté Rive Gauche, Paris is magique, écrite et mise en scène par Sacha Judaszko et Nicolas Nebot, sur une musique originale de Dominique Mattei, célèbre la capitale avec humour, romance et chansons, tout en s’amusant de ses nombreux clichés.
Quand le rêve parisien se heurte à la réalité
L’histoire suit Nicolas, un chirurgien cardiaque installé au Japon, qui tombe amoureux d’une femme, Kim, après lui avoir sauvé la vie. Alors que le couple file le parfait amour, le rêve de la jeune femme est de découvrir enfin Paris. Nicolas profite donc de ce voyage pour préparer sa demande en mariage. Problème : la capitale n’a plus rien de la ville idéale qu’elle imagine. Craignant que la déception ne provoque un choc émotionnel trop intense pour la fragile Kim, il décide de lui dissimuler la réalité en transformant chaque défaut de Paris en qualité. Ce mensonge – qui n’est pas sans rappeler le principe de Good Bye, Lenin! – sert de fil conducteur à une comédie romantique pleinement assumée, entre scènes volontairement fleur bleue, gags et jolies ballades lyriques.
Dès les premières minutes, le ton est donné. Sur fond d’accordéon et de mélodie aux accents musette et jazz, le spectacle s’ouvre avec la chanson « Welcome to Paris », tandis que défilent en vidéoprojection les monuments emblématiques de la capitale dans des couleurs très saturées. Montmartre, la tour Eiffel, le Moulin Rouge ou les quais de Seine composent une carte postale immédiatement reconnaissable… où quelques poubelles viennent déjà fissurer l’image d’Épinal. Cette entrée en matière annonce une satire aussi affectueuse que moqueuse. La présentation des personnages, inspirée du procédé narratif popularisé par Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, participe également à cette ambiance décalée. Tout au long du spectacle, Paris est ainsi montré à travers le regard émerveillé de Kim, tandis que les habitants de la capitale deviennent les cibles privilégiées des plaisanteries. Râleurs, impolis ou arrogants, les clichés sont volontairement poussés à l’extrême.

Mise en scène inventive pour spectacle punchy
L’usage omniprésent de la vidéoprojection frappe immédiatement dans Paris is magique. Permettant d’enchaîner les changements de décor en quelques secondes, elle renouvelle constamment l’espace scénique, composé de quelques rares éléments de mobilier. Qu’il s’agisse d’une montée d’escaliers, d’un trajet en taxi ou de la découverte des différents quartiers de la capitale, les projections se superposent avec précision aux déplacements des comédiens et créent des effets visuels particulièrement réussis. Les séquences en ombres chinoises, où voitures, vélos et silhouettes s’animent derrière l’écran, témoignent également de cette créativité. Les décors sont volontairement très colorés et souvent kitsch, s’accordant parfaitement avec les costumes imaginés par Marie Crédou, entre paillettes et tenues éclatantes. Si les côtés de la scène sont finalement peu exploités, le recours constant aux projections suffit à donner une véritable impression de mouvement et confère à l’ensemble une énergie visuelle qui ne faiblit jamais.
Portée par Lorie Lina, Christophe Mai, Estelle Danière, Joy Esther, Thierry Gondet (ou Alexandre Faitrouni selon les représentations), Véronique Hatat et Laurent Kiefer, la distribution se montre particulièrement investie. Tous donnent vie à leurs personnages avec le même enthousiasme, en alternant jeu, chant et danse sans jamais perdre en dynamisme. Une mention spéciale revient aux artistes amenés à interpréter plusieurs rôles au cours de la représentation, démontrant une belle polyvalence. Quant aux chansons, accompagnées des chorégraphies de Patricia Delon, elles rythment efficacement le spectacle. Si certaines mélodies restent facilement en tête, les textes se distinguent également par des rimes souvent bien trouvées. Enfin, la gestion de la barrière de la langue contribue à la fluidité de l’ensemble : les dialogues alternant français et anglais demeurent naturels et permettent de rendre les échanges avec Kim crédibles, tout en renforçant l’accessibilité de cette comédie musicale – surtitrée – à un public international.

Un spectacle généreux à l’humour inégal
Si Paris is magique déborde d’énergie, tout n’y fonctionne pas avec la même efficacité. L’humour, en particulier, se révèle assez inégal. L’absurde s’invite régulièrement dans certaines situations et les personnages sont souvent poussés jusqu’à la caricature, à l’image de la mère de Nicolas, accro à la chirurgie esthétique. Les clichés sur les Parisiens, omniprésents, finissent eux aussi par manquer de subtilité à force d’être martelés et quelques dialogues grossiers pourront en rebuter plus d’un. Si cette exubérance fait partie de l’identité du spectacle, certains effets comiques auraient gagné à être traités avec davantage de finesse.
Ces réserves n’empêchent toutefois pas Paris is magique de séduire grâce à son enthousiasme communicatif. Le rythme ne faiblit pratiquement jamais et plusieurs trouvailles de mise en scène viennent régulièrement relancer l’intérêt. Les running gags sont généralement bien amenés, tandis que la mise en abyme et les ruptures du quatrième mur comptent parmi les meilleurs moments du spectacle, apportant une véritable complicité avec le public. Menée par des interprètes qui prennent manifestement beaucoup de plaisir à évoluer sur scène, cette comédie musicale conserve jusqu’au bout sa bonne humeur et son sens du divertissement.
Au final, malgré un humour parfois appuyé et quelques inégalités, Paris is magique parvient à convaincre grâce à son énergie communicative, son inventivité visuelle et l’engagement de sa troupe. Entre romance, satire et déclaration d’amour à la Ville Lumière, cette comédie musicale invite le public à redécouvrir Paris sous un angle aussi fantaisiste que décalé.




