Caractéristiques
- Titre : Wild Horse Nine
- Réalisateur(s) : Martin McDonagh
- Scénariste(s) : Martin McDonagh
- Avec : John Malkovich, Sam Rockwell, Steve Buscemi, Tom Waits, Parker Posey, Mariana di Girolamo et Ailín Salas
- Distributeur : The Walt Disney Company France
- Genre : Thriller
- Pays : Grande-Bretagne, Etats-Unis, Chili
- Durée : 118 minutes
- Date de sortie : 4 novembre 2026
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- Note du critique : 8/10 par 1 critique
Avec Wild Horse Nine, Martin McDonagh (Bons Baisers de Bruges, Three Billboards : Les Panneaux de la vengeance, Les Banshees d’Inisherin) nous entraîne en 1973, sur l’île de Pâques, en compagnie de deux agents de la CIA interprétés par John Malkovich et Sam Rockwell. Sur fond de tensions politiques et de bouleversements historiques, le cinéaste signe une nouvelle comédie noire portée par des dialogues ciselés, des personnages ambigus et un regard caustique sur les mécanismes du pouvoir. Une recette qu’il connaît bien, mais qu’il met une nouvelle fois au service d’un récit aussi mordant qu’attachant.
Un scénario qui ne manque pas de mordant
Martin McDonagh retrouve un terrain de jeu familier avec Wild Horse Nine, en mêlant absurdité, satire politique et humour noir. Le cinéaste inscrit son récit dans un contexte historique particulièrement sombre, celui de 1973, marqué notamment par le coup d’État au Chili. À travers ses protagonistes, il s’intéresse aux agissements de la CIA et à l’ingérence américaine dans les affaires d’autres pays, sans pour autant transformer son film en une démonstration politique austère. Il préfère aborder ces sujets à travers des situations incongrues et des conversations qui révèlent progressivement les contradictions de ses personnages.
L’une des réussites du scénario réside justement dans sa capacité à faire cohabiter la gravité du contexte historique et la désinvolture avec laquelle les protagonistes abordent certaines situations. Les événements tragiques ne sont pas systématiquement traités sur un mode solennel : McDonagh privilégie le décalage, quitte à provoquer un rire parfois inconfortable. Cette apparente banalisation n’a toutefois rien de gratuit. Elle nourrit la satire en soulignant le cynisme de ceux qui évoluent dans les coulisses du pouvoir, capables d’évoquer des situations dramatiques avec une légèreté déconcertante. L’humour noir devient ainsi un moyen de mettre en lumière leur rapport à la morale et aux conséquences de leurs actes, plutôt qu’un simple procédé destiné à divertir.

L’art de rendre attachants les salauds
Le cinéaste évite également de réduire ses protagonistes à de simples caricatures. Leurs comportements peuvent être discutables, leurs responsabilités lourdes et leur vision du monde profondément cynique, mais le récit leur conserve une véritable dimension humaine. Cette approche permet de faire coexister l’attachement que l’on peut éprouver pour eux et la critique de ce qu’ils représentent. On peut ainsi apprécier leur présence et savourer leurs échanges tout en gardant à l’esprit la gravité de leurs actes. Cette ambiguïté morale enrichit le propos plutôt qu’elle ne l’affaiblit.
L’écriture repose largement sur les dialogues, les provocations et les ruptures de ton, autant de caractéristiques du cinéma de Martin McDonagh. Les conversations s’étirent parfois, mais elles font émerger des situations savoureuses et révèlent les contradictions des protagonistes sans que le scénario ait besoin de multiplier les explications. Le film demande donc d’adhérer à cette manière particulière de raconter, fondée sur des échanges parfois décousus en apparence, mais qui participent à la construction des personnages et à l’élaboration de la satire. Son mélange de critique politique et de comédie grinçante se révèle souvent efficace. Sans chercher à imposer un discours didactique, le réalisateur laisse au spectateur le soin de tirer ses propres conclusions de ce qu’il observe.

Malkovich et Rockwell, un tandem de haut vol
Le principal atout du film réside dans les interprétations de John Malkovich et Sam Rockwell. Dans les rôles respectifs de Chris Carlisle et Lee, les deux comédiens incarnent des agents de la CIA dont l’amitié transparaît naturellement à l’écran. John Malkovich compose un Chris Carlisle cynique et désabusé, au passé particulièrement trouble. Après avoir participé à des opérations de déstabilisation politique à travers le monde, y compris aux États-Unis, cet agent se retrouve également confronté à sa propre mortalité, alors qu’il est rongé par un cancer. Le comédien parvient à rendre son personnage attachant sans jamais effacer la gravité de ses actes. Derrière son cynisme affleure une humanité qui empêche de le réduire à sa seule fonction au sein de l’agence américaine. Cette fragilité donne davantage de relief à un personnage dont la désinvolture masque difficilement les contradictions.
Sam Rockwell lui donne la réplique avec une justesse qui contribue pleinement à la réussite du tandem. Leurs échanges donnent le sentiment de deux hommes qui se connaissent depuis longtemps et qui peuvent se provoquer sans que leur relation soit remise en question. Cette familiarité apporte une véritable spontanéité à leurs conversations et contribue largement à leur efficacité comique. Leur relation apporte une dimension affective au récit et permet de s’attacher à ces deux hommes sans pour autant cautionner leurs agissements. C’est toute l’ambiguïté de Wild Horse Nine : nous pouvons éprouver de l’affection pour des individus dont les actes et les responsabilités restent moralement condamnables. Le reste de la distribution est également à la hauteur, avec Steve Buscemi, Parker Posey et Tom Waits, dont les présences singulières enrichissent cette galerie de personnages. Mariana Di Girólamo, particulièrement attachante, et Ailín Salas complètent l’ensemble avec justesse.

Une mise en scène qui garde le cap
Martin McDonagh privilégie une réalisation qui accorde une place importante aux acteurs et à l’écriture. Le cadre de l’île de Pâques confère une véritable singularité au récit, tandis que le contexte historique donne une profondeur supplémentaire aux situations. Le cinéaste exploite cet environnement isolé pour installer une atmosphère particulière, entre dépaysement et tensions sous-jacentes. Sa mise en scène accompagne le récit sans chercher à souligner constamment ses intentions. L’essentiel repose sur la précision des dialogues, le jeu des interprètes et la manière dont les situations font progressivement émerger les enjeux du film. Cette approche correspond bien au style du réalisateur, même si elle suppose d’adhérer à son goût pour les échanges abondants et les ruptures de ton.
La direction artistique, des décors aux costumes, restitue efficacement l’atmosphère des années 1970. Le rythme se révèle globalement satisfaisant, malgré un léger essoufflement au milieu du métrage. Certaines scènes paraissent en effet un peu répétitives sur le plan thématique et auraient gagné à être resserrées, voire supprimées, afin de préserver davantage de dynamisme. Ce léger ventre mou ne remet toutefois pas en cause l’efficacité générale du récit. Enfin, la musique de Carter Burwell accompagne naturellement le film, sans jamais chercher à en faire trop. Elle contribue aussi bien à installer une ambiance ancrée dans les années 1970 qu’à entretenir les tonalités plus troubles du thriller. Une partition discrète, mais cohérente avec les intentions du cinéaste et les différentes facettes de son récit.
Avec Wild Horse Nine, Martin McDonagh livre une comédie noire aussi mordante qu’attachante, portée par un duo Malkovich-Rockwell en grande forme et des dialogues savoureux. Derrière sa satire politique grinçante, le cinéaste compose une galerie de personnages moralement troubles auxquels on finit pourtant par s’attacher. Une ambiguïté qui fait toute la richesse du film et confirme que McDonagh n’a pas son pareil pour nous faire rire des travers les plus sombres de l’être humain.




