Affiche de Shrek 4, Il était une fin: l'ogre vert de retour sur les écrans pour la dernière fois?Une suite très bankable

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Dreamworks a le sens des affaires: sortir un quatrième opus des aventures de l’ogre vert, en 3D de plus, après le succès d’Avatar de James Cameron, c’était à coup sûr réaliser un juteux carton, même si celui-ci s’avérait moindre que pour les deux premiers films.

En tant que spectateur, cette annonce nous faisait osciller entre la joie à l’idée de retrouver ces personnages auxquels nous nous sommes attachés et la crainte d’une suite superficielle réalisée à la va-vite dans le seul but de remplir les tiroirs-caisses du studio.

Il faut dire que Skrek 3 n’avait guère laissé de souvenir impérissable: fun sur le coup mais se terminant en queue de poisson (comme si on nous balancait le générique alors qu’il commençait enfin à se passer des trucs), rempli de vannes people déjà datées (la love story entre Cameron Diaz qui double Fiona et Justin Timberlake qui doublait Arthur…) que plus personne ne comprendra dans dix ans, ce film apparaissait comme la suite de trop.

La bande-annonce d’Il était une fin était très drôle, surtout à cause du Chat Potté devenu obèse, mais les critiques commencant à pleuvoir allaient de mitigées à assassines. C’est donc avec un certain scepticisme que je me suis rendue à la projection lors de la Fête du Cinéma… Et j’ai été positivement surprise!

Une bonne surprise qui fait oublier Shrek 3

L'Âne, toujours aussi gourmand, serait-il sur le point de tomber dans un piège en succombant à ces délicieuses gauffres dans Shrek 4?

Disons-le tout de suite: non, Shrek 4, il était une fin n’est pas aussi bien que les deux premiers volets de la série, mais il relève tout de même bien le niveau après le 3. On sent que l’équipe a fait un effort pour raconter une histoire cohérente et émouvante en dépit de sa prévisibilité et, s’il n’est pas aussi drôle que le 1 et le 2, on passe un très bon moment.

Lassé de sa vie de famille routinière et aigri à l’idée d’être devenu une attraction touristique qui n’effraie plus personne, Skrek a donc la très mauvaise idée de signer un contrat avec Tracassin, un lutin minable qui lui propose de redevenir un ogre inconnu, que tout le monde craindra l’espace d’une journée, en échange d’un jour de sa petite-enfance.

En fait, Tracassin veut prendre le pouvoir de Far Far Away et il en a profité pour voler le jour de la naissance de Shrek, qui se retrouve ainsi plongé dans une réalité parallèle où il n’a jamais existé! Fiona a dû se secourir elle-même car personne n’est venu la délivrer, l’âne est l’esclave des sorcières au service de Tracassin et le Chat Potté est devenu obèse. Pour annuler le sort, Shrek devra gagner la confiance de ses amis et obtenir un vrai baiser d’amour de Fiona.

Une réalité parallèle réjouissante

Dans Shrek 4 Il était une fin, Far Far Away a bien changé: le redoutable Chat Potté est devenu obèse et ne cherche plus à chasser les souris!

Le concept classique de la réalité parallèle est très sympathique, surtout au tout début lorsque nous découvrons ce que sont devenus les personnages. Cela donne notamment une scène très drôle où l’Âne ne reconnaît pas Shrek et prend peur lorsque celui-ci lui assure qu’il est son meilleur ami. Le Chat Potté, tellement gros qu’il n’a même pas le courage de chasser une souris qui boit dans sa gamelle de lait, participe également grandement au plaisir qu’on prend à regarder le film. Au niveau des nouveaux personnages, les sorcières sont une bonne trouvaille à l’origine de scènes réjouissantes, bien qu’elles auraient pu être encore plus délirantes.

L’évolution de Fiona, qui est devenue la chef de file d’un groupe d’ogres rebelles qui cherchent à renverser Tracassin est aussi une réussite. Bien sûr la fin est entendue, Tracassin n’étant pas un monarque très impressionnant et il manque le suspense et l’imprévisibilité de Shrek 2, sans doute le meilleur de la série, mais on se laisse porter avec plaisir par l’histoire.

L’émotion est bien présente dans le film, bien qu’on puisse lui reprocher de faire preuve d’un peu trop de bons sentiments comparé aux premiers, qui se voulaient anti-Disney par excellence. Mais là encore, le récit est bien mené et reste cohérent, et on est loin d’être dans la mièvrerie.

Certes pas nécessaire (rien ne justifiait un troisième opus, donc forcément un quatrième…), Shrek 4  est un divertissement des plus honnêtes qui réjouira petits et grands cet été. Et la 3D, convaincante sans apporter grand chose au film, ajoute encore à notre plaisir. Espérons tout de même que Dreamworks saura se montrer raisonnable et ne cherchera pas à nous vendre un cinquième opus. Après ces dernières aventures, on a en effet du mal à voir comment les scénaristes pourraient pousser plus loin les héros et l’histoire. Le générique de fin, où tous les personnages de la quadrilogie apparaissent (y compris ceux qu’on ne voit pas du tout dans celui-ci) laisse entendre que c’est en tout cas bien leur intention.

 

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.