Caractéristiques
- Titre : L'Entente - La Face Cachée d'Alexandrie
- Titre original : Al mosta'mera
- Réalisateur(s) : Mohamed Rashad
- Scénariste(s) : Mohamed Rashad
- Avec : Hajar Omar, Emad Ghoniem, Adham Shoukry Ziad Islam et Mohamed Abdel Hady.
- Distributeur : Tahia Films
- Genre : Thriller
- Pays : Egypte, France, Allemagne, Qatar, Arabie Saoudite
- Durée : 94 minutes
- Date de sortie : 6 mai 2026
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- Note du critique : 6/10 par 1 critique
Premier long-métrage écrit et réalisé par Mohamed Rashad et inspiré de faits réels, L’Entente – La Face Cachée d’Alexandrie raconte l’histoire de deux frères. Hossam, 23 ans, fauteur de troubles, et Maro, 12 ans, vivent dans une communauté marginalisée d’Alexandrie. Après la mort de leur père dans un accident de travail, ils sont embauchés par la même usine en guise de « compensation » pour leur perte, au lieu d’intenter une action en justice. Alors qu’ils s’adaptent à leur nouvel emploi, ils commencent à se demander si la mort de leur père était vraiment accidentelle.
Une immersion dans les marges sociales d’Alexandrie
Avec L’Entente – La Face cachée d’Alexandrie, le scénariste et réalisateur Mohamed Rashad signe un premier long-métrage qui s’inscrit dans une tradition de cinéma social exigeant, en s’attachant à explorer les marges invisibles d’une grande ville souvent fantasmée. Ici, Alexandrie n’a rien d’une carte postale : elle devient le théâtre d’une réalité âpre, dominée par le travail, la précarité et l’absence d’horizon. Le récit s’articule autour d’un jeune homme, Hossam (Adham Shoukry Ziad Islam, dans une interprétation intériorisée), dont la trajectoire bascule à la suite du décès de son père. Contraint d’intégrer l’usine dans laquelle ce dernier travaillait et d’en prendre la place, il découvre un univers régi par des rapports de force constants. Progressivement, le film déploie une chronique du quotidien, faite de gestes répétitifs, de silences pesants et de tensions latentes.
Ce qui frappe d’emblée, c’est le refus de toute dramatisation excessive. Rashad adopte une mise en scène dépouillée, presque austère, qui privilégie l’observation à l’explication. La caméra se fait discrète, captant les corps au travail et les regards fuyants. Ce naturalisme assumé confère au film une dimension quasi documentaire, comme si le spectateur était plongé au cœur même de cet espace clos, soumis aux mêmes contraintes que les personnages. Cette approche immersive constitue indéniablement l’une des grandes réussites du film. Elle permet de rendre tangible la dureté des conditions de vie, mais aussi l’usure psychologique qui en découle. Le travail n’est jamais idéalisé ; il est montré dans toute sa répétitivité, sa pénibilité et son caractère aliénant. À travers cette accumulation de détails, le cinéaste parvient à faire émerger une vision cohérente d’un système où l’individu s’efface derrière la mécanique sociale

Une rigueur formelle aux limites du récit
Mais cette rigueur formelle a également ses revers. En refusant les codes traditionnels du récit, le film peine parfois à maintenir une véritable dynamique dramatique. Le long-métrage tend également vers le thriller : au fil du récit, Hossam découvre que l’accident qui a tué son père n’en était peut-être pas un. Cet aspect est lui aussi traité avec réalisme, ce qui, là encore, freine la montée en tension. Par ailleurs, le personnage doit composer avec une mauvaise réputation : est-elle fondée ou non ? Le film explore aussi sa sphère familiale, entre un frère avec lequel les rapports sont complexes et une mère malade. Une légère romance se dessine également avec une jeune femme travaillant à l’usine. Mais cette lueur sera-t-elle suffisante pour détourner Hossam de son désir de vengeance si la thèse du meurtre se confirme ?
Le rythme, volontairement lent, peut donner une impression d’inertie, comme si le film se complaisait dans cette répétition qu’il cherche justement à dénoncer. Cette sensation est accentuée par une narration très linéaire, qui laisse peu de place à des variations de ton ou à de véritables respirations émotionnelles. De la même manière, le choix d’une écriture minimaliste, s’il renforce l’authenticité de l’ensemble, limite parfois l’attachement aux personnages, en particulier secondaires. Ces derniers apparaissent souvent comme des figures représentatives d’un système plutôt que comme des individus pleinement développés. Il en résulte une certaine distance émotionnelle, qui peut freiner l’implication du spectateur malgré la force du propos.

Une œuvre lucide, entre force et limites
Sur le fond, toutefois, le film se révèle particulièrement pertinent. Sans jamais appuyer son discours, Rashad met en lumière les mécanismes d’exploitation et de domination qui structurent cet univers. Il montre comment ces logiques s’insinuent dans tous les aspects du quotidien, jusqu’à façonner les relations humaines elles-mêmes. Le fatalisme qui se dégage de l’ensemble n’est jamais gratuit : il apparaît comme la conséquence directe d’un système verrouillé, où les perspectives d’évolution sont quasi inexistantes, voire héréditaires, un enfant remplaçant son parent.
Cette lucidité, presque implacable, confère au film une véritable portée politique. En refusant toute forme de romantisation, le cinéaste propose un regard frontal, parfois dérangeant, sur une réalité rarement représentée. Mais c’est précisément cette radicalité qui pourra en rebuter certains, tant elle implique une expérience de visionnage exigeante, voire éprouvante.
Au final, L’Entente – La Face cachée d’Alexandrie s’impose comme une œuvre à la fois sincère et rigoureuse, portée par une véritable vision de cinéma. Si ses qualités formelles et son regard social en font un premier film prometteur, ses limites — notamment en termes de rythme et d’implication émotionnelle — l’empêchent d’atteindre une pleine puissance narrative. Reste le portrait d’un cinéaste à suivre, dont on attendra avec intérêt les prochaines explorations.




