lucy besson afficheOn ne compte plus le nombre de fois que Luc Besson nous a déçus ces dernières années, que ce soit en tant que producteur ou réalisateur. Aussi, lorsqu’on entend parler de ce nouveau film avec Scarlett Johansson qui cartonne aux Etats-Unis et que la critique US a plutôt suivi, on se rêve à espérer enfin… un film distrayant dont le cinéaste n’aurait pas à rougir. Alors soit, on passera sur le fait que cette fameuse théorie selon laquelle nous n’utiliserions que 10% de notre cerveau est totalement fausse. Après tout pourquoi pas, on est au cinéma et le principe est plutôt intriguant, ouvrant le champ à de nombreux possibles…

Malheureusement, dès les premières minutes, on déchante : non seulement la maestria visuelle n’est pas au rendez-vous (un comble quand on connaît les possibilités de M. Besson), mais pour bien nous faire comprendre le danger que court l’héroïne, on a droit à des inserts de stock-shots montrant un fauve guetter sa proie avant de l’attaquer ! Le reste est à l’avenant : Lucy, s’il se veut fun et sans complexes, fait preuve d’une subtilité égale à celle d’un éléphant effectuant un numéro d’équilibriste. Et la présence de Scarlett Johansson et de Choi Min Sik (Old Boy) n’est pas suffisante, loin s’en faut, pour nous faire oublier ses défauts.

scarlett-johansson_lucy_besson_reseaux

Les rebondissements s’enchaînent mais on ne se sent jamais vraiment embarqués dans cette aventure. Pour commencer, tout aussi drôle que cela soit, la transformation de Lucy en machine à tuer dès qu’elle a ingéré la drogue reste assez gratuite et pour le reste, on n’arrive jamais à gober, même s’il s’agit de science-fiction, que l’utilisation des zones inexplorées de son cerveau la transforme en rien de moins qu’une déesse, invulnérable et omnisciente. Comme tout est possible partant de là, Luc Besson se refuse à faire le moindre choix dramatique et se contente de partir dans tous les sens : des bastons, une course-poursuite en voiture rue de Rivoli, un méchant asiatique hystérique… Bref, Besson retrouve certains de ses motifs préférés mais n’arrive jamais à transcender le tout et on s’ennuie quand même pas mal au final. Et quand il veut la jouer 2001 : l’odyssée de l’espace ou Tree of Life, cela est d’une telle maladresse qu’on ne peut que sourire devant cette pseudo dimension métaphysique..

La fin, autant le dire tout de go, est aussi ridicule qu’attendue et laissera même le spectateur le plus ouvert d’esprit perplexe. On pense alors à un autre film dans lequel a joué Scarlett Johansson récemment, le magnifique Her de Spike Jonze : le dénouement y est en fin de compte similaire, mais Jonze avait su le rendre simple et bouleversant. On ne saurait alors que trop conseiller la vision de ce film et, si vous voulez un film d’action fun à la Besson, revoyez plutôt Taxi

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.