[Critique] Olivia Ruiz : Miss Météores

image pochette olivia ruiz miss météores polydorA la première écoute, le troisième album d’Olivia Ruiz, Miss Météores est un temps soit peu déroutant, bien que très agréable. En effet, les titres de ce nouvel opus se révèlent moins immédiatement que ceux de La Femme Chocolat et la durée de l’album, très courte (aucun titre n’excède 3mn 30) ne donne pas l’impression d’avoir écouté 13 titres.

Pourtant, en réécoutant une nouvelle fois Miss Météores, on y trouve de nombreuses pépites, des textes (qu’elle a tous écrits pour les chansons en français) subtils et travaillés, des arrangements originaux de toute beauté, une diversité musicale encore plus affinée qu’auparavant et, de manière générale, des titres riches et matures.

Il est surprenant d’ailleurs que certains critiques sembleraient presque lui reprocher cette diversité de styles musicaux : d’une part, ce mélange entre (nouvelle) chanson française, rock et musique latine était déjà présent sur ses précédents albums et d’autre part, comment reprocher à un artiste d’avoir eu la délicatesse de ne pas avoir servi à son public un album trop homogène, où tous les titres sont de la même couleur ? Cet album n’est certainement pas terne ni monotone et c’est tant mieux.

Si on retrouve un certain « son » Olivia Ruiz et les ingrédients, si l’on peut dire, qui ont fait son succès, on ne peut sans doute pas l’accuser de s’être répétée. A bien des égards, Miss Météores est fort différent de ses prédécesseurs tout en conservant leur charme si particulier. Si l’album ne recèle peut-être pas d’aussi gros tubes potentiels que « J’traîne des pieds » et « La femme chocolat » (bien que « Les Crêpes aux champignons », exquis, serait tout désigné comme 2ème single), les arrangements sont bien plus travaillés, révélant une vraie maturité musicale.

Toujours accompagnée de son compagnon, Mathias Malzieu (chanteur de Dionysos) qui signe la plupart des musiques, la demoiselle a également bien su s’entourer en faisant appel à un certain nombre d’artistes qu’elle apprécie, au succès plus confidentiel. Ainsi, le nombre de duos présents sur cet album frappe : outre son père avec lequel elle réalise de nouveau un duo en espagnol, elle chante également avec la chanteuse autrichienne folk Lonely Drifter Karen (« When the Night Comes »), le rappeur Toan (« le Saule Pleureur »), le groupe Coming Soon (« Don’t Call Me Madam ») ou encore Christian Olivier (« Six Mètres », le bonus track caché en fin d’album), sans compter la participation du groupe anglais The Noisettes. Et bien sûr, elle continue de chanter en français, anglais ( 4 titres) et espagnol.

Outre certains titres qui rappelleront ses précédents opus (« Elle Panique », « Les Crêpes aux champignons », « Spit the Devil », « Le Saule Pleureur » ou « La Mam’ »), tous réussis (avec une mention spéciale pour « Les Crêpes aux champignons »), on retrouve plus de variations et de nouveautés dans les titres rock tels que « Mon petit à petit », « When the Night Comes » et « Eight O’Clock ». Le duo avec son papa, « Quedate », s’il peut tout d’abord rappeler leur précédent duo sur La Femme chocolat de par l’espagnol et les influences latines est particulièrement réussi au niveau des arrangements, une guitare électrique, bien plus rock, ainsi que des claviers faisant leur apparition pour aboutir à un titre particulièrement dense. On est également surpris quand, à la fin du titre « Le Saule Pleureur », Toan vient poser un slam inattendu  qui vient achever la chanson en beauté. Quant à l’avant-dernier titre de l’album, « Peur du noir », aux paroles faussement enfantines sur la peur de la mort et des démons intérieurs, il fait partie des joyaux de l’album et de la carrière d’Olivia Ruiz tout court.

S’il sera sans doute accueilli avec un peu plus de réserve que La Femme chocolat, Miss Météores n’en demeure pas moins un album très réussi et abouti. Une écoute ne suffit pas à rendre justice aux différents titres mais dès la deuxième écoute, l’album grandit en nous et révèle ses subtilités. Ne passez donc pas à côté de ce opus. Pas parce-que Olivia Ruiz a vendu plus de 1 million d’albums avec La Femme chocolat et que, par ce simple fait, ce nouvel album aurait été labellisé « incontournable » et que vous allez la voir envahir les médias pour sa promo. Non. Simplement parce-que Olivia Ruiz nous confirme qu’elle a bien les qualités et les tripes d’une véritable artiste à la carrière sans doute encore longue et riche en surprises. La chanson finale « Six Mètres », qu’elle récite avec Christian Olivier, nous montre bien, d’ailleurs, à quel point elle se méfie de la gloire et ses trophées. Elle ne semble donc pas encore prête à se reposer sur ses lauriers. Tant mieux pour nous.

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.
/10

Réactions (3)

  1. Jolie critique 😉 En effet, je trouve qu’elle est allée plus loin encore dans le mélange des genres, quitte à ce que ceux qui n’aimaient pas ça rejettent cet album, qui est moins « facile », et surtout moins classé « nouvelle chanson française » que le précédent. Je trouve qu’elle a raison d’aller plus loin, elle se renouvelle et c’est tant mieux pour tout le monde car la musique meurt à force de se répéter! Album très réussi, qui s’appréciera dans toute son ampleur et sa force à la seconde écoute.

  2. J’adore Olivia Ruiz et cet album est beau comme tout aussi acidulé et éclectique que La femme Chocolat ! Ma chanson préférée est aussi Les Crêpes aux champignons !
    Je vais la voir le 27 novembre à Nancy, j’ai hâte !!

  3. Une critique très juste…Cet album est une petite merveille qe je verrais bien comme BO d’un film ou d’un livre de conte de fées (roce) J’aime ces textes qui racontent des petites histoires, ces
    arrangements sublimes qui habillent ces textes, l’alchimie avec Mathias, la diversité musicale des titres. Coup de coeur pour « Peur du noir » (mi enfantine, mi-sombre), « Le saule pleureur » (son
    interlude susurée en espagnol, sa petite flûte enchanteresse, le rap de Toan), « When the night comes » (légère comme une bulle) « Belle a en crever »(ses cordes a la morricone, son texte gothique,
    sublime!) « La Mam » (son air rétro et jazzy).

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