La main au collet d’Alfred Hitchcock (1955) : critique du film

image affiche la main au collet hitchcockUn duo
irrésistible

Second Hitchcock que je revois cette année, La main au collet est une « comédie à suspense » légère, forcément moins intense que La Mort aux
trousses
(1958) ou Les Oiseaux (1963), mais ô combien jubilatoire. Si l’histoire, qui se déroule dans le sud de la France, nous raconte les malheurs d’un
ancien as de la cambriole, John Robie (Cary Grant), accusé à tort de nombreux vols de bijoux exécutés à sa manière et qui se lance à la recherche du coupable, il ne s’agit en fin
de compte qu’un prétexte (le MacGuffin qu’affectionne tant le maître).

Le coeur du film, son intérêt véritable se trouve dans le jeu du chat et de la souris entre Robie et la séduisante Frances Stevens (Grace Kelly). Fille d’une riche mondaine dont
les bijoux pourraient intéresser le véritable voleur, la jeune femme souffle le chaud et le froid pour mettre « la main au collet » de Robie. De prime abord sage, distante et assez froide, elle
révèle très vite un esprit espiègle et intrépide. C’est à son initiative que Robie entreprendra de la séduire.

Voir ces deux personnages se chercher et se taquiner est un plaisir de tous les instants et leurs interprètes semblent s’amuser comme des petits fous. Grace Kelly, fragile et à
fleur de peau dans Le crime était presque parfait (1954) apparaît plus enjouée que jamais, dans la droite lignée de son rôle de Fenêtre sur
cour
(1954) tandis que Cary Grant affiche une belle décontraction, rendant son personnage facétieux.

Des allusions facétieuses

 

image grace kelly cary grant la main au collet hitchcockOn retrouve tout du long l’humour caractéristique d’Alfred Hitchcock, notamment lors des joutes verbales entre Robie et Frances, parsemées de sous-entendus sexuels. Habitué des
double-sens à l’époque du code Hays, qui limitait de manière étroite ce qu’on pouvait montrer et entendre ou non dans un film, le cinéaste a toujours habilement réussi à contourner la censure
(voir l’exemple de  Rebecca notamment) et à conserver l’intégrité de ses
intrigues.

 

la-main-au-collet-grace-kelly-hitchcockCependant, dans le cas de La main au collet, les censeurs n’ont pas été dupes des sous-entendus présents dans la scène de l’hôtel, aux trois-quarts du film. Pour
conserver ce passage, le réalisateur dû ainsi changer la musique et le montage. La tactique produisit l’effet voulu puisque les membres du comité de censure furent apaisés mais il est amusant de
constater que les changements effectués rendent la métaphore sexuelle encore plus intense et très drôle.

 

image grace kelly cary grant la main au colletEn effet, le tête à tête entre John et Frances se déroule au moment où est tiré un feu d’artifice et la musique de fête, complètement décalée, met l’emphase sur ce qui se trame dans la chambre
d’hôtel. A mesure que le désir monte entre les deux protagonistes, Hitchcock insère de nombreux gros plans de feux d’artifice, dont les bouquets se font de plus en plus
impressionnants tandis que la musique monte crescendo, avant d’atteindre un climax… Pas besoin de vous faire un dessin sur la métaphore ! Le côté guilleret et exagéré de la musique, qui a
rassuré la censure, renforce la dimension sexuelle en lui ajoutant, de plus, un ton grivois. Le comble ! On a du mal à imaginer que le jury n’ait rien vu… Peut-être manquaient-ils trop d’humour
pour percevoir la facétie du cinéaste ?

Un pur Hitchcock

 

image pique-nique grace kelly cary grant la main au colletLa main au collet comporte également de nombreux éléments récurrents chez le cinéaste, en faisant un film typiquement hitchcockien. Outre l’innocent accusé à tort qui
doit démasquer le coupable (quatre ans avant La mort aux trousses), on retrouve également la mère envahissante, la blonde au tempérament volcanique derrière une
apparence glacée, l’amour de la bonne bouffe… Le cinéaste suit des codes qu’il a lui-même instaurés mais ne se contente pas pour autant de suivre une recette. Le plaisir qu’il a pris à réaliser
ce film est manifeste et le duo Cary GrantGrace Kelly est sans doute l’un des plus mémorables des comédies des années 50.

 

image cary grant la main au collet hitchcockLe film n’évite pas forcément les poncifs du genre sur la France mais joue avec eux de manière plutôt réussie. Evidemment, que les amis de Robie forment une bande d’anciens résistants (pas
vraiment à leur avantage) prête plutôt à rire mais le second degré est de mise et fonctionne bien, même si cet aspect de l’intrigue, très en retrait par rapport à la dimension amoureuse, n’ait
rien de vraiment mémorable. Tourné à Cannes et à Monaco, le film montre bien entendu de sublimes paysages et on imagine bien que de nombreux américains aient gardé cette image idyllique de la
Côte d’Azur, dont le glamour est renforcé par le Technicolor.

 

image grace kelly voiture la main au collet hitchcockLa main au collet est également le dernier film que Grace Kelly tourna avec Alfred Hitchcock. Lors du Festival de Cannes en 1955, elle
fait la rencontre du Prince Rainier de Monaco. Elle l’épouse l’année suivante et abandonne sa carrière d’actrice, au grand regret du maître du suspense, qui avait trouvé en elle
une égérie. Ironiquement, c’est sur cette même route en lacets qu’on voit dans le film, où Frances s’amuse à effrayer Robie en roulant à toute allure, que l’actrice trouvera la mort vingt-sept
ans plus tard, en 1982.

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.
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Réactions (4)

  1. Bonjour,

    Merci à vous d’avoir parlé de ce film, qui, à mes yeux est un chef-d’œuvre. L’un de mes Hitchcocks préférés, film qui m’a rendu admiratif de Grace Kelly. Pour Grace Kelly, j’ai beaucoup apprécié
    « Haute Société » de Charles Walters.

    Mais le film d’Hitchcock est bien meilleur. Moi même étant un grand fan du réalisateur, « La Main au Collet » est mon favori.

    En tout cas merci à vous pour ce très bel article, avec ces belles images !

    Al Capitaine.

  2. Pourrais-je placer un lien de votre blog au mien ?

    De bonnes références y sont inscrites, et j’aimerai beaucoup rester en contact avec le votre. Je l’ai découvert via Ulike.net

  3. Ahhhhhh…. quelle femme d’une immense beauté ! Et le film « La Main au Collet » n’a fait que confirmer mon admiration pour Grace Kelly. J’ai ouvert un nouveau site. Sur cette fabuleuse actrice qui
    m’impressionne au fil de ses films et de ses photos ! L’adresse du lien est celui donné dans le commentaire. FABULEUX ARTICLE qui ne fait que confirmer mon amour pour le personnage de Frances
    Stevens (mais c’est comme dans les contes pour enfants, c’est pour de faux !).

    Merci encore à vous, ciao !

    Robin Simon.

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