[Test DVD] : Coup De Chaud – Raphaël Jacoulot

image affiche coup de chaudCaractéristiques

  • Réalisateur : Raphaël Jacoulot
  • Avec : Karim Leklou, Jean-Pierre Darroussin, Grégory Gadebois
  • Editeur : Diaphana Édition Vidéo
  • Date de sortie DVD / VOD : 27 Janvier 2016
  • Durée : 98 minutes

Image : 5/5

Aucun souci d’image relevé, les couleurs sont bien retranscrites. On ressent la chaleur étouffante à chaque image, le travail sur la lumière est bien mis en valeur. Un sans-faute.

Son : 4/5

Deux pistes sont dénombrées, toutes deux en version française : Dolby Digital 5.1 et Dolby Digital 2.0. Les deux sont tout à fait conseillées. La 5.1 a, peut-être fait l’objet de plus d’attention, avec un meilleur équilibre entre dialogues et bruitages d’ambiance. Signalons des sous-titres français pour sourds et malentendants, ainsi qu’une audiodescription pour aveugles et malvoyants.

Bonus : 5/5

Au menu, un commentaire audio du film par Raphaël Jacoulot (98 minutes). Exercice de style moins courant qu’a une époque (ndlr : et c’est bien dommage !), il permet pourtant de mieux aborder le film. Le réalisateur fait la lumière sur une tonne de questions que le spectateur peut se poser. Reportage sur l’avant-première à Puch d’Agenais (6 minutes), la ville de tournage. Reportage sur le tournage du film (10 minutes), où l’on voit même quelques habitants nous donner leurs impressions. Pour finir, cinq scènes coupées (8 minutes), d’un intérêt plus ou moins marqué. Un gros programme, donc.

Synopsis

Au cœur d’un été caniculaire, dans un petit village à la tranquillité apparente, le quotidien des habitants est perturbé par Josef Bousou. Fils de ferrailleurs, semeur de troubles, il est désigné par les villageois comme étant la source principale de tous leurs maux jusqu’au jour où il est retrouvé sans vie dans la cour de la maison familiale…

image karim leklou coup de chaud

Critique du film

La figure du bouquet missaire… pardon, bouc émissaire, est un grand classique au cinéma. Occasion parfaite pour analyser les comportements sociaux, cet archétype est un puits d’inspiration sans fond. Fritz Lang avec Fury, Thomas Vinterberg avec La Chasse, Arthur Penn et sa Poursuite Infernale, les réalisateurs apprécient cette thématique, parfaite, aussi, pour créer des situations à suspens. Raphaël Jacoulot, metteur en scène de Coup De Chaud, aborde le sujet pour la deuxième fois, après son Avant L’Aube de bonne facture.

Coup De Chaud s’installe dans un village reculé, mais jamais véritablement décrit. Le but est d’éviter au spectateur de s’échapper, et de lui imposer, avec sa participation, un point de vue à hauteur des habitants pris dans l’engrenage. L’exposition est excellente, l’on comprend rapidement les enjeux, via la caractérisation des personnages. Dès la première apparition de Josef Bousou, incarné par la révélation Karim Leklou, une impression saisissante de malaise envahie l’écran, bien aidée par une réalisation parfaitement épurée. L’impression augmente au fur et à mesure, en même temps que le thermostat…

Le village de Coup De Chaud se prend, de plein fouet, une canicule terriblement gratinée. Une situation difficile pour les agriculteurs, mais aussi pour les Hommes dont le stress, mis à rude épreuve, monte graduellement. Raphaël Jacoulot réussit à capter ce crescendo avec une roublardise étonnante, joue avec les ellipses et, surtout, reste à l’écart de l’intrigue, sans jamais adouber les actes des uns ou des autres (ndlr : n’est-ce pas, Bang Gang). Josef est l’élément déclencheur, celui par qui le drame se doit d’arriver. Tout fait en sorte que son destin est déjà écrit, avec une pertinence incroyable. Le déroulement de l’intrigue est exemplaire, le spectateur se sent prisonnier de ce lieu, de ces âmes poussées à l’irréparable.

image diaphana coup de chaud

Coup De Chaud est un film chabrolien. On y trouve la même volonté descriptive. Quelques instants nous ont hérissé le poil, créé de cette tension qui irrigue Le Boucher. Josef, lui, n’a pourtant pas grand chose à voir avec le personnage de Jean Yann. Simple d’esprit, le jeune homme n’est pas spécialement un prédateur, même si le scénario refuse de tomber dans la description d’un bouc émissaire blanc comme neige. Évidemment, jamais le réalisateur ne pousse à la vindicte populaire, celle-ci est d’ailleurs montrée dans toute son horreur. mais le récit est tout de même franc du collier. Josef est un cleptomane notoire, mais c’est surtout la misère sexuelle qui va finir d’en faire un danger pour toutes et tous. Dans une séquence effrayante au possible, le jeune homme s’introduit dans la maison d’Odette (Isabelle Sadoyan), qui manque tout juste de se faire violer. En effet, le simple d’esprit vient de voir la fille de ses rêves se faire plus que draguer par un ado du coin, et ressent certainement un vide affectif. A partir de cet instant, la tension atteint des sommets, d’autant plus que les effets de la canicule sont, désormais, irrémédiables, et plongent certains habitants dans la détresse.

L’une des grandes réussites de Coup De Chaud est son ambiance irrespirable. Sans pour autant être inscrit à fond dans un ton noir et sans espoirs, le film parvient à faire ressentir des sentiments tellement contradictoires que l’esprit du spectateur ne peut qu’éprouver une sorte d’empathie pour certains personnages. En fait, rien n’est gratuit dans Coup De Chaud, même si le drame inévitable repose sur l’un des plus horrible ressentiment humains qui, pour le coup, est hasardeux au possible. En fait, le plus grand des sujets du film, en tout cas celui qui marque le plus de par sa répercussion dans le réel, c’est le manque total d’aide de la part de l’État. L’absence coupable d’un encadrement de qualité. Josef, visiblement, a de grands soucis mentaux, et devrait faire l’objet d’une observation poussée de la part d’un système médical compétent. Malheureusement, ce n’est pas le cas, notamment pour causes budgétaires, et la police se trouve bien dépourvue quand la loi lui ordonne de relâcher celui qui a failli abuser d’une personne âgée. Alors que, de toute évidence, isoler le jeune homme aurait été salutaire, autant pour la population que pour lui-même. Ce drame du quotidien est parfaitement capté par Coup De Chaud, d’une justesse exemplaire. Jusque dans son dernier acte, un peu court mais dont la chute témoigne, encore une fois, de la justesse de l’ensemble. Le tout n’est pas de savoir qui a fait quoi, mais de démontrer les ravages de la rumeur, du manque d’encadrement d’un État démissionnaire, par le biais d’un drame irréparable pour toutes les parties.

Au final, Coup de Chaud est un thriller de belle facture, malheureusement passé un peu inaperçu au cinéma. Le ton chabrolien donne des sueurs froides, et l’interprétation ne souffre d’aucun faux-pas. On pense surtout à Jean-Pierre Darroussin, qui apporte à son personnage de maire, dépassé par les événements, un côté très humain. Grégory Gadebois, lui, donne à son rôle toute la puissance contenue qu’il se devait d’exprimer. Seul regret, le final est peut-être un peu rapide dans son traitement, l’on aurait aimé voir un peu plus les conséquences de cette histoire sur les habitants de ce village. Mais se plaindre qu’un film ne dure pas assez longtemps, que l’on aurait aimé en avoir un peu plus, c’est clairement un aveu de réussite…

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato

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