[Critique] Les Saisons : Le nouveau documentaire poétique de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud

image affiche les saisons jacques perrin jacques cluzaudCaractéristiques

  • Réalisateurs : Jacques Perrin et Jacques Cluzaud
  • Avec la voix de : Jacques Perrin
  • Distributeur : Pathé Distribution
  • Genre : Documentaire
  • Durée : 97 minutes
  • Sortie : 27 janvier 2016

Critique

Après avoir marqué de son empreinte la représentation du monde animal avec Le peuple migrateur (2001) ou Océans (2010), Jacques Perrin est de retour avec Jacques Cluzaud pour un film exceptionnel, Les Saisons, qui tient plus du conte naturel que du pur documentaire animalier. Pendant 1h37, les deux cinéastes nous immergent en plein coeur de la nature et nous font revivre, sur un mode poétique, 20 000 ans d’histoire, de la fin de la dernière ère glaciaire jusqu’à nos jours, sur le territoire européen. Le résultat est saisissant.

Il y a tout d’abord l’émerveillement de découvrir à l’écran 70 espèces animales différentes, avec une proximité rarement atteinte. Faisant appel à des techniques de tournage et un matériel audiovisuel exceptionnels, Les Saisons réussit à capter de superbes images de ces animaux en mouvement, nous plaçant au milieu de l’action, à leurs côtés, plutôt que de rester à distance comme cela est souvent l’usage dans les documentaires télévisés. Les deux réalisateurs obtiennent ainsi des images rares et nous font rapidement oublier le dispositif filmique.

Un conte naturel plus qu’un documentaire

image bisons film les saisons jacques perrin jacques cluzaudCe qui est aussi tout à fait captivant dans le film, c’est la manière dont cette histoire de l’évolution du monde sauvage nous est contée : de manière à la fois simple et originale, en privilégiant la poésie à une approche plus terre à terre. La voix-off de Jacques Perrin est ainsi très discrète, utilisée avec parcimonie. Surtout présente au début, un tout petit peu au milieu et, évidemment, à la fin du film, elle ne prend pas toute la place. Faisant le pari que les images sont plus éloquentes qu’un long discours, les réalisateurs s’abstiennent ainsi de tout commentaire ou explication scientifique, mais parviennent à rendre palpable l’évolution du monde sauvage au fil du temps, ne serait-ce que par la présence de quelques plans d’une simplicité confondante, qui permettent au spectateur de savoir où il se situe. Pour ceux qui voudraient en apprendre davantage sur la fin de l’ère glaciaire, l’apparition des forêts et l’évolution du monde sauvage, les éditions Actes Sud ont publié en novembre dernier un beau livre qui vient prolonger le film et apporter un regard scientifique et biologique sur ces sujets passionnants. Le département Jeunesse, Actes Sud junior, propose quant à lui trois livres autour du film, dont un très beau Contes des Saisons, afin de faire découvrir aux plus jeunes, sous forme d’histoires, l’évolution du monde de la faune et de la flore.

Le film Les Saisons, lui, se présente comme un conte naturel d’une beauté à couper le souffle, pédagogique sans jamais être pompeux. Nous passons ainsi de la naissance d’un faon à une course-poursuite entre un lynx et une biche, en passant par la triste fin d’un hérisson aux prises avec une chouette et le festin des loups. Bien que le film ait été tourné dans pas moins de 75 lieux différents, il y a une vraie fluidité dans les images que nous voyons, la forêt européenne apparaissant comme un immense territoire que nous explorons en compagnie de ces animaux de tous poils. On ne peut que saluer, outre la beauté des images, la maestria du montage, qui n’a pas dû être une mince affaire pour ce film dont le tournage s’est déroulé sur deux ans.

image loups film les saisons jacques perrin jacques cluzaudIl nous faut également parler de la musique de Bruno Coulais, qui oriente là encore le film du côté du conte, avec des choeurs d’enfants et une ambiance qui ne sont pas sans rappeler, par moments, la très belle bande originale qu’il avait composée pour le film d’animation d’Henry Selick, Coraline. Jouant avec les sons de différents instruments (cloches, marimbas, harpes…) afin qu’ils se mêlent à ceux de la forêt, le compositeur signe un score de toute beauté, qui participe activement à notre immersion dans l’univers du film.

Film à l’atmosphère magique, ni vraiment documentaire au sens strict du terme, ni fiction, Les Saisons nous emporte dès les premières images et ne nous lâche plus, si bien que nous ne voyons pas le temps passer. Surtout, Jacques Perrin et Jacques Cluzaud, qui s’adressent aussi bien aux enfants qu’aux adultes, nous rappellent l’importance du lien qui nous unit à cette nature que nous avons voulu transformer à outrance, mettant de plus en plus en danger un équilibre précaire, au sein d’une équation dont nous faisons partie et qui aura des conséquences sur l’homme, en plus de causer l’extinction de nombreuses espèces animales. Si le constat du film, teinté d’humanisme, pourra en faire sourire certains, il n’en demeure pas moins juste. Les Saisons, plutôt que de jouer sur la culpabilisation et un ton moralisateur, s’achève au contraire sur une note d’espoir et encourage à la « réconciliation » avec cette nature qui ne cesse de nous émerveiller, si nous prenons seulement le temps de la regarder.

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.
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