[Analyse 3/4] Buffy contre les vampires : « It’s about power »

image sarah michelle gellar buffy the vampire slayer
Dans la saison 7, Buffy (ici dans l’épisode « L’aube du dernier jour », 7.10) évolue lentement vers une figure d’autorité au sein du groupe, l’isolant et créant des tensions dans l’épisode 19.

BUFFY : J’aimerais que ça puisse être une démocratie. Je le souhaite vraiment. Ce serait plus juste, pas de doute. Mais les démocraties ne gagnent pas de bataille. C’est une vérité difficile à entendre, mais il faut qu’il y ait une voix unique. Vous avez besoin de quelqu’un pour vous donner des ordres et qui soit parfois dur avec vous et qui ne prenne pas vos sentiments en compte. Vous avez besoin de quelqu’un pour vous diriger.

— « La Fronde » (« Empty Places »), saison 7, épisode 19

Ce monologue de Buffy dans la saison 7 de la série a fait couler beaucoup d’encre : l’héroïne s’y oppose à ses amis, qu’elle cherche à convaincre de mener une attaque-surprise contre la Force (The First dans la V.O.) sur la seule base de son intuition, avec une autorité déplaisante, conduisant ces derniers à l’exclure du groupe suite à un vote. Cependant, cela les mènera droit à la catastrophe puisqu’ils tomberont dans un piège qui coûtera un oeil à Alex et poussera Buffy à venir à leur secours, après quoi celle-ci retrouve sa place de leader. Ce traitement du personnage, et ce retournement de situation, qui peut être interprété comme le signe que la Tueuse a eu raison de se comporter ainsi, ont divisé le public, et donné lieu à certaines analyses jugeant que Buffy a fini par devenir comme les figures d’autorité appartenant à l’ordre patriarcal qu’elle a maintes fois défié. En témoigne l’extrait de ce récent article de blog :

En vérité, si Buffy peut échapper aux ordres intransigeants du conseil qu’elle avait critiqué dans les premières saisons, c’est en devenant comme eux. La série nous présente au début une jeune fille très puissante mais qui n’est que l’objet d’un conseil d’observateurs qui dirigent tout, puis qui devient une figure autoritaire envers des personnes qui sont aussi très puissantes mais qui ont besoin d’un.e dirigeant.e. Les femmes, plutôt que d’être des figures fortes par elles-mêmes, utilisant leur force selon leur jugement, sont donc contenues et canalisées à travers des ordres; et même si à la fin Buffy se trouve en haut de la pyramide, ça reste une manière de représenter le pouvoir féminin tout à fait problématique. De plus, le fait que Buffy finisse en cheffe du fait de sa nature de tueuse revient pour moi à naturaliser et donc à justifier le principe de la hiérarchie.

— Extrait de l’article « Une relative inversion genrée des pouvoirs » de Douffie Schprizel sur le blog Le cinéma est politique, publié le 12/03/2015

Une interprétation très partielle et subjective, qui laisse complètement de côté ce qui s’est déroulé avant ce fameux monologue de Buffy, du point de vue de l’évolution du personnage vis-à-vis de ses amis et du groupe en général, mais aussi dans le reste de la saison, et encore plus lors du final, lorsque, après une prise de conscience, elle prononce LE monologue qui cristallise la problématique du show et dans lequel elle décide de partager son pouvoir avec l’ensemble des Potentielles, chose qui ne sera par ailleurs rendue possible que par l’entremise de Willow, la seule qui ait la capacité de faire appel à une magie aussi puissante sans se laisser brûler par elle et s’en verra d’ailleurs transcendée, à l’inverse de son évolution maléfique lors de la seconde moitié de la saison 6. Ce partage du pouvoir de l’Elue, qui était aussi appelée « The Chosen One » dans la V.O. est crucial dans le message délivré puisque, si Buffy a bien été « appelée », elle n’est plus à la fin de la série la Seule, l’Unique ; ou plutôt encore moins que précédemment puisque depuis la saison 2, il y avait déjà deux Tueuses de vampires en activité, la brève mort de la jeune fille ayant entraîné l’activation d’une seconde Élue. Tout le poids du monde ne pesant plus sur ses seules épaules, une perspective d’avenir s’ouvre enfin à elle à l’issue du final de la série.

Une figure d’autorité interrogée et parfois mise à mal

image illustration george jeanty i want you to be strong buffy contre les vampires comics saison 8 volume 1
Illustration de couverture par George Jeanty du dernier fascicule de la saison 8 de « Buffy » en format comics.

Et si, dans la saison 8 proposée en comics, Buffy reste à la tête des troupes, soudain devenues une véritable armée, cette légitimité hiérarchique n’est jamais aussi fermement établie que ce que l’on pourrait croire et Whedon (qui assure le scénario) d’utiliser Giles, qui s’était autrefois opposé au Conseil des Observateurs, de manière fort ambiguë : en devenant une armée, donc, de fait, un pouvoir alternatif capable de tenir tête à l’armée américaine plutôt qu’un « petit groupe anarchiste » tel que le qualifiait l’un des responsables de l’Initiative dans la saison 4, l’organisation même de « Buffy et sa bande », leur fonctionnement, sont interrogés par l’auteur de la série. Les Tueuses novices recrutées par Giles pour servir de doublure à Buffy et donc d’appât répondent à un « appel », mais celui-ci n’est pas divin : elles servent de chair à canon, de même que tout soldat partant combattre au front, d’où une illustration très pertinente de cette histoire, où l’on voit Buffy pointer son doigt sur une affiche portant l’inscription « I want you to be strong » tandis qu’une jeune Tueuse effrayée se tient devant le mur sur lequel est collée celle-ci.

En acquérant officiellement le statut de chef, plutôt que d’être simplement une super-héroïne entourée de ses amis pour combattre les Forces du Mal, c’est la figure même de Buffy qui est bousculée, quitte à être parfois mise à mal, ce vers quoi convergeait clairement la saison 7, qui prend sciemment le spectateur à rebrousse-poil afin de nous rendre par moments antipathique cette héroïne à laquelle nous nous sommes identifiés durant des années. On ne s’attardera pas trop sur le parallèle entre cette évolution et la situation sur le plateau, où Sarah Michelle Gellar, à l’époque réputée pour sa distance à l’égard d’une partie de ses collègues, se retrouva d’autant plus isolée lorsqu’elle annonça sans ambages dans une interview la fin de la série alors que le reste de l’équipe n’était supposément pas au courant (ce que Whedon a depuis contesté) pour nous intéresser à ce que cela révèle dans la problématique de la série.

Buffy : modèle féministe ou « just a girl » ?

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« Mais… tu n’es qu’une fille ». « C’est ce que je n’arrête pas de dire ». Cet échange entre un jeune homme sauvé par Buffy et l’héroïne apparaît au début du dernier épisode de la saison 5, « L’apocalypse » (« The Gift », 5.22), le centième de la série, rappelant au spectateur le concept même de l’oeuvre de Joss Whedon.

A ce moment du tournage, Joss Whedon comme les acteurs savaient donc que cette saison 7 serait la dernière de la série et cette évolution nous prépare aussi à ça : Buffy approche de la fin, ce qui ne signifie pas pour autant la fin de l’histoire, puisque celle-ci, ouverte, s’est prolongée sur un autre support. Cependant, le showrunner nous prépare de plus en plus à ce final, dont le passage de relais avec les Potentielles comporte une dimension meta 100% assumée : le personnage de Buffy a été érigé en modèle durant des années — bien que son créateur se soit attelé, de manière juste et très à propos, à nous rappeler qu’elle est au final une personne humaine, « just a girl », dans la saison 6, où elle s’enfonce dans la dépression — mais il y a toujours un problème de fond à se voir placé sur un piédestal, y compris dans le cadre d’une oeuvre de fiction, lorsque l’on prétend vouloir prôner l’émancipation. Whedon, élevé par une enseignante féministe, qui a été et reste son principal modèle en la matière, en a parfaitement conscience et semble renvoyer au public cette question : qu’est-ce qu’être un modèle ? Etre exemplaire ? Buffy ne l’est pas et, honnêtement, qui l’est ?

Lors de la saison 6, de nombreux spectateurs n’ont pas compris cette volonté et l’ont très mal pris, s’offusquant de la tournure très noire des événements et de la relation Buffy-Spike, placée sous un jour sado-maso autodestructeur, marquée par un sentiment de honte et de culpabilité écrasant. Au début de la saison 7, le créateur semble avoir écouté le public en revenant à un ton plus léger, ainsi qu’aux « bases » de la série, cependant, rusé, il prépare cette évolution que certains n’ont pas manqué de voir comme une ultime atteinte à leur icône, de la même manière, finalement, que de nombreux fans de la série Twin Peaks avaient violemment réagi à la vision noire, réaliste et viscérale du supplice de Laura Palmer dans le prequel Fire Walk With Me, sorti en 1992, alors que celui-ci avait été suggéré mais jamais montré sur le petit écran.

Pourtant, descendre, ne serait-ce que brièvement, l’icône du piédestal ne revient pas, de la part de Whedon, à brûler ou mépriser le phénomène qu’il a engendré, pas plus que  David Lynch ne profane son oeuvre culte en montrant l’autre versant de l’histoire qu’il a imaginée avec Mark Frost, c’est-à-dire l’horreur, pour ne pas dire la pourriture sur laquelle elle est basée pour ainsi dire, et qui ne saurait être ensevelie sous les litres de café et les montagnes de cherry pies. Dans le cas de Buffy, il s’agit d’une démarche salutaire, qui est à rapprocher de celle de Norman Spinrad vis-à-vis du personnage de Pater Pan dans son roman L’Enfant de la Fortune, parabole psychédélique réinterprétant à sa manière la révolution sexuelle de la fin des années 60 aux États-Unis pour mieux la déconstruire.

Descendre l’héroïne de son piédestal et affranchir les spectateurs

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Buffy et Willow dans la saison 8 de la série en format comics. illustration de Jo Chen.

Dans l’histoire imaginée par cet auteur culte de la SF underground, une bande de joyeux enfants de la bohème se réunit autour de la figure de Pater Pan, dont on nous dit qu’elle est à l’origine de celle du Peter Pan de James L. Barrie. Pater Pan n’est pas seulement un vilain garnement qui refuse de grandir (et qui serait aussi sexué que le Pan de Barrie est asexué), il est une essence, celle d’une quête d’absolu et de liberté totale, qui n’a pas de fin et dans laquelle se sont retrouvés ces millions de jeunes hippies, qui étaient eux aussi à la recherche d’autre chose, d’une alternative à ce que la société avait à leur proposer. Cependant, cette volonté initiale de liberté, prônée à grands coups de slogans tels que « Il est interdit d’interdire » ou « Élections, piège à cons », a rapidement muté, et de nombreux jeunes en perte de repères se sont retranchés dans des communautés répondant à une organisation hiérarchique. Eux qui prétendaient ne pas avoir besoin de chef, ne pas en vouloir, cherchaient une « révélation », mais, craignant de ne pas la trouver en eux, ont alors cherché des figures d’autorité à même de les galvaniser. Dans le cas de la « Famille » Manson, cela a eu des conséquences dramatiques, bien que la plupart des communautés n’avaient bien sûr rien de criminel.

Toujours est-il que le bel idéal utopiste de Mai 68 et de l’Été 67 s’est assez vite étiolé, et que nombreux sont ceux qui se sont égarés sur des chemins de traverse en voulant rejoindre et suivre « la route de briques jaunes », que cela soit dans des paradis artificiels ou autre. Furieux de voir tous ses « enfants » auxquels il n’a cessé de dire qu’ils étaient leur propre maître le considérer comme leur chef et une quasi-divinité, flattant ainsi son propre ego de gamin narcissique (comme n’importe quelle rock star ?), Pater Pan décide donc de partir en abandonnant ses troupes, dépité qu’ils se soient placés dans une telle position de dépendance. L’héroïne le retrouvera à la fin, las et fatigué par sa quête sans fin, approchant dangereusement de la mort après être tombé de manière ô combien ordinaire dans les drogues dures, comme beaucoup de stars ou d’intellectuels de l’époque. Quelque chose s’est brisé, le « dieu » est descendu de son piédestal, mais son esprit, son essence demeure, ainsi qu’un profond sentiment d’espoir, qui libérera, en un sens, l’héroïne.

Pour en revenir à Buffy, il faut bien comprendre que descendre l’héroïne de son piédestal est nécessaire pour aboutir à cette fin positive et engagée, véritable message d’empowerment. Car, il ne saurait être question d’ « empowerment » — expression sans équivalent en français qui ne désigne pas tellement le fait d’être « fort » que celui de trouver la force qui nous est propre en nous-mêmes, afin de nous propulser en avant — si les spectateurs restaient sur l’idée que Buffy est un pur modèle féminin : tout aussi forte, courageuse et complexe soit-elle en tant que personnage de série télé, l’intention de Joss Whedon n’a jamais été de donner des leçons ou d’indiquer la « marche à suivre » pour s’accomplir et s’émanciper. C’est à chacun de nous, homme ou femme, de le faire, selon nos propres termes. La saison 7 de Buffy est donc une manière pour le créateur d’affranchir progressivement les spectateurs de son héroïne, de sorte que la portée et l’impact du message final de la série soit d’autant plus fort.

Pas assez féministe Buffy ?

image sarah michelle gellar buffy contre les vampires saison 7 épisode 19 la fronde empty places
Buffy, seule et amère après son éviction (temporaire) du groupe dans l’épisode « La Fronde » (« Empty Places », 7.19).

On peut imaginer que Whedon a été dépassé par les réactions à sa série et son impact durable, ce que suggère d’ailleurs la biographie que lui a consacré Amy Pascale, où elle relate par exemple la stupéfaction du scénariste lorsque son mentor et ancienne prof de cinéma Jeanine Basinger lui avait fait prendre conscience de la portée de son oeuvre sur un public bien plus large que ce qu’il aurait pu espérer. Et, s’il s’est bien sûr réjoui de voir que beaucoup se sont reconnus dans la série et ce qu’elle véhiculait, il a également été confronté, comme nous avons pu le voir, à certaines réactions épidermiques de féministes (hommes ou femmes) n’hésitant pas à l’attaquer à chaque fois que Buffy ou Willow se comportaient d’une manière différant d’une façon ou d’une autre avec le modèle qu’elles étaient censées incarner pour la seule raison que le scénariste avait été érigé du jour au lendemain en étendard du féminisme, en même temps que son héroïne. Ce qui l’a, par la même occasion, exposé à la vigilance accrue de certaines personnes, jaugeant à chaque nouvel épisode si Buffy se déroulait de manière « réellement » féministe, ou l’était suffisamment…

Mais Buffy n’a jamais été Mickey Mouse, et, si la série de Whedon a parfois essuyé des reproches pas si éloignés de ceux adressés à Walt Disney à chaque fois que sa petite souris se comportait de manière « répréhensible », ce qui l’a conduit à rendre son héros de plus en plus consensuel, jusqu’à en faire l’Américain moyen par excellence (lire à ce sujet La face cachée de Mickey Mouse de Clément Safra), elle n’a jamais été érigée en symbole de l’Amérique et a toujours eu un public plus limité, sur un réseau câblé qui plus est, permettant à son créateur de rester relativement libre. Malgré tout, on ne peut s’empêcher de penser que le showrunner, en dépit de la distance qu’il a toujours affecté de prendre vis-à-vis de ces « polémiques » ressemblant davantage à des feux de paille, n’en a sans doute pas moins été titillé par ces réactions révélant en creux une demande, un besoin de retrouver, épisode après épisode, un personnage fort et infaillible qui montrerait la voie, pas uniquement au cinéma et à la télévision, mais à des millions de personnes tout à fait réelles, qui trouvent dans la série un réconfort, une source d’inspiration.

Aussi saugrenues ces réactions fussent-elles en apparence, elles n’en témoignent pas moins, à leur manière, d’un attachement profond à la série et ses personnages puisque certains des internautes prenant le clavier pour tacler les scénaristes sur tel ou tel choix estiment que ces derniers ont parfois « trahi » ces êtres de fiction, voire l’essence même de l’oeuvre, que Whedon a pourtant portée en lui bien des années avant qu’elle ne voit le jour dans sa première incarnation au cinéma, en 1992. On imagine alors le vertige de l’auteur prenant conscience que le monde qu’il a créé a pris son indépendance bien au-delà de ses attentes.

Buffy : récit initiatique et empowerment

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Le prémice d’un sourire, interrompu par le noir du générique : la fin de « Buffy » est une ouverture, où l’héroïne, à l’issue de son cheminement, peut enfin faire face à l’avenir. Un pur récit initiatique.

« Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités », disait l’oncle de Peter Parker, alias Spider Man, à ce dernier, dans le comics Marvel et son adaptation sur grand écran par Sam Raimi — réplique d’ailleurs reprise en clin d’oeil dans la première saison de Buffy. Buffy, en tant que personnage, a été confrontée à cette responsabilité à travers les nombreuses intrigues de la série, mais Joss Whedon, en tant que créateur et showrunner, y a été confronté de manière évidente. Et, avec cette ultime saison, alors que le monde entier est pendu à ses lèvres et se demande comment vont s’achever les aventures de la Tueuse et ses amis, il décide que lui, pas plus que son héroïne, ne désignera une voie toute tracée à travers un discours qui serait celui d’une Élue à ses fidèles, et qui aurait pour but de « révéler » un quelconque secret renfermant une clé universelle même s’il y aura bien, nous allons y arriver, un discours fédérateur et inspirant.

Buffy n’est pas le messie, et si elle s’est comportée en chef, la victoire contre La Force à l’issue du dernier épisode est une victoire collective, qui n’a rien de définitif : la Bouche de l’Enfer de Sunnydale est tombée, mais le Mal est toujours là et continue de rôder. Cependant, ayant partagé son pouvoir et n’étant plus seule détentrice, avec Faith, d’un statut exceptionnel, la dynamique entière s’en trouve changée, et elle avec. C’est le propre des récits initiatiques après tout, ce qu’est Buffy d’un bout à l’autre : l’histoire d’une adolescente « ordinaire » s’étant découvert des capacités extraordinaires, et dont les épreuves l’élèvent jusqu’à ce que, devenue jeune adulte, l’avenir s’ouvre enfin devant elle, l’autorisant à aborder la vie sous un autre jour que celui de la simple survie. Une histoire universelle, racontée de manière personnelle par un conteur hors pair et des scénaristes brillants, et qui a ouvert la voie à plus d’un titre à une place plus dynamique des femmes au sein de la pop culture, et qui a contribué à donner une nouvelle impulsion à un féminisme qui demeure, à l’heure actuelle, en pleine redéfinition, marqué par de nombreux remous et courants contradictoires qui étaient déjà sous-jacents il y a 20 ans de cela.

Mais Buffy contre les vampires, c’est aussi une oeuvre interrogeant la manière dont un jeune adulte prend place dans le monde, avec toutes les implications, intimes comme politiques, que cela suppose. Au fond, Buffy nous encourage, sans volonté moralisatrice (ce qui ne signifie pas que la morale et l’éthique ne soient pas interrogés, bien au contraire), à nous montrer responsables, pas uniquement vis-à-vis des autres, mais en premier lieu vis-à-vis de nous-mêmes. Le pouvoir est quelque chose qui se conquiert, mais l’empowerment ne consiste pas à dominer l’autre, que ce soit par la force ou l’idéologie : il s’agit bien au contraire de trouver en soi le moteur d’avancer et de surmonter les obstacles se dressant sur notre chemin, tout en sachant que nous serons, à plus d’un égard, notre plus redoutable ennemi. Ceux qui se laissent enivrer par le pouvoir et en abusent sont ceux qui possèdent les plus grandes failles, mais ceux qui parviennent à surmonter le gouffre pour effectuer le « saut de la foi », comme Indiana Jones à la fin de La dernière croisade, pourrons en faire un usage raisonné, s’en céder à ses sirènes.

C’est ce à quoi est confrontée Buffy tout au long de la saison, mais aussi lors du dernier épisode, lorsque La Force prend son apparence pour lui faire face, peu de temps avant le grand affrontement, la finale des finales, où notre héroïne sera confrontée au dernier obstacle se tenant entre le héros des récits mythiques et sa destinée : assimiler sa part d’Ombre ou être engloutie par elle. Rendez-vous donc pour la dernière partie de notre dossier…

Lire la partie 1/4 : Buffy contre les vampires ou l’étoffe des mythes

Lire la partie 2/4 : Buffy contre les vampires : Aux origines du pouvoir de la Tueuse

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.
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