[Test – Playstation 4] Has-Been Heroes : un roguelike hyper exigeant

image has-been heroesCaractéristiques

  • Test effectué sur : Playstation 4
  • Existe aussi sur : Nintendo Switch, PC, Xbox One
  • Genre : Puzzle, Plateforme
  • Éditeur : Gametrust
  • Développeur : Frozenbyte
  • Sortie : 4 avril 2017

Test

C’est un grand plaisir que de retrouver Fronzenbyte, le studio de développement finlandais derrière la trilogie Trine. Véritable surprise dans le monde de la Plateforme à tendance Aventure, cette licence aura contribué à redonner quelques couleurs à ce style de titre, tout en nous régalant d’un univers enchanteur et finement saugrenu. Avec Has-Been Heroes, les développeurs changent non seulement de situation mais aussi de genre, en abordant un dogme très prisé depuis quelques temps : le roguelike. On attendait Frozenbyte au tournant, car si les mécaniques liées à ce genre restent passionnantes, on espérait aussi que le studio apporte un petit vent de fraîcheur…

Histoire : 4/5

image frozenbyte has-been heroes

On quitte certes avec regret l’univers de Trine, mais on retrouve incontestablement ce qui a fait une grosse partie de la réussite de cette trilogie. Has-Been Heroes cultive une tonalité loufoque, tournant en dérision les archétypes des jeux placés dans un monde heroic-fantasy. Le soft nous présente des héros qui ont vu la gloire taper à leur porte, voilà quelques temps. De nombreuses années plus tard, la splendeur n’est plus aussi resplendissante, et ces courageux personnages coulent des jours heureux, loin du Mal et de ses dangers retors. Seulement, l’appel de l’aventure n’est jamais totalement oublié, et une quête va bientôt sortir les protagonistes de leur torpeur.

Une mission de la plus haute importance va les remettre en scelle : escorter les deux princesses du Royaume, Beatrix et Avaline… à l’école. C’est ainsi que deux des anciens braves, un guerrier encore râblé et un magicien pas tout à fait sénile, accompagnés d’une voleuse bien plus jeune, vont se lancer dans une aventure beaucoup plus mouvementée qu’il n’y paraît de prime abord. Avec son scénario certes léger mais pas sous-traité, Has-Been Heroes arrive à nous séduire sans peine. Jamais trop prégnante, la narration passe par de petite cinématiques, voir des dialogues toujours clairs et concis. Ainsi, on assiste à un récit entraînant, sans prise de tête mais bien maîtrisé, et localisé en français de surcroît.

Gameplay : 3/5

image frozenbyte has-been heroes

On vit une époque formidable pour les joueurs. En effet, les amateurs de jeux aisés ont de quoi se satisfaire, mais aussi les amateurs d’une difficulté plus corsée. Has-Been Heroes se place sans mal dans cette deuxième catégorie, en proposant un mélange de stratégie en temps réel et de RPG, le tout sous un dogme Roguelike et au tour par tour. Une recette qui créée de suite une certaine appréhension : n’est-ce pas trop revêche, et ce même pour un gamer en recherche de concepts poussés ? La réponse peut se faire en deux temps : dans les premiers temps de la prise en mains, et par la suite. Car Has-Been Heroes est sans aucun doute l’un des jeux les moins facile d’accès qu’on ait joué depuis un bon moment. Il va falloir échouer pour comprendre, et parfois même saisir des éléments sans aucune aide. On pense surtout au concept des âmes : en tuant des ennemis vous en accumulerez et pourrez les mettre à l’abri dans un conteneur à chacune de vos nombreuses morts. Ceci n’est jamais expliqué, et il faudra capter par vous même les tenants et les aboutissants de cette mécanique…

Dans Has-Been Heroes, les trois personnages figurent sur autant de lignes, et avancent tant que le joueur n’a pas mis en pause afin d’élaborer une stratégie. En face, les ennemis, eux aussi positionnés sur les lignes, se rapprochent de plus en plus. Le but, vous l’aurez compris, est que les adversaires n’atteignent jamais les personnages, auquel cas les dégâts seront considérables. Pour repousser les hideux, il faut les attaquer, ce qui les envoie paître un peu plus loin, du moins s’ils ne meurent pas sous les coups. Chaque ligne est attribuée à un bouton, donc chaque personnage est sélectionnable par ce biais, par exemple appuyer sur Triangle nous fait opter pour le guerrier, et si son attaque est chargée il peut lancer un assaut avec Croix. Plutôt simple en apparence, ce mécanisme nous perd en route à cause d’un tutoriel incomplet, qui oublie pas mal de détails qu’il faudra apprendre sur le tas. Et comme Has-Been Heroes est du genre à faire enrager un moine de Shaolin sous prozac, écrivons que ces premiers instants sont tout sauf réjouissants.

À force de se faire dérouiller, et en gagnant des réflexes avec le temps, comme l’observation des statistiques chez les ennemis, Has-Been Heroes gagne en profondeur, et on lui accorde un peu plus d’intérêt (et d’huile de coude). En effet, chacun de nos personnages est apte à donner un certain nombre de coups, et les adversaires ont une limite qui leur permet d’encaisser avant de réellement ressentir les attaques. Il va donc falloir la jouer fine, très fine même, en connaissant par cœur le trio qu’on dirige, mais aussi ses différents sorts. Si les commandes sont digérées au bout de quelques heures, on insiste sur le fait que l’apprentissage est une très rude épreuve, qui peut être décourageante par moments : on s’emmêle les pinceaux, on est très vite pris au dépourvu, et on ne compte plus les cas de découvertes sur le tas qu’on aurait préféré effectuer pendant une vraie phase d’apprentissage.

Has-Been Heroes est donc assez frustrant, mais ce n’est pas pour autant que le gameplay est mauvais. On apprécie beaucoup l’aspect Roguelike, qui fait que chaque carte traversée est une véritable découverte. D’ailleurs, on s’y frotte au fameux « hasard qui fait bien ou mal les choses », avec des magasins disposés au petit bonheur la chance, parfois sans grande logique. Mais on apprécie ce cheminement sur map, qui propose du choix dans un concept pourtant linéaire : il faut penser ses mouvements quand vient une intersection. Une fois bien assimilées, les règles permettent de jongler entre les personnages avec une certaine fluidité, même si la difficulté très corsée du soft nous ramène souvent sur Terre. On pense notamment aux boss, parfois ardus à en balancer la manette de rage (oui, ça sent le vécu). Has-Been Heroes est ce genre de jeu qui gagne en profondeur à chaque partie, mais qui ne se laissera pas savourer sans une grosse, très grosse dose de patience de la part du joueur…

Technique et ambiance sonore : 3/5

image jeu has-been heroes

Globalement, le design de Has-Been Heroes nous est apparu plutôt générique, mais bien calibré pour que l’on ressente tout de même une ambiance certaine. Typiquement rétro dans son character-design, on sent tout de même une volonté de proposer de la 2D propre et agréable à l’œil, sans aucun recours au trip pixel. c’est plutôt réussit, d’autant que le tout profite d’une fluidité à toute épreuve, et ce même quand l’écran propose beaucoup d’ennemis. On est un peu plus circonspect face à la somme d’informations parfois présentes à l’écran, ce qui contribue à donner au joueur un sentiment de légère oppression et de stress, mais là encore on s’y fait avec le temps.

La bande originale de Has-Been Heroes est traitée en interne par Frozenbyte et ses deux artistes Sauli Lehtinen et Jori Kemppi. Le résultat est excellent, même si l’on pourra peut-être regretter l’absence d’un thème assez fédérateur pour être siffloté sous la douche. Mais tout de même, les compositions sont à l’image de l’univers construit par le studio : fines, drôles, et attachantes. Notons le bon résultat obtenu sur les quelques voix présentes, notamment pendant l’introduction, entièrement doublée en français.

Durée de vie : 4/5

image playstation has-been heroes

Si vous vous remontez les manches, et si vous ne lâchez pas l’affaire à cause de ces premières heures très abruptes, Has-Been Heroes propose assez de contenu pour vous occuper bien des heures. En voir le bout sera déjà une grosse épreuve (bon courage !), et collecter tous les sorts, objets, ainsi que débloquer tous les personnages, sera une tâche qui vous tiendra en haleine pendant un important nombre d’heures. Pas de mode multijoueur au programme, mais cela ne manque pas du tout : le concept se doit d’être vécu en solo.

Note finale : 14/20

Has-Been Heroes fut un test bien difficile sur de nombreux points. Le jeu développé par Frozenbyte n’est pas qu’intraitable, il est carrément opaque sur certaines mécaniques, qu’il nous a fallu comprendre alors même que le soft ne nous donne aucun indice de compréhension. Soit, cela ne fait que renforcer l’envie d’en découdre chez les plus habitués à des concepts pas spécialement gamer-friendly, mais même en étant très ouvert sur ce genre d’épreuve on a ressenti quelques moments de découragements. Poussé par l’envie d’en savoir plus sur les intentions du studio de développement (mais aussi par l’orgueil, ne le cachons pas), on réussit tout de même à capter des éléments, et la digestion peut tout de même se lancer au bout de quelques heures, dévoilant un jeu à mécaniques certes très exigeantes mais loin d’être inintéressantes. Has-Been Heroes est un jeu cruel, brutal dans sa découverte, mais qui plaira certainement à un public averti de sa grande difficulté.

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato

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