[Critique] Conspiracy — Michael Apted

image affiche conspiracy michael apted filmCaractéristiques

  • Réalisateur : Michael Apted
  • Avec : Noomi Rapace, Orlando Bloom, Toni Collette, John Malkovich, Michael Douglas….
  • Distributeur : Paramount Pictures France
  • Genre : Thriller, Espionnage
  • Durée :  98 minutes
  • Sortie : 31 mai 2017

Critique

Peu présent au cinéma ces dernières années, malgré la réalisation d’un opus d’une saga fantastique à succès — Le monde de Narnia : L’odyssée du passeur d’aurore — et deux films plus « intimistes » assez bien accueillis en 2006 et 2012 — Chasing Mavericks et Amazing GraceMichael Apted (Gorilles dans la brume, Nell…) s’était davantage tourné vers la télévision, pour laquelle il a réalisé de nombreux épisodes de séries comme Rome ou, plus récemment, Masters of Sex. D’où notre curiosité à l’idée de découvrir ce Conspiracy, film de commande emmené par l’excellente Noomi Rapace (Millenium) et Orlando Bloom, ici dans un rôle de bad boy tatoué on ne peut plus éloigné de ses rôles d’angelot lisse dans Pirates des Caraïbes ou Le seigneur des anneaux.

Comme de nombreux thrillers américains des quinze dernières années, Conspiracy parle de terrorisme, mais aussi de complot. Un peu comme dans Homeland, Alice Racine est une jeune agent de la CIA surdouée, mais fragilisée par l’échec d’une mission ayant eu pour conséquence la mort de nombreux civils. Retirée du terrain, elle travaille toujours pour l’agence de renseignements américaine, en lien avec le MI5 britannique, utilisant sa couverture d’assistante sociale en Europe afin de repérer d’éventuels terroristes, comme des personnes en mesure d’infiltrer les réseaux. Sauf que, évidemment, cette semi-retraite loin du champ d’action ne va pas durer, puisque des agents ne tardent pas à la contacter afin de faire appel à ses talents, tout en lui laissant clairement comprendre que la situation ne lui laisse pas le choix. Ce qui n’aurait pu être qu’un thriller assez classique centré autour du démantèlement d’un réseau islamiste devient alors rapidement plus tortueux, lorsque l’héroïne réalise que les personnes qu’elle a suivies ne font partie ni de la CIA, ni du MI5, et semblent poursuivre des intérêts tout à fait indépendants. Traquée de toutes parts, soupçonnée d’être un agent double, elle trouvera un allié improbable en la personne de Jack Alcott, un ancien soldat traumatisé par la guerre, et qui avait justement choisi de cambrioler son appartement le soir où des équipes armées avaient été envoyées pour la capturer. Alice va devoir découvrir l’identité de la taupe qui l’a piégée, tout en déjouant un futur attentat…

Un film d’espionnage aux ficelles apparentes

image noomi rapace conspiracy
© Paramount Pictures

Malgré la brûlante actualité de son sujet — les attentats parisiens de 2015 sont même évoqués — Conspiracy est donc avant tout un film d’espionnage classique centré sur un complot paranoïaque où l’identité de la taupe est censée constituer le principal élément de suspense. Malheureusement, le spectateur habitué aux ficelles du genre sera en mesure de deviner l’identité de celle-ci au bout de tout juste 30 minutes de film et cela est d’autant plus gênant qu’il est clair que laisser filtrer un tel élément ne faisait partie ni des intentions du scénariste, ni de celles du réalisateur. Bien sûr, pour tenter d’éviter que le spectateur n’ait de trop gros doutes sur le personnage en question, le film ménage un rebondissement qui, là encore, ne suffira pas à détromper le cinéphile au regard aguerri, bien qu’il pourra sans doute fonctionner auprès d’une partie du grand public.

Le fait est que le script de Peter O’Brien — dont il s’agit du premier travail d’écriture pour le cinéma, après avoir signé le scénario du jeu vidéo Halo : Reach — reprend tous les grands archétypes, codes et poncifs du cinéma d’espionnage, et les utilise sans grande imagination, créant un sentiment de redite par rapport à d’autres métrages, y compris des oeuvres des années 2000-2010 reposant sur des rebondissements similaires. Cela créé un véritable sentiment de gêne, et nuit du coup à la crédibilité de l’héroïne, campée avec beaucoup de conviction par une Noomi Rapace tout à fait convaincante dans l’action, comme dans les scènes d’interrogatoires chargées de tension. Lorsque le dernier acte du film révèle l’identité des grands méchants, on ne peut plus trop fermer les yeux sur la naïveté d’Alice, qui jure avec son image d’agent surdouée, et apparaît presque comme un vieux cliché inconscient de scénariste, faisant d’un personnage féminin fort une femme dont la vulnérabilité la conduit à faire preuve d’une étonnante crédulité.

Noomi Rapace convaincante dans un film bâclé

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© Paramount Pictures

Au-delà de ça, si Toni Collette (xXx : Reactivated, United States of Tara) se montre convaincante dans le rôle d’une responsable de la division britannique du MI5 — son personnage aurait d’ailleurs mérité d’être davantage développé — John Malkovich se contente du strict minimum, de même que Michael Douglas (Ainsi va la vie), en pilote automatique dans l’inévitable rôle du mentor. Orlando Bloom, quant à lui, n’est pas mauvais et se montre crédible dans l’action. Le principal problème est surtout que son personnage ne l’est pas vraiment sur le papier, et que son développement d’un point de vue scénaristique est mal géré. A la réalisation, Michael Apted ne se montre pas spécialement inspiré et s’acquitte de sa tâche assez sagement. Cependant, on peut lui reconnaître une certaine habileté à insuffler de la tension aux scènes d’interrogatoire dans le premier tiers, qui sont sans conteste les meilleures. Il a également le mérite de ne pas se montrer artificiellement démonstratif dans les scènes d’action. Cela n’évite malheureusement pas au spectateur le sentiment de se trouver devant un téléfilm de luxe au casting cinq étoiles, à la fin convenue, bâclée au point de passer à côté du sujet du terrorisme, qui était supposé en être le centre.

C’est finalement cela le plus décevant : en tant que thriller paranoïaque s’inspirant des suspicions de complot émergeant après de nombreux attentats, Conspiracy échoue et était sans doute voué à l’échec de par cet angle précis pour le moins délicat. Amenant le sujet sans le prendre à bras le corps pour éviter toute glissade idéologique douteuse —peut-il y avoir un intérêt pour l’Occident à laisser un attentat se produire, voire à le provoquer, est en effet une question posée par le film —le thriller de Michael Apted préfère jouer sur la fausse agence de renseignements, pouvoir alternatif corrompu qu’il s’agira de confronter et d’envoyer ad patres (Alias es-tu là ?) et resserre rapidement sa problématique autour de cette recherche de la taupe, qui lasse d’autant plus vite qu’elle est involontairement transparente.

Quant au pourquoi, le réalisateur semble s’en ficher royalement, puisque la fameuse scène de révélation et confrontation tombe à l’eau, avec un discours du méchant sur ses intentions et ses raisons réalisée de telle sorte qu’on n’en a cure. La séquence finale réalise quant à elle l’exploit de boucler les derniers fils de l’intrigue tout en donnant le sentiment de se terminer de manière particulièrement abrupte, à tel point qu’on aurait presque le sentiment qu’Apted souhaitait se débarrasser au plus vite de cette commande de studio. Cela est d’autant plus dommage que Conspiracy reste malgré tout un film qui se laisse regarder, porté par une Noomi Rapace à l’interprétation toujours aussi affûtée et qui, dans cette veine classique du film d’espionnage grand public, aurait pu facilement être bien supérieur grâce à un scénario un peu mieux fignolé.

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.
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