article coup de coeur

[Critique] Cars 3 : Un retour gagnant inattendu

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : Brian Fee
  • Avec : les voix VF : Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Nicolas Duvauchelle, Alice Pol, Cécile de France, Samuel Le Bihan... Et les voix VO : Owen Wilson, Larry the Cable Guy, Armie Hammer, Cristela Alonzo, Bonnie Hunt, Bob Peterson...
  • Distributeur : The Walt Disney Company France
  • Genre : Animation, Aventure
  • Nationalité : Américaine
  • Durée : 1h42
  • Date de sortie : 2 août 2017

Alors que le petit nouveau des studios Pixar, Coco, fera son apparition en salles le 29 novembre prochain, Disney nous gratifie cet été du troisième opus de la saga Cars, adorée des bambins grâce au design rond et accrocheur de ses voitures parlantes, mais globalement mal-aimée des cinéphiles et des aficionados des films d’animation de la bande à John Lasseter.

Une saga mal-aimée des adultes

image course de voitures circuit jackson storm flash mcqueen cars 3 disney pixar
© The Walt Disney Company France

Il faut dire que le premier film, sorti en 2006, avait de quoi décontenancer : visuellement, les personnages paraissaient plus enfantins qu’à l’accoutumée mais, étrangement, le long-métrage, aux dialogues très référencés, ne semblait pas vraiment s’adresser aux enfants. Et, malheureusement, en privilégiant le cérébral à l’émotion au sein d’une histoire d’ascension et de réussite pourtant très simple et américaine, les studios d’animation avaient par la même occasion réussi à égarer les spectateurs adultes, dont beaucoup sont restés sur le bord de la route, malgré les qualités réelles de cette première mouture méritant une seconde vision.

Pourtant, coup de chance : les produits dérivés se sont arrachés comme des petits pains, poussant Disney à développer la licence et à proposer des dizaines (pour ne pas dire des centaines) de jouets Cars à l’effigie de Flash McQueen, Martin et leurs amis. C’est d’ailleurs un point d’étonnement constant pour les adultes que nous sommes : de 2 à 12 ans, pas un enfant n’ignore qui est Flash McQueen et, pour les plus jeunes, l’engouement est réel. Conséquence de tout ça, Cars 2 ( 2011) se concentrait sur le très enfantin Martin et son bégaiement, introduisant tout un tas de nouveaux personnages et multipliant les rebondissements farfelus au sein de ce qui s’est avéré comme un croisement inattendu entre film de voitures et film d’espionnage. Si cela a donné lieu à une nouvelle vague de merchandising, puis au spin-off Planes, le résultat n’a pas convaincu grand monde, et a même engendré des accusations de cynisme mercantile.

Le meilleur opus de la licence

image cruz ramirez flash mcqueen entraînement cars 3 disney Pixar
© The Walt Disney Company France

L’annonce de Cars 3 avait donc été accueillie avec une certaine méfiance, voire avec une certaine lassitude, d’autant plus que la sortie était programmée en plein milieu de l’été. Pourtant, si cette sortie s’accompagne bien d’une flopée de nouveaux jouets, contre toute attente, Brian Fee, qui s’était fait la main en tant qu’animateur, puis au département artistique, sur des suites de films Disney en DTV, avant de travailler sur Wall-E ou Ratatouille, réalise ici rien de moins que le meilleur opus de la saga. En revenant à une narration simple portée par des thèmes forts, en parfaite cohérence avec l’esprit du film originel, et en apportant un réalisme accru aux scènes de course —particulièrement impressionnantes — sans pour autant négliger l’humour, Cars 3 parvient à séduire aussi bien les enfants que les adultes, et replace l’émotion en son centre. C’est bien simple : si Cars se laissait apprécier par ses qualités intrinsèques, l’histoire en elle-même n’avait pas suscité chez nous de véritable émoi, et semblait même assez laborieuse par moments.

image centre d'entraînement flash mcqueen cars 3 disney pixar
© The Walt Disney Company France

Sans innover, ni susciter les mêmes réactions que les chefs d’oeuvres Monstres & Compagnie ou Là-Haut, Cars 3 fait émerger une véritable force en se concentrant sur ses personnages et leur parcours. L’intrigue en elle-même et sa structure sont classiques et reconnaissables, en cela qu’elles illustrent parfaitement la pensée américaine et reproduisent l’indétrônable schéma ascension-succès-chute-retour gagnant. L’Amérique aime les individus partis de rien qui se sont construits à force de persévérance, et qui n’abandonnent jamais, même lorsque le succès semble être derrière eux. Rester optimiste et intègre, toujours aller de l’avant, telles sont les valeurs de l’American way of life qui se trouvent au coeur de Cars et que le troisième film replace sur le devant de la scène. Des valeurs positives, et cohérentes pour un film de voitures, où la dimension road-trip est importante. La métaphore est claire comme de l’eau de roche (« continuer de rouler quoi qu’il arrive » pour dire « continuer à avancer, à tracer son chemin »), mais efficace, et traitée ici avec une absence de cynisme rafraîchissante après les égarements de la deuxième mouture.

Et puis, bien sûr, Cars 3 prend en compte que 11 ans ont passé depuis le premier film et qu’une décennie, dans le secteur automobile, c’est une éternité. Les voitures de 2017 ne sont plus celles de 2006, et les scénaristes ont intégré la différence entre ces super-voitures boostées par des logiciels surpuissants et les engins « old-school » représentés par Flash McQueen et ses amis. Le héros à la carrosserie rouge est devenu un vieux de la vieille et se sent quelque peu dépassé par tous ces jeunes poulains arrogants, mais il ne veut pas renoncer à la course pour autant. Affecté par la disparition de son mentor Doc, il se retrouve avec une jeune coach aussi agaçante et maladroite que surmotivée sur les bras, Cruz Ramirez, et est confronté à l’idée de devoir se conformer à un nouveau modèle qui ne lui correspond pas ou bien de renoncer. Il y aura donc des doutes, des conflits, des victoires, des désillusions et, in fine, un inévitable passage de relais, qui permettra au héros de trouver un nouveau sens à sa vie sans ressentir son âge et son nouveau statut comme une défaite.

Simplicité, humour et émotion : back to the basics

image course chemin boueux flash mcqueen cars 3 disney pixar
© The Walt Disney Company France

Autant de thèmes que le film de Brian Fee traite avec à propos, sans chercher à paraître plus compliqué que ce qu’il n’est. Cette approche se révèle judicieuse, puisque Cars 3 étonne et émeut alors véritablement. Alors que nous pensions avoir fait le tour de cet univers, ce dernier (?) tour de piste permet de réévaluer la franchise, de faire le lien entre l’exigence Pixar et ce sentiment d’émerveillement naïf et enfantin qui sont la marque des meilleurs films d’animation du studio. Les adultes apprécieront ainsi l’auto-dérision dont fait preuve le film de Brian Fee lorsque le nouveau sponsor de Flash McQueen lui présente les innombrables produits de merchandising dont il espère inonder le marché en cas de défaite du champion, tout en riant des références bien trouvées aux options high tech des nouveaux bolides. A côté de ça, parents et enfants se retrouveront lors des spectaculaires scènes d’action — mention spéciale à la rocambolesque course du Chemin Boueux et ses losers magnifiques — et des passages plus intimistes, où l’évolution des personnages fait naître l’émotion. On l’a déjà mentionné, mais, au risque de nous répéter : Pixar a également fait un travail formidable du côté du réalisme de ces scènes, mais aussi des décors et du rendu des personnages. Lors des courses en circuit, notamment, le décor semble presque avoir été filmé en live, tandis que la fluidité de l’animation ou les reflets de carrosserie forcent le respect et renforcent le sentiment d’immersion.

Alors que l’on n’en attendait pas grand chose, Cars 3 crée donc la surprise en réalisant enfin tout le potentiel contenu dans la saga animée, qui restait un peu la bête noire des amoureux de Pixar, malgré l’engouement des enfants pour ces voitures parlantes aux formes toutes rondes. A partir d’une intrigue simple, classique et efficace, le film mêle action et humour et parvient à faire naître (enfin !) l’émotion en s’attachant au parcours d’un Flash McQueen vieillissant, de nouveau à la recherche de sa place, d’un rôle à jouer dans un monde évoluant à toute vitesse autour de lui. La petite nouvelle de la bande, la sautillante Ramirez Cruz, drôle mais (volontairement) un peu agaçante, aura elle aussi droit à son heure de gloire, et le rapport qui se tisse entre les deux, où la coach deviendra l’élève, contribue à rendre ce troisième film fort attachant. Si l’on ajoute à ça des scènes d’action spectaculaires, impressionnantes de réalisme, et un humour mieux géré que précédemment, avec des touches d’auto-dérision bienvenues, Cars 3 apparaît comme une vraie réussite, qui vient redorer le blason de la plus mal-aimée des franchises DisneyPixar.

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.
8/10