[Critique] Revenge : La revanche de la Lolita

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : Coralie Fargeat
  • Avec : Kevin Janssens, Matilda Anna Ingrid Lutz, Avant Strangel...
  • Distributeur : Rezo Films
  • Genre : Thriller
  • Nationalité : Français
  • Durée : 1h48
  • Date de sortie : 7 février 2018

Une lecture féministe du “Rape and Revenge”

Le “Rape and Revenge” (littéralement “Viol et Vengeance”) est un sous-genre particulier du film d’horreur, souvent considéré comme misogyne. La réalisatrice française Coralie Fargeat se l’approprie pour en faire un manifeste féministe contre la violence masculine, et un survival efficace, tout simplement, d’abord présenté au PIFFF 2017 et à Gérardmer en France, et désormais en salles. Nous suivons ainsi cette toute jeune femme à la sensualité assumée, que l’on devine être une actrice, et que son richissime amant amène dans son immense demeure en plein désert. Lorsque des collègues chasseurs de l’homme débarquent à l’improviste, les choses ne vont pas tarder à déraper. Laissée pour morte, la jeune femme va alors se relever pour éliminer ses poursuivants…

image ouverture revenge kevin janssens matilda anna ingrid lutz

La première moitié de Revenge, impressionnante avec son esthétique léchée et son montage pop qui ne sont pas sans rappeler, dans une certaine mesure, Grave de Julia Ducournau, joue avec les clichés et les attentes du spectateur, et livre une réflexion en creux sur l’objectification du corps féminin, souvent considéré comme un objet de consommation au même titre que les produits qu’il sert à promouvoir dans la publicité. Pourtant, ce côté pétillant, sensuel et coloré sont entièrement assumés par le personnage féminin, femme libre qui entend vivre comme elle veut sans pour autant se conformer aux desiratas de ces messieurs. Des hommes — ici des chasseurs d’élite — particulièrement violents, et pour lesquels son consentement va de soi, puisqu’elle n’est qu’une Lolita, une fille facile… Ainsi, Coralie Fargeat adopte une lecture féministe sans pour autant insinuer que la manière de se comporter et de s’habiller de son héroïne ne serait que le résultat d’une emprise masculine, comme cela est malheureusement parfois le cas.

Un survival aux qualités esthétiques certaines

image kevin janssens revenge film coralie fargeat

Lorsque intervient le retournement de situation attendu, le film bascule alors dans le pur survival, ne s’autorisant que quelques petits commentaires bien sentis sur l’objectification des femmes au sein de la société de consommation à travers des spots diffusés sur la télé du salon. Efficace bien que pas toujours crédible, Revenge dézingue alors tous azimuts, et met joliment en valeur ses paysages de désert américain lors de la course effrénée de son héroïne, très remontée. A ceux qui s’inquièteraient que le film prône la justice personnelle — le timing avec l’affaire Weinstein est bien entendu involontaire mais le parallèle s’impose —  il faut préciser que le personnage ne tue pas par pur désir de vengeance, mais avant tout pour assurer sa survie, puisque ses assaillants cherchent eux aussi à la retrouver pour l’éliminer lorsqu’ils constatent qu’elle n’est pas morte. La proie devient alors chasseur… De même, si les hommes du film sont des prédateurs, Revenge ne prétend pas que cela est le cas de tous les hommes.

Pour le reste, le long-métrage présente quelques imperfections (un jeu inégal des acteurs masculins, notamment), mais convainc par ses qualités plastiques et sa dimension viscérale, incarnée, qui fait que la violence n’est jamais gommée, quand bien même Coralie Fargeat joue parfois sur l’humour, notamment lorsqu’elle se moque des mésaventures du trio d’agresseurs. Lors de la traque finale, elle donne même une vision assez surprenante et brute de décoffrage de la nudité masculine, crue et frontale. Face à ces indéniables qualités et au charisme de Matilda Anna Ingrid Lutz, on pardonne alors les quelques incohérences de Revenge pour saluer l’abattage de l’ensemble.

6/10

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