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[Critique] Les Indestructibles 2 : Une leçon de cinéma signée Brad Bird

Caractéristiques

  • Titre original : Incredibles 2
  • Réalisateur(s) : Brad Bird
  • Avec : (les voix originales de) Craig T. Nelson, Holly Hunter, Sarah Vowell, Samuel L. Jackson, Brad Bird, Catherine Keener (avec les voix françaises de) Gérard Lanvin, Louane Emera, Amanda Lear...
  • Distributeur : The Walt Disney Company France
  • Genre : Animation, Action, Famille
  • Nationalité : Américain
  • Durée : 1h58
  • Date de sortie : 4 juillet 2018

La famille de super-héros est de retour pour de nouvelles aventures

Quatorze ans après la sortie du premier opus, Brad Bird est de retour avec Les Indestructibles 2, qui commencent exactement là où l’histoire s’était arrêtée. Un parti pris étonnant de prime abord, mais qui n’est aucunement gênant puisque les héros se trouvent plongés dans un univers rétro-futuriste qui a quelque chose d’assez intemporel. Cela permettait aussi au cinéaste et à l’équipe des studios Pixar de s’amuser avec Jack-Jack, le bébé de la famille, dont nous avions eu un aperçu des pouvoirs dans un petit court-métrage sorti en 2005, Jack-Jack Attack, et qui se retrouve ici souvent au centre de l’attention.

Bien évidemment, depuis 2004, le paysage cinématographique a changé et, alors que les films de super-héros étaient alors encore relativement discrets (il y avait surtout eu le X-Men de Bryan Singer et le Spiderman de Sam Raimi), ils sont aujourd’hui omniprésents, avec un rythme de sorties effréné. Dès lors, au milieu de cette saturation, surprendre et faire preuve d’originalité apparaissait comme un véritable défi. Disons-le franchement : nous étions à la fois impatients de découvrir cette suite, tout en redoutant que le charme de l’original ne se perde dans une succession de péripéties prévisibles.

Une suite réussie, misant sur la force de ses personnages

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© The Walt Disney Company France

Fort heureusement, il n’en est rien ! Après un premier quart d’heure somme toute sympathique, mais qui reste assez sage et prévisible, le film de Brad Bird décolle et ne cesse de prendre de l’ampleur jusqu’à son impressionnant final. Alors que l’on craignait que l’intrigue ne stagne, le cinéaste a l’intelligence de rester concentré sur l’évolution de chacun de ses personnages, qu’il parvient à rattacher à l’intrigue super-héroïque avec une aisance qui force le respect. C’est bien simple : aucun des membres de la famille Indestructible n’est laissé de côté ou placé en retrait (quoique l’évolution de Flash soit sans doute moins marquante), et chacun a droit à ses moments de bravoure, sans que cela n’empiète sur le fil conducteur ou ne casse le rythme. Cette gestion dynamique de multiples sous-intrigues fait la richesse de ces Indestructibles 2, qui parviennent à faire rire et divertir autant qu’à émouvoir.

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© The Walt Disney Company France

Côté humoristique, Jack-Jack et ses pouvoirs aussi variés qu’infinis suscitent l’enthousiasme. De ce côté-là, le bébé Indestructible a droit aux scènes les plus hilarantes du long-métrage, à commencer par un combat titanesque avec un raton-laveur voleur, mais aussi une visite chez la styliste Edna, qui lui concevra un costume sur-mesure. Le couple Bob-Helen fonctionne toujours aussi bien, avec une dynamique cette fois-ci inversée par rapport au premier film : Bob se retrouve à la maison avec les enfants tandis que son épouse reprend du service en tant qu’ElastiGirl pour rétablir la légitimité des super-héros. Si ce changement est somme toute assez prévisible, il fonctionne parfaitement : Mr. Indestructible se retrouve très vite dépassé par les tâches du quotidien à accomplir (ce qui donne lieu à des scènes là encore très drôles), tandis qu’Helen apparaît comme une héroïne d’action dans toute sa splendeur, aussi intelligente qu’agile et efficace.

Une réflexion intelligente sur l”influence des super-héros

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© The Walt Disney Company France

Et puis, il y a le fameux méchant, qui se fait appeler l’Hypnotiseur (dont nous tairons l’identité) et pirate les écrans comme bon lui semble pour prendre le contrôle des citoyens. Une idée qui rappelle l’intrigue de certaines vieilles bandes-dessinées Disney (comme Le double secret du fantôme noir par Romano Scarpa en 1953) et donne lieu à un traitement graphique de toute beauté, dans l’esprit du style très 60’s privilégié par Brad Bird. Surtout, cette intrigue est l’occasion pour le cinéaste d’apporter un second niveau de lecture à son oeuvre, lui permettant de s’interroger sur le rôle des écrans et l’idéalisation des super-héros de manière intelligente. Au-delà de la passivité induite par les écrans, l’Hypnotiseur dénonce également la passivité engendrée par l’adoration des super-héros, qui seraient là pour rassurer et consoler les spectateurs face à un monde violent et un avenir incertain sans pour autant les pousser à prendre en main leur destin, puisque le propre de ces figures est de sauver le commun des mortels. Face au désespoir ambiant, ils encourageraient ainsi à espérer une aide extérieure, un miracle, sans agir par soi-même.

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© The Walt Disney Company France

Il est intéressant que Brad Bird se saisisse du sujet au sein d’un film de super-héros, car ce débat (et celui de l’escapism en général) ne date pas d’hier. En effet, les super-héros de comics ont émergé aux États-Unis à deux périodes-clés du XXe siècle : la Dépression de 1929, et surtout la Seconde Guerre Mondiale. Des périodes particulièrement sombres et violentes, où ces héros naïfs apparaissaient alors comme un espoir, un rempart contre la barbarie. Et il n’est évidemment pas anodin qu’à notre ère marquée par le terrorisme, les super-héros en tous genres soient au sommet de leur popularité auprès du grand public à travers des blockbusters souvent légers privilégiant les débauches d’action, d’effets spéciaux et de punchlines bien senties mais finalement inoffensives. De là à dire que les gens préfèrent s’évader en rêvant plutôt que de prendre le taureau par les cornes pour changer les choses…

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© The Walt Disney Company France

Cependant, s’il est vrai que ces temps difficiles encouragent le public à se changer les idées, le même procès avait déjà été intenté au cinéma et à la littérature de genre (à commencer par la fantasy), accusés de tous les maux dès qu’ils ont commencé à gagner en popularité. Des accusations qui laissaient totalement de côté la force de suggestion de ces histoires, utilisant souvent la symbolique pour parler de thèmes forts on ne peut plus réels — ou tout simplement leur capacité à faire rêver, qui est quelque chose de positif : rêver après tout, c’est aussi croire en la possibilité d’un avenir, fût-il incertain. Dans Les Indestructibles 2, Brad Bird utilise l’Hypnotiseur pour interroger le public, mais fait suffisamment confiance en son intelligence pour ne pas lui donner de réponses toutes faites à ce sujet. Les deux films, extrêmement divertissants, parle après tout pour eux-mêmes : en confrontant cette famille de super-héros à leur dimension humaine de citoyens ordinaires, ils font ressortir la part d’extraordinaire cachée chez Monsieur et Madame Tout le Monde. Quelque chose d’assez simple dans le fond, mais toujours aussi efficace.

Un film d’action débridé qui coiffe aux poteaux les films Marvel

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© The Walt Disney Company France

Enfin, en termes d’action et d’aventures, Les Indestructibles 2 placent la barre très haut et dament allègrement le pion aux blockbusters gonflés à bloc que nous voyons depuis quelques années. Car, non content de proposer un enchaînement assez impressionnant de moments de bravoure (quasi-ininterrompu lors de la dernière demi-heure), Brad Bird fait de ces scènes d’action des moments de cinéma comme on en trouve désormais trop peu : intelligents, d’une maîtrise rare dans la réalisation, référencés sans tomber dans le simple jeu de clins d’oeil, et surtout ultra-jouissifs. Action, gags et suspense sont au rendez-vous, et la confrontation finale prend de plus en plus d’ampleur sans que jamais l’ensemble ne s’essouffle ou ne donne l’impression de céder à la surenchère. La mécanique à l’oeuvre est diablement bien rodée, et, comme dans Mission : Impossible – Protocole fantôme, Brad Bird joue avec espièglerie de sa dimension ludique.

Il y a du James Bond période 60’s dans ces Indestructibles 2, et, tandis que le final nous scotche à notre siège, la partition de Michael Giacchino, très inspirée, s’envole pour nous offrir un véritable feu d’artifice. Rarement on aura vu de telles scènes d’action au sein d’un film d’animation, qui plus est sur une durée de 2 heures ! Du coup, on pardonne aisément le fait que l’identité véritable du vilain ne soit qu’à moitié une surprise, tant la qualité de l’ensemble est élevée. Un blockbuster animé comme on aimerait en voir plus souvent, appelé à devenir une référence au sein du genre, et qui confirme le regain d’inspiration de Pixar après Coco.

8/10

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