[Test] Shenmue I & II : remaster ronronnant, mais jeux cultes

Caractéristiques

    • PlayStation 4
    • Xbox One
  • Développeur : Sega, d3t
  • Editeur : Sega
  • Date de sortie : 21 août 2018
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Shenmue, hits éternels

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Ryo Hazuki, le héros de la saga.

Shenmue, voilà une licence dont le simple titre peut faire surgir bien des souvenirs. Le prononcer, c’est se rappeler de la Sainte Dreamcast, console au potentiel incroyable, malheureusement non traduit par des ventes décevantes. C’est aussi l’occasion de se remémorer le nom de Yu Suzuki, qui a fait rayonné le constructeur japonais pendant des années, et dont le talent manque cruellement au secteur vidéoludique dans son ensemble. Enfin, c’est aussi tirer un triste constat concernant la frilosité de tous, tant l’immensité de l’univers, à l’époque, a pu faire fuir des joueurs encore trop engoncés dans un certain confort. La sortie de ce remaster, Shenmue I & II, tombe à point nommé, afin de remettre les pendules à l’heure, mais aussi pour rappeler à quel point les titres abordés sont d’une importance capitale.

Alors que le développement de Shenmue 3 est un peu mystérieux, la sortie de Shenmue I & II a le don d’éclairer quelques lanternes. Deux publics sont clairement visés par Sega : les fans absolus, qui tiennent enfin le moyen de jouer à leurs titres préférés sur consoles actuelles. Mais aussi les néophytes, lesquels éprouveront la joie d’enfin découvrir le pourquoi du comment d’un engouement si prononcé, provenant d’une partie des joueurs. L’éditeur a l’intelligence, pour prouver ce fait, de proposer les deux softs entièrement sous-titrés en français. Avec quelques petites coquilles, mais sans qu’elles ne dérangent. Un véritable luxe, que les vieux de la vieille ne peuvent que savourer, eux qui ont découvert cette licence, voilà presque vingt ans, en anglais intégral. Aussi, on a droit au doublage japonais d’origine, dans une compression un peu crade, mais on ne peut que se réjouir de cet élément. Qui se souvient des voix anglaises, aussi présentes pour qui veut se faire du mal, ne pourra que comprendre l’importance de cette bonne nouvelle.

Une histoire captivante

image shenmue
L’univers est toujours aussi passionnant.

Shenmue I & II reprend les deux jeux sortis sur Dreamcast, avec un esprit d’exactitude. On ne fait pas face à un Yakuza Kiwami, pour être plus précis. L’histoire reste inchangée, et sur ce point on ne peut que s’en réjouir. Le joueur incarne Ryo Hazuki, dans une saga asiatique scénarisée comme jamais, du moins à l’époque de sa première sortie. Shenmue 1 pose évidemment les bases du récit : aventure, vengeance et apprentissage sont au programme. En effet, notre avatar, jeune homme de dix-huit ans, un peu bagarreur mais loin d’être mauvais, assiste à un véritable drame, qui détruit sa famille. Livré à lui-même, motivé par l’envie de rendre la monnaie de sa pièce au meurtrier Lan Di, Ryo Hazuki va devoir mener l’enquête dans la ville de Yokosuka, mais aussi apprendre à maitriser le Ju-jitsu. Sans oublier de survivre, gagner de l’argent en travaillant, et en profiter pour surveiller les Mad Angels. L’histoire de ce premier jeu reste toujours aussi efficace, dramatique et parfois contemplative. On ne peut qu’être impressionné par sa bonne tenue, encore aujourd’hui : suivre le récit est toujours aussi plaisant.

Un constat que l’on peut prolonger avec Shenmue 2. Mieux : on peut même revoir à la hausse la qualité du scénario, déjà savouré à l’époque, mais dont la puissance évocatrice semble se bonifier avec le temps. Cette fois-ci, Ryo Hazuki a pris le large, laissé derrière lui le Japon et Yokosuka. Direction Hong Kong, sur les traces de l’insaisissable, et particulièrement fourbe, Lan Di. De nouvelles terres donc, et pas très amicales. En effet, notre avatar va comprendre que, sur l’île, il ne faut faire confiance que très prudemment. Après le vol de son sac, qui contenait non seulement ses précieuses économies, mais aussi le fameux Miroir du Phoenix, notre avatar va devoir rattraper ses erreurs. Et le pickpocket, par la même occasion. Là aussi, il sera question d’apprentissage à la dure, Ryo devenant de plus en plus capable de se débrouiller. Le récit de cette suite nous fera encore voyager, sur la continentale Kowloon (qui appartenait à Hong Kong, à l’époque), puis au très champêtre village de Bailu. Le tout en poursuivant un but de plus en plus précis : rassembler le Miroir du Phoenix, et celui du Dragon. La fin, qu’on ne vous dévoilera pas ici, est certainement l’un des moments les plus mémorables de l’Histoire du jeu vidéo. La découverte d’un personnage féminin, tout particulièrement, s’avère bourrée d’émotions.

Non, pas que des QTE, loin de là

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Les combats, inspirés de Virtua Fighter, font forte impression.

Shenmue I & II, c’est un récit qui a bouleversé l’idée que le public pouvait se faire concernant l’écriture d’un jeu vidéo. Cette révolution a aussi eu lieu côté gameplay. Rappelons qu’il s’agit d’un univers en monde semi-ouvert, rythmé par une importante gestion du temps, d’ailleurs plus agréable dans le second épisode, qui permet de maitriser l’avancée des heures. Chaque jour qui passe représente une heure en temps réel, et l’on est pressé par le besoin de trouver le moyen de quitter Yokosuka, du moins dans le premier opus. Ce laps de temps qui nous est donné doit servir à faire progresser l’enquête, mais aussi, si on se sent assez avancé, à creuser l’environnement. L’acte de bravoure de cette licence culte, c’est le souci du détail de Yu Suzuki, qui a blindé ses jeux d’éléments paradoxalement aussi superflus qu’importants. Chaque PNJ a sa propre vie, son emploi du temps. Chaque maison où il est possible de rentrer est habitée de l’âme de ses propriétaire. Et si l’exploration, dans Shenmue 1, est encore un peu cloisonnée du fait d’une superficie des quartiers un peu réduite, cela explose littéralement dans Shenmue 2. Même en 2018, ce résultat dépasse tout entendement.

Shenmue I & II possède bien des vertus. Pour tout vous dire, votre humble serviteur avait surtout, en mémoire, la présence de QTE, ces actions contextuelles à base de touches à presser au bon moment. Résumer le gameplay, et plus principalement le système de combat à cela serait, en fait, pure injustice. Ryo Hazuki peut se défendre dans des joutes appelées Free Battle. Contrairement à ce qu’on peut voir dans l’excellente licence Yakuza, qu’on compare parfois à Shenmue, la prise en mains est beaucoup plus technique, moins fofolle dans l’esprit. On pourra rapprocher les sensations de Virtua Fighter : l’esquive est importante, primordiale même. Aussi, il est important de penser ses enchaînements, au risque de se faire pulvériser. Enfin, l’avatar évolue au fil de l’aventure : la trentaine de coups de base ne sont qu’un commencement. En réunissant des parchemins, et en passant par la case dojo, le total se portera à quarante-six. Shenmue 2 reprend ces codes bien établis, et tant mieux tant ils fonctionnent bien. Il est surprenant de constater que ce système ait autant de beaux restes même si, bien évidemment, le fait que les softs atteignent l’âge respectable de vingt ans apporte tout de même une certaine rigidité.

Peut mieux faire, techniquement

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Un remaster pas assez poussé.

Shenmue I & II a globalement bien traversé les années. Il est cependant incontestable que certains instants paraissent un peu plus datés. C’est surtout Shenmue I qui est touché par cette impression. Déjà à l’époque de la sortie, quelques voix s’étaient fait entendre concernant la lenteur de certaines tâches. Non, travailler en tant qu’opérateur de chariot élévateur n’est toujours pas une tâche fun. C’était, d’ailleurs, le but de Yu Suzuki : faire ressentir ce qu’une journée de travail peut provoquer, en terme d’ennui. C’est réussi, un peu trop. Heureusement, d’autres activités sont bien plus distrayantes. L’univers des deux jeux se veut réaliste, donc Ryo Hazuki pourra s’amuser dans une salle d’arcade, et jouer aux versions complètes de Space Harrier ou Hang On. Shenmue 2 embarque, lui, After Burner. Le niveau de détail est assez hallucinant : vous pourrez manger des chips pour participer à un jeu concours, pratiquer le billard, les fléchettes, et d’autres choses. Les quêtes annexes sont de la partie, même si elles ne sont que peu intéressantes, dans leur écriture. Pour tout voir des deux softs, il vous faudra un peu moins de cent heures, ce qui est assez imposant.

Shenmue I & II se doit aussi d’être jugé à l’aune de la qualité de sa refonte technique. Il s’agit d’un remaster, donc on ne s’attendait pas à une refonte globale. Seulement, il est tout de même difficile de passer outre certaines déceptions. Aux commandes de la réhabilitation technique, on trouve d3t, studio que l’on connait bien pour son travail honorable sur Burnout Paradise Remastered. Malheureusement, le résultat est inégal. On a abordé de la qualité du son plus haut, à cela on ajoute quelques bugs d’affichage incompréhensibles, et surtout des baisses de framerate étonnantes. Aussi, on ne peut que rouspéter face à l’absence de bonus : pas un artwork, pas un sound test, pas un documentaire. Rien. Carton jaune pour Sega qui aurait pu, dû, se montrer plus généreux.

Note : 15/20

Shenmue I & II se doit d’être jugé avant tout pour les deux jeux qu’il rassemble. Un duo décidément intemporel, adressé aux joueurs qui apprécient les expériences originales. Oui, les idées de ces softs ont, depuis leurs sorties, été pillées ici ou là. Mais tout de même, on trouve dans ces hits une matière qu’on ne voit que rarement : la patte d’un auteur. Passionnants de bout en bout, ces titres sont une nécessité, pour n’importe quel gamer passionné, au risque de se confronter à un rythme volontairement lent. Il est simplement dommage que le travail de remasterisation, effectué par d3t, ne soit pas totalement à la hauteur de l’événement. Et que Sega ne se soit pas mis en tête de proposer des bonus. Malgré cela, il est clair que la compilation deviendra l’un de nos jeux de chevet, pour cette génération de consoles.

7/10

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