[Critique] La Nonne : même pas peur !

Caractéristiques

  • Titre original : The Nun
  • Réalisateur(s) : Corin Hardy
  • Avec : Taissa Farmiga, Demián Bichir, Bonnie Aarons, Charlotte Hope, Jonas Bloquet
  • Distributeur : Warner Bros.
  • Genre : Horreur
  • Nationalité : USA
  • Durée : 96 minutes
  • Date de sortie : 19 septembre 2018

Crise de foi

Le succès populaire assez incroyable de The Conjuring aura eu l’effet secondaire de provoquer ce que les américains ont nommé le Conjuring Universe, histoire de surfer sur la mode créée par Disney et Marvel. C’est, par ailleurs, une véritable spécialité de James Wan, que d’inventer des concepts qui peuvent s’exprimer dans la durée, à l’aide de suites plus ou moins désirées. On se rappellera de Saw et Insidious. Il faut dire que l’idée est, sur le papier, très séduisante : un tronc principal fort, qui multiplie les personnages horrifiques à exploiter dans des spin off. Seulement, patatras, le premier de ces opus secondaires, Annabelle, a rencontré un succès populaire puissant, mais s’est ramassé artistiquement. La suite, beaucoup plus efficace, est parvenue à nous rassurer, et c’est avec une certaine impatience qu’on attendait La Nonne. La déception n’en est que plus grande.

La Nonne remonte le temps, direction 1952, et prend racine en Roumanie. C’est ici qu’un phénomène particulièrement inquiétant va retenir l’attention de l’Église catholique : le suicide par pendaison d’une jeune religieuse, depuis la fenêtre d’un couvent. Le Vatican fait alors appel au Père Burke, spécialisé dans le domaine de l’occulte, afin de tirer au clair certains mystères entourant la mort de cette femme. L’homme sera rejoint par une autre religieuse n’ayant pas encore prononcé ses vœux, sœur Irène, et accompagné d’un garçon séduisant, Frenchie. Tous trois vont devoir faire face à une force démoniaque nommée Valak.

La Nonne est assez typique du traitement dont est la cible le cinéma d’horreur, depuis de longues années. Incapable de véritablement se renouveler, et ce depuis des années, le secteur se révèle artistiquement en chute libre, mais sauvé financièrement par un public en recherche d’émotions fortes. Ainsi, on remarque une accentuation de ficelles terriblement vulgaires, on pensera surtout aux insupportables jump scares, devenus inefficaces depuis un bon moment, du moins quand on a fait l’effort d’être attentif aux tics de mise en scène. Le film ici abordé n’échappe pas à ce constat. À aucun moment, Corin Hardy (dont on n’a pas vu le premier film, The Hallow) ne tente de construire la peur. Non, il nous abreuve d’effets plus téléphonés qu’une passe d’un mauvais footballeur, et s’échappe de toute responsabilité narrative.

Une seule réussite : l’entité démoniaque

image film la nonne

Pourtant, le récit de La Nonne aurait pu se tenir. Mais il est broyé, mis en charpie par un esprit rollercoaster totalement contreproductif. L’ambiance, qui se devait de fonctionner à fond les ballons, est ruinée par le désintérêt du metteur en scène pour le crescendo du ressenti. C’est assez incroyable que d’avoir un tel décor sous la main, et de ne pas savoir l’exploiter. Jamais, le spectateur ne parviendra à situer l’action. C’est tout de même indécent ! Des films se déroulant dans la jungle y parviennent, citons Predator, pour le plus noble des exemples. Mais pas de simples huis-clos comme celui-ci. Aussi, les personnages peinent à véritablement nous intéresser. Frenchie (Jonas Bloquet) traverse le film sans qu’on ne lui trouve une véritable justification émotionnelle. Le passé du père Burke (Demian Bichir, vu dans Alien Covenant et Les Huit Salopards), pourtant intéressant, reste sous-exploité. Quant à Irène, qui ne nous a pas rendu fou, elle est aussi transparente que l’actrice qui l’incarne, Taissa Farmiga. Oui, la « soeur de ».

Malgré ces anicroches, qui font de La Nonne une déception, on ne peut passer sous silence quelques qualités. Elles sont avant tout d’ordre esthétique. Si Corin Hardy passe à côté de son décor, et de son huis-clos, il parvient tout de même à livrer quelques plans assez impressionnants. Aussi, son montage a le bon goût d’être court, la durée atteignant quasiment la perfection pour un long métrage de ce genre : le bon vieux quatre-vingt-dix minutes. Enfin, et c’est sans doute la plus aboutie des satisfactions : la fameuse nonne, en fait le démon Valak, profite d’un rendu très impressionnant. Sorte de Marilyn Manson qui aurait passé le voile catholique (!), cette entité impose une certaine tension à chaque fois qu’elle apparaît à l’écran. À vous de voir si ce sera suffisant pour que le film ne tombe pas dans l’oubli, assez vite après la séance.

4/10

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