[Exposition] Il était une fois Sergio Leone à la Cinémathèque

image affiche exposition il était une fois sergio leone cinémathèque française parisPlein cadre sur une exposition-événement

Un an après la splendide exposition dédiée aux liens entre Goscinny et le cinéma, la Cinémathèque Française fait sa rentrée en nous plongeant dans l’oeuvre bigger than life du plus emblématique des cinéastes italiens : Sergio Leone. Un événement d’autant plus important que l’artiste, pourtant adulé des cinéphiles du monde entier, ne reçut jamais le moindre prix officiel pour son œuvre. Une injustice quand on sait à quel point le cinéma de Leone est un cinéma total, gorgé d’amour pour le 7e art, au style reconnaissable entre tous et qui fut en son temps avant-gardiste. Son usage unique du très gros plan, l’influence picturale de ses plans larges en Cinemascope, son utilisation du son (les bruitages et la musique emblématique d’Ennio Morriconne) et sa réappropriation des codes du western l’ont fait rentrer dans la légende, avec des classiques qui n’en finissent pas de ravir les spectateurs du monde entier. Il fallait donc une exposition à sa (dé)mesure et, de ce côté-là, on peut dire que la Cinémathèque a en grande partie remporté son pari haut la main.

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© Culturellement Vôtre

Il était une fois Sergio Leone est divisé en 5 parties — ou plutôt en 4 grandes parties et une (trop) courte conclusion. La première, “Citoyen du cinéma”, sera l’occasion d’en apprendre plus sur sa famille et son parcours, avec certaines informations relativement peu connus du grand public, et un assez bel éventail de documents. Car si l’on sait que le cinéaste est né en 1929 à Rome, on oublie souvent que son père, Vincenzo, était un réalisateur influent à l’ère du muet, sous le nom de Roberto Roberti. C’est d’ailleurs sur le tournage d’un film qu’il rencontre celle qui deviendra son épouse (et la mère de Sergio), Edvige. A partir de là, on comprend que le jeune homme ne pouvait qu’avoir le virus du cinéma. Et, si l’oeuvre de Sergio est on ne peut plus différente de celle de son père, cette introduction permet de mesurer l’influence du père sur le fils, à travers photos, documents, et extraits de films de Roberto Roberti.

Documents et extraits nous permettent ensuite d’en apprendre plus sur le travail de Leone en tant qu’assistant réalisateur sur une trentaine de films italiens et américains — poste qu’il occupera durant une dizaine d’années avant de réaliser son premier long-métrage, Le colosse de Rhodes, en 1961. A noter que parmi ces nombreuses expériences, c’est la toute première qui, de son propre aveu, lui apprendra le plus : il n’est encore que lycéen lorsqu’il devient assistant de Vittorio DeSica sur Le voleur de bicyclette (1946), et il ne cessera par la suite de se référer au maître du néoréalisme italien lorsqu’on l’interrogera sur ses influences et ses mentors.

Les influences du maître : une section incontournable

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© Culturellement Vôtre

Après cette première partie classique, dans une salle aux murs noirs, le visiteur remonte aux “sources de l’imaginaire” de Sergio Leone dans une longue salle blanche où l’on découvrira quelques exemplaires de sa collection de livres (il possédait des premières éditions rares), des images d’archives où il évoque ses influences (la comedia dell arte, John Ford, Chaplin…) dont une amusante (et inédite) interview devant un plat de pâtes et, enfin, des écrans permettant de comprendre ses influences cinématographiques et, surtout, picturales. Ainsi, un split screen permet de comparer la fin de Pour une poignée de dollars, son premier western spaghetti, avec celle de Yojimbo d’Akira Kurosawa dont il est librement adapté.

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L’exercice permet de confirmer l’influence évidente du maître japonais (et l’hommage qu’il lui a rendu), mais aussi de voir avec quelle aisance il imprime et crée dans le même temps ce style épique qui lui est propre. Les autres écrans se concentrent sur les références picturales : Goya et Pour une poignée de dollars, Degas et la scène où le jeune Noodles observe Deborah dans Il était une fois en Amérique, sans oublier l’influence de la BD. Si la référence à Degas est sans doute la plus évidente, cette salle est peut-être LA section-clé de l’exposition, celle qui nous permet le plus d’enrichir notre compréhension de l’oeuvre de Sergio Leone dans toute sa richesse.

Une scénographie flamboyante pour les westerns spaghetti

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Les deux sections suivantes jouent quant à elles sur l’immersion et la perception de l’espace, en accord avec la mise en scène épique du cinéaste. “Laboratoire Leone” est tout entier dédié à ses westerns, dans une immense salle divisée en deux grands espaces : écran géant, images, accessoires et costumes originaux sont superbement mis en valeur, au son des plus grands airs d’Ennio Morricone. Les cinéphiles auront le bonheur de pouvoir admirer de leurs propres yeux les costumes d’Henry Fonda et Claudia Cardinale dans Il était une fois dans l’Ouest, ou encore le poncho de l’Homme sans nom interprété par Clint Eastwood, sans compter plusieurs des armes factices utilisées dans les différents films.

image poncho homme sans nom clint eastwood pour une poignée de dollars expo sergio leone cinémathèque française
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Enfin, au-delà de la musique, des costumes et des accessoires, les westerns de Sergio Leone reposent beaucoup sur la “gueule” de ses acteurs fétiches, lesquelles sont magnifiées par ces fameux très gros plans auxquels Quentin Tarantino se réfère comme étant des “Leone” auprès de ses cameramen et directeurs de la photo. Si l’on a encore en tête le visage buriné d’Eli Wallach, pour n’en citer qu’un, il faut savoir que le réalisateur italien avait l’habitude d’empoussiérer et durcir le visage de ses acteurs (souvent bien plus angéliques) pour leur donner cette aura caractéristique. Pour vous en convaincre, faites-donc pivoter les panneaux pour comparer la version “Leone” des acteurs-phares du cinéaste, et leurs portraits hollywoodiens antérieurs ! Enfin, une excellente vidéo s’intéresse à la réalisation des bruitages, élément ô combien incontournable de ces chefs d’oeuvre intemporels, où les dialogues, pour mémorable qu’ils soient, sont toujours au second plan.

La galerie des glaces d’Il était une fois en Amérique

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Avant de nous diriger vers la sortie, la dernière grande salle de l’exposition est consacrée à Il était une fois en Amérique. On y pénètre par une galerie des glaces toute simple mais astucieuse faisant explicitement référence à celle dans laquelle s’aventure Robert DeNiro à Coney Island, plongeant par le même biais dans ses souvenirs. Les nombreux costumes y occupent une place centrale (avec une mention pour les très belles robes de Deborah), sans compter, bien entendu, quelques accessoires, photos du tournage et extraits projetés sur écran géant. Les amoureux du film seront sans doute un brin déçus de ne pas trouver davantage de documents d’archives inédits ou révélations sur sa conception : les infos des textes succincts disséminés dans la salle sont connues de tous et s’intéressent notamment au charcutage du montage pour la sortie américaine suite au Festival de Cannes. Néanmoins, pour les costumes et la scénographie de toute beauté, cette dernière grande partie vaut bien entendu le détour.

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Après cette expérience immersive, nous sommes invités à sortir par un couloir où quelques documents de travail de Leone sur son projet Leningrad (il mourut avant de pouvoir le réaliser) sont présentés dans une vitrine, avant d’arriver à la boutique, où des reproductions du poncho de Clint Eastwood ou encore des masques sont vendus pour un Halloween très leonien… C’est bien mince pour une conclusion (présentée comme une section à part entière par la Cinémathèque) et c’est sans doute là notre principal reproche. Néanmoins, si l’on considère l’ensemble de la visite, on ne peut que saluer la Cinémathèque pour l’équilibre trouvé entre information, accessoires et immersion. Les textes sont concis et la majeure partie des informations passent par les vidéos et documents disséminés d’un bout à l’autre. La scénographie, en parfaite cohérence avec l’oeuvre leonienne, est de grande qualité.

Alors certes, les plus fins connaisseurs de Sergio Leone pourront toujours regretter de ne pas en avoir appris autant que cela, mais cela s’explique aussi par le fait que les catalogues des expositions de la Cinémathèque sont aujourd’hui complémentaires au parcours de visite, et permettent d’approfondir ce qui a été traité voire parfois seulement ébauché. Dirigé par le commissaire d’exposition Gian Luca Farinelli, La révolution Sergio Leone aux Editions de la Table Ronde comblera de ce côté les plus exigeants par ses nombreux essais, mais aussi des interviews et articles rares. Une autre manière d’entrer dans la légende…

Exposition Il était une fois Sergio Leone, du 10 octobre 2018 au 27 janvier 2019 à la Cinémathèque Française, 51 rue de Bercy, 75012 Paris (métro Bercy, lignes 6, 14). Tarifs : 11€ (plein tarif), 8,50€ (tarif réduit), 5,50€ (moins de 18 ans). Ouvert de 12h à 19h les lundi, mercredi, vendredi, de 12h à 21h le jeudi, et de 11h à 20h le week-end. Pour les projections, séances spéciales et rencontres, rendez-vous sur le site officiel de la Cinémathèque.

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