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[Exposition] Romy Schneider à la Cinémathèque Française

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Une cabine propose de visionner la séquence psychédélique du film inachevé d’Henri-Georges Clouzot, L’Enfer, de manière immersive et sensorielle. © Culturellement Vôtre

Un hommage à une actrice d’exception et femme libre loin de tout pathos

Depuis le 16 mars et jusqu’au 31 juillet 2022, la Cinémathèque Française propose une très belle exposition dédiée à celle qui reste l’une des plus bouleversantes actrices du cinéma français, Romy Schneider, disparue il y a tout juste 40 ans. La plus française des actrices allemandes a bâti en un peu plus de 25 ans de carrière une filmographie d’une audace folle, dont peu peuvent se vanter, tout en se révélant une icône éternelle, à la fois libre, sensuelle et résolument en avance sur son temps.

Comme il est de coutume malheureusement avec les actrices d’une grande beauté et à la courte existence (comme le souligne fort bien l’introduction de la commissaire d’exposition Clémentine Deroudille), beaucoup se sont depuis attachés à la dimension tragique de son histoire : la mort de son fils David, la dépression latente qui s’en est suivie, sa mort prématurée causée par trop de chagrin… Occultant ainsi son implication en tant qu’actrice et sa force à la ville comme à la scène.

salle la piscine exposition romy schneider à la cinémathèque française
La section consacrée au film La Piscine de Jacques Deray (1969) qui vit les retrouvailles à l’écran de Romy Schneider et Alain Delon. © Culturellement Vôtre

Pour sortir  des sentiers battus, la Cinémathèque a ainsi décidé de concevoir cette exposition scénographiée avec soin comme le portrait d’une actrice très impliquée dans son travail, qui n’hésitait pas à se « brûler les ailes », qui savait faire de sa vulnérabilité une force qui transparaissait immédiatement dans son jeu et crève encore aujourd’hui l’écran à chaque nouveau visionnage. Une actrice engagée également, qui prenait le cinéma au sérieux et a su nouer des relations fortes avec de grands cinéastes aussi différents que Claude Sautet, Luchino Visconti ou Orson Welles, pour ne citer que ceux-là. Une femme pour laquelle la vie et l’art se confondaient et qui sut s’inventer, se réinventer et se libérer à travers le 7ème Art – une passion dont elle avait du mal à se passer, même quand sa vie de femme l’appelait.

L’exposition se parcours en un peu plus d’1h en prenant le temps de lire les différents textes et de regarder les extraits vidéos (scènes de films, interviews, coulisses des tournages…) proposés.

salles sissi et ludwig le crépuscule des dieux à l'exposition romy schneider de la cinémathèque française
Par la lucarne, la robe d’Elizabeth d’Autriche dite Sissi du film Ludwig : Le crépuscule des dieux de Visconti (1973) contemple le portrait de l’impératrice dans la salle consacrée à la série de films romantiques qui rendit l’actrice célèbre. © Culturellement Vôtre

Une plongée passionnante dans le parcours et le travail de l’actrice

On commence bien évidemment le parcours par Sissi, la célèbre série de films romantiques kitsch qui lui valut d’accéder à la gloire à 16 ans sous l’égide de sa mère Magda. Une vision fort romancée de la vie de la duchesse de Bavière devenue impératrice d’Autriche, dont elle aura l’occasion de jouer une version bien plus réaliste et en phase avec sa propre vision dans le chef d’œuvre de Luchino Visconti, Ludwig : Le crépuscule des dieux en 1973. Des extraits des films sont diffusés sur le mur, au milieu du velours d’un lit à baldaquin. Cette première partie de l’exposition détaille la relation fusionnelle de l’actrice à sa mère, qui fut son mentor et sa première partenaire de jeu et dont elle se distancia lorsqu’elle choisit de quitter l’Allemagne pour la France. Très belle idée de scénographie quand on arrive dans la petite salle ronde dédiée à Ludwig et sa collaboration avec Visconti : la robe de l’impératrice dans le film de 1973 contemple, par le hublot, le portrait de la véritable Elizabeth de Wittelsbach dans la salle consacrée à Sissi.

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La salle consacrée à la période américaine de l’actrice. © Culturellement Vôtre

Les salles suivantes retracent le reste de la filmographie de l’actrice en proposant un équilibre délicat entre ordre chronologique et regroupement thématique (les films de Claude Sautet, les films sur la Seconde Guerre Mondiale…). Chaque salle possède son caractère propre et une scénographie toujours soignée, pour une expérience immersive. Par exemple, pour la période durant laquelle Romy Schneider partit aux Etats-Unis tourner des films, un énorme billboard du film Prête-moi ton mari (1964) qu’elle tourna avec Jack Lemmon trône au milieu de la salle. Pour le film inachevé de Clouzot, L’Enfer (1964), que Chabrol finit par tourner avec Emmanuelle Béart en 1994, une petite cabine circulaire fermée par des rideaux de velours noirs permet de visionner la scène psychédélique du film dans laquelle le personnage interprété par Serge Reggiani se laisse aller à des pensées obsessionnelles sur la fidélité de sa femme. Les salles consacrées aux films de Sautet ou encore à La Piscine de Jacques Deray (1969) misent quant à elles davantage sur le caractère studieux de l’actrice, qui s’investissait beaucoup dans la préparation de ses rôles. Les scénarios et extraits de sa correspondance (lettres manuscrites, fax…) avec les réalisateurs sont ainsi affichés sur et à l’intérieur de vitrines à l’apparence de pupitres.

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Deux des robes portées par Romy Schneider dans Le Vieux Fusil de Robert Enrico (1975). © Culturellement Vôtre

Le passage d’une période à l’autre se fait de manière fluide et naturelle et permet de mieux appréhender la richesse et la cohérence de son parcours cinématographique, lequel se reflétait aussi dans son évolution personnelle. L’exposition propose à la fois des focus sur les différents films de sa carrière, mais aussi sur ses collaborations avec les cinéastes et son rapport à l’image et à la mode. Romy Schneider la légende et l’icône glamour est donc aussi bel et bien présente à travers de très beaux clichés noir et blanc (dont certains assez rares), notamment du couple qu’elle forma avec Alain Delon, mais aussi à travers certains des costumes de ses rôles les plus emblématiques (Sissi, César et Rosalie, Le Vieux Fusil, La Banquière…), conservés en parfait état et dont on pourra admirer la finesse des détails. L’exposition étant en partie soutenue par Chanel, le petit tailleur blanc en tweed de la maison de couture que porta l’actrice au moment de sa rencontre marquante avec Coco Chanel est également exposé.

Enfin, l’exposition est ponctuée par des citations-phares de l’actrice, qui permettent de faire le lien entre sa personnalité intime et professionnelle, en mettant toujours l’accent sur sa dimension libre et vivante, loin de tout pathos. Il n’est donc pas étonnant que le parcours du visiteur avant d’atteindre la sortie se conclut sur cette déclaration, qui est sans doute la plus belle des épitaphes : “En réalité, j’étais simplement en avance sur mon temps. A une époque où il n’était nulle part question de la libération de la femme, j’ai entrepris ma propre libération”.

Exposition Romy Schneider, du 16 mars au 31 juillet 2022 à la Cinémathèque Française, 51 rue de Bercy, 75012 Paris (métro Bercy, lignes 6, 14). Tarifs : 12€ (plein tarif), 9,50€ (tarif réduit), 6€ (moins de 18 ans). L’entrée de l’exposition est offerte pour toutes les Romy. Nocturne gratuite pour les 18-25 ans le 1er jeudi du mois jusqu’à 21h, sur réservation. Pour les projections, séances spéciales et rencontres, rendez-vous sur le site officiel de la Cinémathèque. 

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Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.

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